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Isaïe
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Vocation
6
Le Saux Madeleine
La vocation d'Isaïe (Is 6)
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Le récit de la vocation d'Isaïe est clairement situé...
 

Le récit de la vocation d'Isaïe est clairement situé. Il est placé de façon originale dans le livre où on ne le lit qu'au chapitre 6 alors qu'il semblerait normal de le voir tout au début, comme c'est le cas en ce qui concerne Jérémie et Ézéchiel. En fait le chapitre 6 d'Isaïe constitue aussi un début, le début de cet ensemble dit « livret de l'Emmanuel » qui va jusqu'à 9,6. Le récit est également situé dans le temps : l'événement se passe « l'année de la mort du roi Ozias », soit vers 740 selon les historiens. Le lieu est clairement indiqué : le Temple. Enfin le vocabulaire employé comporte des références précises à un environnement royal et aux milieux où se développe le courant de la « sagesse ».

Un homme devant le Tout-Puissant

Le texte suit le schéma classique des récits bibliques de vocation, avec les quatre éléments habituels : une théophanie, l'envoi en mission, les objections de l'envoyé et le signe qui lui est accordé.

Tout d'abord Dieu se manifeste : c’est lui qui a l'initiative. Il apparaît dans toute sa gloire, « assis sur un trône très élevé », « sa traîne remplissait le Temple », entouré de « séraphins », mystérieux êtres ailés et brûlants. Il est déclaré trois fois saint, Seigneur, Tout-Puissant. Et il se révèle dans une voix qui crie et dans la fumée, tandis que les « pivots des portes se mettent à trembler ».

Tout contribue à créer la distance entre un tel Dieu et l'homme auquel il se révèle, « un homme aux lèvres impures » qui « habite au milieu d'un peuple aux lèvres impures ». Comme Moise devant le biisson (Ex 3,6) ou Gédéon après le départ de l'ange du Seigneur (Juges 6,22), Isaïe est pris de peur : « Je suis perdu, mes yeux ont vu le roi, le Seigneur »... Il est saisi à l'improviste, et tout naturellement pris de frayeur : qui peut voir Dieu sans mourir ?

Envoyé

Celui qui se manifeste en majesté peut aussi transformer l'homme qu'il a choisi et réduire l'écart. Un séraphin purifie les « lèvres impures » de celui qui a une conscience si vive de sa condition. Intermédiaire étonnant, dont il est dit qu'il « tient dans sa main une braise qu'il a prise avec des pinces sur l'autel ». Le feu de Dieu « touche la bouche » d'un homme, et son « péché est effacé », ses objections balayées. Au « «qui enverrai-je ? » du Roi de gloire peut répondre un prompt « envoie-moi » de l'homme visité. Penser à son indignité n'a plus de sens. Le signe donné par l'envoyeur, c'est justement que non seulement le message est du Seigneur, mais aussi la capacité de parler en son nom.

Prophète et roi

Cela se passe « l'année de la mort du roi », dit le texte. Le Dieu de la vision est un Dieu éminemment royal, avec un trône, une traîne immense, une cour qui chante ses louanges, des serviteurs, un porte-parole. Ce Dieu investit Isaïe du pouvoir de le représenter. On sait que longtemps le peuple d'Israël n'a pas voulu d'autre roi que son Dieu. Quand finalement il y a un roi, il est considéré comme tenant du Seigneur sa dignité, son pouvoir et ses fonctions. Par ailleurs, s'il est élu du Seigneur, c'est pour le peuple. Il a la charge d'assurer la vie de son peuple, ce qui, en Israël, est tout un avec la fidélité au Dieu Vivant. Le roi est prophète, confident et parole de son Dieu. S'il la demande, il reçoit la sagesse pour bien conduire ses frères, pour qu'ils vivent (1 Rois 3,5-14). Or il semble bien que la vocation d'Isaïe soit de remplir ces mêmes fonctions. « Va, tu diras à ce peuple... » Isaïe doit parler au nom de son Dieu. Mais le peuple ne voudra pas comprendre, ni regarder, ni écouter celui qui a vu, entendu et répondu « me voici ! » Le texte dit en quelque sorte,: « Le roi est mort, vive le prophète ! » Plus que bien des rois, le prophète est fidèle. Mais il ne pourra pas empêcher la ruine de son peuple. Et il verra sa « terre dévastée et désolée », vide pour avoir abandonné la Plénitude, livrée au feu dévastateur pour n'avoir pas reconnu le feu de Dieu.

Pourtant, quand l'arbre est abattu, il reste la souche, et le prophète voit encore et proclame que « la souche est une semence sainte ».

© SBEV. Madeleine Le Saux

 
Is 6
 
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