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Isaïe
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Asurmendi Jésus
Le prophète Isaïe
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Que sait-on d'Isaïe ?
 

Quand vivait Isaïe ? Comment vivait-on à son époque ? Quels furent les grands événements ? Quel est le cœur de son message ? Voici quelques éléments de réponse…

• Que sait-on d'Isaïe ? Quand est-il né ? 

La date de la naissance d'Isaïe nous est inconnue. Mais on connaît la date à laquelle il exerça son activité de prophète. C'était à peu près entre 740 et 700 avant Jésus Christ. On peut en déduire qu’il naquit vers 765-760. Nous ne savons pas grand-chose de sa vie privée. Son père s'appelait Amoç (Isaïe, 1,1). Isaïe était marié. Dans ses écrits, sa femme reçoit le nom de « prophétesse » (8,3). Deux de ses enfants y sont aussi désignés par des noms à portée symbolique : Shéar-Yashouv, ce qui veut dire « Un reste reviendra » (ou se convertira) et Maher-Shalal-Hash-Baz, ce qui veut dire « Proche est le pillage, imminente la déprédation » (7,3; 8,3). Ces noms serviront à exprimer le message du prophète à certains moments.

Isaïe parle très peu de lui, de ses sentiments. Une fois seulement, il donne libre cours à son désarroi face au comportement de ses contemporains (22,4). À deux reprises, on le voit aussi se démarquer de ses contemporains (7,13; 8, 11-18).

• Quelles étaient les grandes puissances de l'époque ?

Deux puissances occupent le devant de la scène : l'Assyrie et l'Égypte. L'Assyrie connaît un renouveau et une forte expansion à partir de 745, grâce à 1'arrivée sur le trône d'un roi qui fera beaucoup parler de lui : Tiglat-Piléser (ou Téglat-Phalasar) III. L'Égypte, elle, est alors plongée dans une situation presque anarchique qui durera jusqu'à la fin du 8° siècle. Cependant, pour les petits royaumes de Syrie et de Palestine, elle continue à être une puissance avec laquelle il faut compter. C'est vers elle qu'on se tournera, en vain d'ailleurs, pour chercher de l'aide contre les Assyriens. Quant à la Babylonie, elle sera annexée par Tiglat-Piléser III. Malgré quelques tentatives pour prendre la tête d'un vaste mouvement anti-assyrien incluant même le royaume de Juda (Is 39), elle restera très marginalisée.

• Connaît-on la situation intérieure du royaume de Juda où vivait Isaïe ? Et le royaume du Nord ?

La situation intérieure du royaume de Juda évolue au long de la vie du prophète. L'enfance et la jeunesse d'Isaïe se déroulent à un moment de grande prospérité. À partir de 735, cette prospérité est fortement limitée puisque Jérusalem se retrouve en situation de vassale de l'Assyrie. La plus grande partie du ministère prophétique d'Isaïe se déroule donc dans ce cadre de vassalité. Les tributs à payer aux Assyriens réduisent considérablement le niveau de vie des gens, car il faut bien trouver l'argent quelque part. À  partir de 701, la situation est encore plus catastrophique à la suite de la révolte du roi Ézékias : il doit payer un lourd tribut et perd une partie du territoire national (2 Rois 18,14-16).

Dans le Royaume du Nord, la situation est la même jusqu'à l'arrivée des Assyriens. Entre 734 et 722, la vie est précaire à cause de la perte d'une très grande partie du territoire, à cause aussi de la déportation de bon nombre d'habitants et du lourd tribut à payer aux Assyriens. Le Royaume du Nord disparaît en 722.

• Isaïe avait-il des liens avec les hommes politiques ? Quelle était l'importance d'un roi à cette époque ? Un prophète pouvait-il facilement le contredire?

Isaïe fréquentait certainement la cour royale. Il devait faire partie de l'aristocratie du royaume. Certains textes démontrent les liens étroits du prophète avec la cour, vu l'aisance avec laquelle il s'adresse au roi et à certains fonctionnaires, vu aussi les consultations dont il est l'objet (Is 7,1-7; 22,15-25; 37,1-7; 38-39). En outre, il est fort probable qu'Isaïe ait été le prophète officiel du roi Ézékias, ce qui expliquerait, entre autres, sa fréquentation de la cour.

Le roi à l'époque avait une importance capitale. Dans la mentalité du temps, il constituait la clé de voûte de l'ensemble du système socio-religieux. Il était le « fils » de Dieu, chargé de rendre la justice, de conduire la guerre, de gagner la paix et d'apporter le bien-être au peuple. Il avait aussi l'autorité suprême sur le temple, les prêtres étant ses fonctionnaires.

Le prophète qui critiquait le roi s'attirait inévitablement les foudres du pouvoir, car il mettait en cause le fonctionnement de ce bel édifice social, voire le système lui-même. Il suffit de lire Amos 7,10-17 pour s'en rendre compte. Mais c'est là justement que les prophètes reconnus comme authentiques représentants de la parole de Dieu donnent une des preuves de leur « véracité ». Ils refusent d'identifier la religion d'Israël avec la religion du roi; ils critiquent celui-ci en conséquence. C'est une des caractéristiques essentielles du prophétisme en Israël. Isaïe croyait fortement en la valeur de la monarchie comme médiation de salut pour Israël, mais cela ne l'empêchait pas de critiquer rudement le roi et la cour.

• Y avait-il des riches, des pauvres ? Les classes sociales étaient-elles très marquées ?

Amos, Osée, Isaïe et Michée, tous les quatre prophètes du 8° siècle, critiquent âprement la violence et l'oppression dont sont victimes les petits et les pauvres. La situation sociale s'est extrêmement dégradée à cette époque et la différence entre classes s'est donc renforcée. La critique sociale d'Isaïe, comme celle des trois autres prophètes cités, constitue un élément essentiel du ministère prophétique. La critique se porte aussi sur la pratique cultuelle, étant entendu que les prophètes ne délient jamais la pratique du culte de celle de la justice, celle-ci étant à leurs yeux essentielle.

• Est-il possible de résumer le cœur de son message en quelques lignes ?

Isaïe est un homme de son temps qui, en tant qu'envoyé du Dieu d'Israël, le Saint, va intervenir dans tous les domaines de la vie de son peuple. Son époque étant très mouvementée politiquement et socialement, il va dénoncer constamment le désir de la cour et du peuple de conduire leur vie en marge du plan du Dieu d'Israël : alliances politiques pour sauver le pouvoir (30,1-8), oppression des pauvres pour s'enrichir soi-même (1,21-28), tout cela accompagné d'un culte « des lèvres » (1,10-20). On pourrait citer bien des textes ! Pour Isaïe, la vie du peuple et des institutions qui sont à son service, roi, prophètes, sages, culte, n'a de sens qu'enracinée dans le Saint d'Israël qui a choisi Sion, son roi et son temple, pourvu que tous répondent par une foi sans concessions.

• Quel langage le prophète utilisait-il ?

Tout est bon pour faire passer le message prophétique. Chaque prophète a ses propres caractéristiques, mais on trouve souvent des oracles de jugement, avec le couple « accusation/sentence » (5,8-10; 30,15-17), des oracles de salut (7,3-9), des paraboles (5,17; 28,23-29), des lamentations (29,1-8), des poèmes de toutes sortes (9,1-6; 11,1-9), des actions symboliques (8,1-4; 20,1-6), des visions (6). Si les premiers prophètes avaient surtout une activité orale, ils commencèrent assez vite à mettre par écrit certains oracles (Is 8,16; 30,8), créant ensuite les premières collections d’oracles. Il n'est pas impossible que plus tard, Ézéchiel par exemple, ait écrit directement ses oracles sans passer par une proclamation orale préalable de son message.


© SBEV. Jésus Asurmendi

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Note :

Isaïe : un livre... trois auteurs !

Le livre d’Isaïe est composé de trois parties rédigées à des époques différences et par des auteurs différents.

Les chapitres 1 à 39 sont en grande partie l'œuvre d'Isaïe lui-même, et c'est pourquoi on parle du “ livre d'Isaïe ” pour l’ensemble du livre. Mais, plus tard, de lointains disciples se réclameront de lui, et leurs œuvres seront ajoutées à la sienne : tout d’abord un disciple du temps de l'Exil, auteur des chapitres 40 à 55, puis un autre prophète anonyme, après l'Exil, auteur des derniers chapitres (56 à 66).

Le premier auteur (ch. 1 à 39) est donc Isaïe lui-même. C’est le “ premier Isaïe ”, ou “ proto-Isaïe ” (du grec prôtos, premier). Pour désigner le second auteur (ch. 40–55) on utilise l’expression de “ second-Isaïe ”, ou “ deutéro-Isaïe ” (du grec, deutéro “ deuxième ”), et pour le dernier rédacteur (ch. 56–66), les spécialistes parlent de “ troisième Isaïe ”, ou “ trito-Isaïe ” (du grec trito “ troisième ”).

 

• Les oracles du premier Isaïe se trouvent essentiellement dans les chapitres 1-12 (oracles sur Juda et Jérusalem); 13-12 (oracles sur les Nations);   et 28-33 (oracles sur Samarie et Jérusalem).

• Le second Isaïe s’adresse aux exilés et à Jérusalem durant l’exil (entre 5857 et 538), pour leur annoncer la libération prochaine et le retour.

• Les oracles du troisième Isaïe veulent réconforter le Communquté juive rentrée en Judée après l’Exil et qui doit faire face à bien des difficultés et des déceptions.

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org