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Saint Paul
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Vie
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Gruson Philippe
La vie et les voyages de Paul
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Il n'est pas facile de raconter la vie de Paul...
 

Il n'est pas facile de raconter la vie de Paul, car ce qu'il nous dit de lui dans ses Lettres ne coïncide pas toujours avec le récit de Luc dans les Actes des Apôtres. Qu'a-t-il fait après sa conversion ? On sait juste qu'il est venu à Jérusalem rencontrer Pierre et Jacques et qu'il a séjourné à Damas et en Arabie (Galates 1,18-24). Nous présentons ici une reconstitution, tout en invitant nos lecteurs à lire les Actes des Apôtres.

Le premier voyage (années 45-49)

Barnabé et Saul, envoyés par la communauté d'Antioche pour annoncer l'Évangile dans les provinces voisines (Actes 13), parcourent Chypre et le sud de l'Asie mineure. Saul, désormais appelé Paul, convertit le proconsul de Chypre. À Antioche de Pisidie, Paul et Barnabé s'adressent aux Juifs, à la synagogue, pour annoncer que Jésus est le Messie attendu et que Dieu l'a ressuscité. Mais le succès rencontré auprès des païens sympathisants, les « Craignant-Dieu », rend les Juifs jaloux et hostiles; les deux apôtres sont chassés de la synagogue et même de la ville (Ac 13,44-52). La même chose se reproduit à Iconium puis à Lystres, où Paul est même lapidé.

Au retour, Paul et Barnabé repassent encourager les communautés fondées à l'aller et désignent des Anciens, les « presbytres », comme responsables. À Antioche de Syrie, tous se réjouissent du succès de cette évangélisation des païens. Mais à Jérusalem les chrétiens d'origine juive (les judéo-chrétiens) s'inquiètent : comment être sauvé sans être juif, circoncis ? Le débat provoque l'Assemblée de Jérusalem (en 49) où, finalement, la mission auprès des païens est reconnue (Ac 15). C'est peu après, sans doute, que se situe le « conflit d'Antioche » entre Paul et Pierre.

Le deuxième voyage (50-52)

À la suite d'un désaccord avec Barnabé, à propos de son neveu Marc, Paul se sépare d'eux et repart avec Silas visiter les églises fondées lors du premier voyage. Mais le programme prévu est bousculé par l'Esprit-Saint et par une vision (Ac 16,6-10); Paul et Silas quittent l'Orient et s'embarquent pour la Macédoine. À Philippes, la première Église d'Europe, une communauté se forme autour d'une femme, Lydie. Le séjour dans cette ville est mouvementé, mais se termine bien (Ac 16,16-40). De même à Thessalonique, où des Juifs fomentent des troubles contre eux. À Athènes, Paul essaie d'adapter sa prédication aux universitaires qui l'écoutent, mais il aura peu de succès car la foi en la résurrection paraît absurde aux philosophes grecs (Ac 17,16-34).

Au contraire, à Corinthe, l'Évangile pénètre le cœur des dockers, des marchands et des esclaves. Paul loge et travaille comme tisserand chez Priscille et Aquilas, un couple juif expulsé de Rome. Les Juifs l'accusent de perturber l'ordre public, devant le proconsul Gallion (le frère de Sénèque); Paul, acquitté (Ac 18,1-17), reste à Corinthe un an et demi (en 51-52). C'est là qu'il écrit ses premières lettres à l'Église de Thessalonique, fondée l'année précédente. Puis il s'embarque pour Éphèse et Césarée, et regagne Antioche.

Le troisième voyage (53-58)

Dès le printemps, Paul se remet en route vers les Églises d'Asie mineure. À Éphèse, sa prédication à la synagogue suscite des oppositions; il doit louer une salle d'école pour pouvoir enseigner, pendant deux années (Ac 19,1-10). Il écrit aux Galates et aux Corinthiens, dont les communautés sont alors déchirées par des opposants qui contestent son autorité. À vrai dire, Paul n'est pas seul à Éphèse: il a avec lui toute une équipe, dont Timothée et Tite. Leur action porte; certains convertis brûlent leurs livres de magie. Les païens, jaloux et furieux, déclenchent une émeute au grand théâtre d’Éphèse. Paul doit quitter la ville; il retourne passer l'hiver 57-58 à Corinthe où la division vient d'ébranler la jeune Église. Il écrit à l'Église de Rome qu'il ne connaît pas, mais où il projette de se rendre (Ac 19,21), parce que c'est le cœur du monde païen.

Après avoir célébré Pâques à Philippes, Paul rejoint l'Asie à Troas. Pendant une trop longue eucharistie nocturne, un jeune s'endort, tombe du troisième étage et se tue, mais Paul le ramène à la vie (Ac 20,7-12). Il s'embarque pour venir célébrer la Pentecôte à Jérusalem. À l'escale de Milet, il fait des adieux émouvants aux anciens de l'Église d'Éphèse : « Je sais bien que vous ne reverrez plus mon visage » (Ac 20,17-38). Paul s'attend à de graves difficultés, car ses adversaires juifs complotent contre lui; or ils sont tout puissants à Jérusalem. La traversée s'achève à Ptolémaïs (Akko , le Saint-Jean-d’Acre des Croisés). À Césarée, le prophète Agabus prédit à Paul son arrestation (Ac 21,8-14). Malgré les supplications de ses amis, Paul monte quand même à Jérusalem.

La captivité (58-62)

Malgré les précautions prises par Jacques et les anciens pour limiter les risques, des Juifs ameutent la foule contre Paul et l'accusent de profaner le Temple en y introduisant des païens. Il manque de peu d'être lynché (Ac 21,27-36). Jugement devant le Sanhédrin. Le tribun, averti par le neveu de Paul que des Juifs ont juré de le tuer, le fait transférer sous escorte à Césarée, la nuit même (Ac 23, 12-24). Le procurateur Félix fait comparaître Paul et ses accusateurs, mais sans rendre de jugement. Paul va rester en prison deux années. Dès l'arrivée du nouveau procurateur Festus (en 60), nouvelle comparution. Mais, pour éviter d'être renvoyé à Jérusalem, Paul fait appel au tribunal de l'empereur, comme son titre de citoyen romain lui en donne le droit.

Pendant le transfert à Rome par bateau, Paul, prisonnier, est accompagné de Luc, qui va laisser de cette traversée mouvementée un récit inoubliable (Ac 27-28). Tout va bien jusqu'en Crète où l'on arrive peu avant l'arrêt de la navigation (du 11 novembre au 10 mars, la mer, trop dangereuse, est « fermée »). Paul, rendu prudent par trois naufrages antérieurs, conseille d'hiverner sur l'île; mais on ne l'écoute pas. Peu après avoir longé la Crète, un vent de nord-est très violent se lève et entraîne le bateau vers le sud. Pendant quatorze jours on dérive en pleine tempête, et finalement le bateau disloqué vient s'échouer devant l'île de Malte. Grâce au sang-froid de Paul, les 276 passagers, marins, prisonniers et soldats arrivent sains et saufs.

Au printemps 61, dernière étape de la traversée, jusqu'à Puteoli, d'où l'on gagne Rome par la via Appia. En attendant d'être jugé, Paul demeure là deux ans, toujours gardé par un soldat, dans une maison qu'il a louée et où il peut recevoir et enseigner. Il écrit aux églises de Colosses et d'Éphèse. C'est alors qu'il convertit Onésime, un esclave en fuite, et le renvoie à son maître Philémon.

La fin de la vie de Paul

On peut penser que Paul a été libéré après ses deux ans de détention préventive. Qu'a-t-il fait ensuite ? Nos informations proviennent, non plus des Actes, mais des Épîtres Pastorales, adressées à deux « pasteurs » de communautés : Tite en Crète et Timothée, son « enfant bien-aimé », à Éphèse. Mais ces lettres sont-elles de Paul lui-même ? Pourquoi leur langue, leurs préoccupations et leur théologie sont-elles si différentes de celles des autres Épîtres? D'après ces Lettres Pastorales et quelques témoignages anciens, on peut supposer de nouveaux voyages de Paul, en Espagne, en Crète, à Éphèse et en Macédoine, puis une nouvelle captivité à Rome. L'émouvante deuxième Lettre à Timothée, écrite alors par Paul déjà âgé, montre qu'il s'attend à être condamné et se prépare à la mort. D'après des traditions anciennes, il aurait été décapité près de Rome, sur la route d'Ostie (l'actuelle église St Paul-hors-les-murs), lors de la persécution de Néron en 67, ou peut-être déjà en 64.

© SBEV. Philippe Gruson

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org