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Barrios Dominique
Paul et les femmes
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Paul est loin d'être aussi misogyne qu'on le dit trop souvent...
 

Il faut bien le reconnaître : parmi ceux qui défendent l'égalité de l'homme et de la femme, saint Paul n'a pas très bonne réputation. En effet, des formules, souvent citées, comme « femmes soyez soumises à vos maris » ou « dans les assemblées, que les femmes se taisent » surnagent dans beaucoup de mémoires, oblitérant tout le reste. Et il est vrai qu'au cours des siècles, l'Église a fait de ces consignes, apparemment sans appel, un usage excessif, que ce soit dans la liturgie ou comme justification « tous azimuts » d'une misogynie cléricale très répandue.

Pourtant, si l'on voulait se donner la peine d'y regarder de plus près, on verrait que le procès que le féminisme a parfois intenté à Paul n'est pas gagné d'avance. En vérité, Paul est loin d'être aussi misogyne qu'on le dit trop souvent.

L'entourage missionnaire de Paul

Grâce à Paul, on connaît par leur nom un bonne douzaine de femmes chrétiennes. Pour certaines, on ne saura rien de plus que leur nom, mais en Romains 16,6.12 on apprend que Marie, Julie, Tryphène et Tryphose se sont « donné de la peine » (ou « fatiguées ») dans le Seigneur. Or ce terme est ce lui-là même que Paul utilise pour parler d, son travail d'évangélisation et d'enseignement.

De même Évodie et Syntychè sont-elle mises par Paul sur un pied d'égalité avec lui dans leur commune « lutte pour l'Évangile ». Prisca reçoit, au même titre que son mari Aquilas, le qualificatif de « collaborateur » tandis que Phoebé est présentée comme « diaconesse » et « protectrice » de Paul et de bien d'autres chrétiens (Rom 16,1.3).

L'usage de tels termes indique que ces femmes étaient dans une situation d'apôtre – à égalité avec des hommes – et nullement dans une quelconque situation de subordination, vouées, par exemple, au service (au sens d'être les domestiques) des communautés. On a certes essayé de minimiser la responsabilité qu'implique le mot « diaconesse », mais une étude de l'emploi qu'en fait Paul à travers ses épîtres montre qu'il s'agit bien d'une tâche missionnaire, comportant l'enseignement et la prédication.

Il semble alors difficile de concilier une telle image de Paul, avec celle qui se dégage de l'Épître aux Corinthiens. Si difficile qu'on a été tenté de contester l'authenticité paulinienne de 1 Cor 14,34-35. Mais est-ce vraiment nécessaire ?

Ni homme ni femme...

Une autre contradiction apparente peut nous aider : il s'agit de la situation des esclaves. Paul affirme qu’ « il n'y a plus ni esclave ni homme libre. . . car tous, vous ne faites qu'un dans le Christ ». Et lorsqu'il renvoie Onésime, l'esclave fugitif, auprès de son maître Philémon, il demande à ce dernier de le recevoir « non plus comme un esclave mais comme un frère très cher ». Pourtant, en même temps Paul respecte la règle et renvoie l'esclave à son maître. Si Onésime doit être considéré comme un frère, c'est parce qu'il est chrétien lui aussi, non parce que Paul mettrait en doute le bien-fondé d'une institution aussi communément admise. Sur le principe de l'esclavage, Paul ne se pose aucune question, mais il sait qu'aux yeux de Jésus tous les hommes sont frères. Faire de Paul un précurseur des « Droits de l'homme et du citoyen » serait aussi stupide que de justifier l'esclavage par le renvoi d'Onésime à son maître. Ce que Paul annonce, c'est une nouvelle façon de vivre, non une réorganisation des relations sociales.

Il en va de même pour les femmes : pris dans la contradiction entre la société qui est la sienne – où la femme a un rôle de second plan – et sa conviction de l'égalité foncière entre homme et femme en Jésus-Christ, il peut aussi bien demander aux Corinthiennes d'éviter de scandaliser leur entourage (voir la question du voile en 1 Cor 11) qu'affirmer avec une souveraine liberté, le droit pour une femme de prêcher l'Évangile de Jésus-Christ.

Paul misogyne ? Certes non ! Mais Paul homme de son temps, tiraillé entre une vision de nouveauté radicale et le poids de traditions religieuses et culturelles très fortement ancrées dans les mentalités de l’époque.

 

© SBEV. Dominique Barrios

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org