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Beaude Pierre-Marie
Paul, pasteur et théologien
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Paul est tout à la fois un homme d'action et de réflexion, un intellectuel, un mystique et un pasteur...
 

Paul possède une riche personnalité. Il est tout à la fois un homme d'action et de réflexion, un intellectuel, un mystique et un pasteur. Toutes ces qualités trouvent leur épanouissement dans son « métier » d'apôtre. Il les met au service des jeunes communautés chrétiennes pour lesquelles il déborde d'activité et de passion. Nous proposons ici une réflexion sur la façon dont le souci des églises unifie l'action et la réflexion de Paul. Les références citées peuvent naturellement servir à entreprendre un petit voyage à travers les lettres de Paul et les Actes de Apôtres.

D’abord apôtre

Paul tient beaucoup à son titre d'apôtre. Il le met en avant au début de ses lettres et le rappelle vigoureusement quand on semble le lui contester (1 Cor 9, 1—2). Apôtre, on le sait, vient d'un mot grec qui signifie « envoyé ». Et dans les communautés chrétiennes, ce terme prend une teneur particulière; il est lié à l'envoi par le Christ. Paul n'a pas vécu auprès de Jésus de Nazareth, mais il a vu le Ressuscité, sur la route de Damas. De cette rencontre il tire la vérité de son envoi, de son « apostolicité ». Apôtre, il proclame l'Evangile et il fait naître les communautés de croyants.

Le travail d'apôtre satisfait le côté actif de Paul. Il entreprend quatre voyages, visite les grandes villes de l'Empire, paie de sa personne. Deux remarques sur ce point : la première concerne le comportement de l'apôtre par rapport à l'Empire romain. Il en utilise tous les aspects positifs et les met au service de sa mission. Les routes romaines sont pour son ministère une véritable aubaine. On le voit par ailleurs utiliser son titre de citoyen romain chaque fois que cela peut être utile, en appeler à la justice de l'empereur parce qu'on le fait languir de longs mois dans la prison de Césarée (Actes 16,35-40; 22,25; 25,6-12). Mais, seconde remarque, Paul conserve une parfaite liberté dans sa mission d'apôtre. Jamais on ne le voit rechercher des appuis politiques auprès des « grands » de ce monde, jamais on ne le voit développer des stratégies d'alliances qui favoriseraient sa mission. Et il proclame bien haut : « Ne suis-je pas libre ? Ne suis-je pas apôtre ? N'ai-je pas vu Jésus Notre Seigneur ? » (1 Cor 9, 1-2).

Pour que vivent les communautés qu'il fonde, Paul ne compte que sur la force de l'Évangile et sur sa passion pour le Christ, passion qu'il communique à ses collaborateurs. Car Paul ne travaille pas seul. Barnabas, Jean-Marc l'accompagnent; il s'adjoint aussi Silas et recrute Timothée, le fils d'une juive devenue croyante et d'un père grec (Actes 15, 36-40; 16, 1-5).À Corinthe, il rencontre Aquilas et Priscille qui deviennent ses collaborateurs et amis; ce sont eux qui forment à leur tour Apollos (Actes 18, 1-5.24-28). Dans les communautés nouvelles, Paul suscite des responsables qui doivent veiller sur tous. Il faut à ce sujet lire l'émouvant discours d'adieux qu'il adresse aux anciens d'Éphèse et où se rejoignent consignes pastorales et théologie : « Et maintenant, je vous remets à Dieu et à sa parole de grâce, qui a la puissance de bâtir l'édifice et d'assurer l'héritage à tous les sanctifiés » (Act 20,17-38).

Pastorale et théologie

Paul, l'homme d'action, le pasteur, n'a pas de difficultés à se transformer en théologien, parce que sa réflexion est toujours au service des communautés. Sur le chemin de Damas, il a fait l'expérience mystérieuse d'une nouvelle appartenance. Il appartient à la nation juive, il est citoyen romain, mais Christ l'a saisi et maintenant, il est tout à Christ. C'est pourquoi il développe à plaisir ces expressions théologiques et spirituelles si fortes sur l'union avec le Christ : « Si nous avons été totalement assimilés à la mort du Christ, nous le serons aussi à sa résurrection » (Rom 6, 1-14). « Si quelqu'un n'a pas l'Esprit du Christ, il ne lui appartient pas » (Rom 8,9).

Toutes ces réflexions de Paul débouchent sur des points concrets de la vie des églises. Appartenir au Christ, c'est par exemple ne pas voir le baptême comme les Corinthiens qui disent : « »Moi, j'appartiens à Paul... Moi, à Céphas... Moi, à Apollos ». Sans doute influencés par l'esprit de clan de la société hellénistique ou par celui des religions à mystères qui établissent un lien privilégié entre l'initiateur et l'initié, les Corinthiens réintroduisent des coupures dans la communauté chrétienne. Pour Paul, la communauté a un fondement unique: Christ. Et le baptême ne lie pas à celui qui baptise, mais il fait entrer dans une communion vitale avec Christ.

De cette union de chrétiens en Christ, on peut aussi tirer des conséquences pratiques à propos des repas entre frères et de l'eucharistie. Il n'est pas normal de constituer des groupes de gens riches et de gens démunis (1 Cor 11, 17-34). On ne peut pas non plus reconduire la loi qui veut qu'un juif ne mange pas avec un non-juif. Car dans les communautés où vivent des juifs et des païens, comme par exemple à Antioche, la « vie en Christ » ne serait alors plus possible. Il faudrait envisager deux eucharisties, et deux groupes, ce qui est impensable (Galates 2, 11 -14).

Paul se trouve affronté très souvent à ce grave problème de la loi de Moise. Les disciples de Jésus étant des juifs, sans doute continuaient-ils à pratiquer bien des aspects de la loi après Pâques, tout en sachant que désormais Jésus était leur Nouvelle Loi et leur Salut. Mais fallait-il imposer la pratique de la loi de Moïse aux non-juifs qui se convertissaient au Christ ? Paul devra batailler dur pour imposer une solution, et éviter qu'on n'impose les contraintes de la loi aux croyants venus du paganisme (Act 15 et lettre aux Galates).

Pour Paul, tous forment le corps du Christ (Col 3,15; Ephésiens 4,4), et déjà, dans les communautés de croyants, les différences n'existent plus : « Tous, vous êtes, par la foi, fils de Dieu, en Jésus Christ. Oui, vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. Il n'y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre; il n'y a plus l'homme et la femme; car tous, vous n'êtes qu'un en Jésus Christ » (Galates 3,26-28). Les jeunes communautés chrétiennes deviennent ainsi un lieu de contestation prophétique où toutes les différences s'estompent : esclaves et citoyens, hommes et femmes, juifs et grecs s'y côtoient, conscients de leur fraternité en Christ, tous « concitoyens des saints, de la famille de Dieu » (Ephésiens 2,19). Paul n'est pas un naïf, et il sait bien que la société qui l'entoure n'est pas changée sur une simple parole. Mais déjà les chrétiens, par leur façon de se comporter entre eux, subvertissent l'ordre social bâti sur les clivages et les différences. Un jour viendra où tous les hommes vivront d'amour et seront frères, en Jésus Christ qui est mort pour eux.

Pour faire advenir ce monde nouveau, les chrétiens doivent agir. Ils sont appelés à se comporter de façon à favoriser la fraternité entre tous. C'est un des aspects de ce que Paul appelle la « vie selon l'Esprit », car « l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné» (Rm 5,5). Cet amour que Dieu nous porte débouche sur l'amour du frère sans lequel il n'est pas de vie chrétienne possible. Il faut rappeler ici la dureté de la société romaine où ni l'égalité ni la fraternité de droit entre les hommes n'était acquise. Fort de son expérience du Christ, Paul aide les communautés croyantes à vivre cette merveilleuse fraternité en Christ. Il y consacre toute sa vie d'apôtre, de théologien et de pasteur.

© SBEV. Pierre-Marie Beaude

 
 
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