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Saint Paul
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Vocation
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Beaude Pierre-Marie
La vocation de Paul
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Dans ses lettres, Paul fait plusieurs fois allusion à son appel...
 

Dans ses lettres, Paul fait plusieurs fois allusion à son appel. Il utilise des expressions variées, comme s'il avait besoin de beaucoup de mots pour exprimer toute la richesse de sa rencontre avec le Christ. Un autre écrivain, saint Luc, parle de l'appel de Paul: dans les Actes de Apôtres, il le mentionne trois fois (Actes, chapitres 9; 22 et 26). Nous commentons ici deux passages des lettres de Paul et le chapitre 9 des Actes.

« À moi en dernier, il est apparu... » (1 Co 15,8)

Chez les croyants de Corinthe, Paul rencontre le doute à propos de la résurrection. Ces chrétiens venus du paganisme et pétris de l'esprit grec ne voient pas grand intérêt à ce que nos corps de misère vivent après la mort. Paul leur rappelle donc le credo fondamental des églises: Christ est mort, il est ressuscité, il est apparu. Il énumère les gens à qui le Christ est apparu : Céphas, les Douze, cinq cents frères, Jacques et tous les apôtres. Et enfin il déclare : « En tout dernier lieu, il m'est apparu, à moi l'avorton » (1 Co 15,8).

Ce texte nous apprend beaucoup. Paul parle d'abord des apôtres, entendons ceux qui ont vécu avec Jésus et l'ont suivi jusqu'à sa mort. Puis il se nomme aussitôt après eux, et se donne aussi le titre d'apôtre, tout en reconnaissant qu'il est « le plus petit des apôtres », puisqu'il a persécuté l'église de Dieu. Ce titre d'apôtre, Paul a conscience de l'avoir reçu quand le Christ lui est apparu. L'appel entendu, qui est à l'origine de sa conversion, est donc le fondement de sa mission d'apôtre, exactement comme les apparitions du ressuscité aux Douze fondent leur autorité. Comme ceux de Jérusalem, Paul a reçu grâce et mission par le Christ ressuscité qui lui est apparu.

« Dieu a révélé en moi son fils » (Galates 1,16)

Dans sa lettre aux Galates, Paul aborde à nouveau sa vocation. Cette fois, il n'utilise par le vocabulaire de la résurrection, mais celui de la révélation. Dans l'Ancien Testament, on connaît des textes de « »révélation » où s'opposent ce qui vient des hommes et est terrestre, et ce qui vient de Dieu par révélation. Les apocalypses (ce mot signifie révélation) sont bâties sur cette opposition. Ici, Paul reprend ce schéma pour montrer comment l’Évangile qu'il annonce ne lui a pas été transmis ni enseigné par les hommes, mais par une révélation de Dieu.

Cette révélation a bouleversé son comportement de naguère, lui qui était zélé pour la religion de ses pères et, à cause de cela, persécuteur des chrétiens (versets 13-14). Paul présente ici son appel comme venant d'une initiative de Dieu, exactement comme pour les prophètes. Il fait explicitement allusion à Jérémie pour parler de sa propre vocation : « Mais quand Celui qui m'a mis à part depuis le sein de ma mère et m'a appelé par sa grâce... » (verset 15).

Jérémie fut appelé pour être prophète des nations (Jr 1,5). Paul à son tour reçoit du ciel une « révélation » qui bouleverse de fond en comble sa vie et l'oriente dans la même direction.

« Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » (Actes 9,4)

Dans les Actes des apôtres, au chapitre 9, Luc raconte la vocation de Paul sur la route de Damas. De ce récit très connu, soulignons quelques points. Il s'agit d'un voyage. Saul l'a préparé avec soin. Il est accrédité par des lettres des grands prêtres pour arrêter les gens de la Voie, c'est-à-dire les chrétiens, et les ramener à Jérusalem. Le voyage de Saul va se faire, mais ce sera un voyage interrompu et sans retour. Après sa rencontre sur le chemin, en effet, il ira à Damas, mais il ne reviendra pas à Jérusalem.

Voyage sans retour. Cette expression peut s'entendre au plan spirituel. Paul en effet est appelé à un autre voyage, un voyage qu'il n'a pas préparé. « Relève-toi, entre dans la ville, et là on te dira ce que tu dois faire », dit la voix. Paul entre dans la ville, guidé par ses compagnons de voyage, incapable d'initiative personnelle alors qu'il se comportait jusque-là comme un chef. L'initiative est maintenant du côté du Seigneur, et Paul devient un « instrument » (v. 15). Notons ce qui, dans le récit, montre le passage du Paul persécuteur au Paul « retourné » par Jésus. Lui qui voyait si clair sur ce qu'il devait faire, il devient aveugle. Pendant trois jours et trois nuits, privé de la vue, sans manger et sans boire, ne ressemble-t-il pas à un mort dans un tombeau ? Comme le Christ, il participe à la mort et à la vie. Il lui faut mourir pour ressusciter. Les écailles qui lui tombent des yeux, le baptême qu'il reçoit montrent qu'il s'ouvre à une lumière neuve. II se nourrit, reprend des forces : le voilà prêt pour une vie nouvelle.

Saul se rendait à Damas pour persécuter les chrétiens. La voix, sur le chemin, lui dit : « Pourquoi me persécutes-tu ? » Il apprend ainsi qu'une relation mystérieuse existe entre les gens qu'il venait enchaîner, et cette voix qui lui parle et dont il ne voit pas le corps. Le corps du Christ n'est-il pas finalement pleinement réalisé dans l'Église, par le rassemblement des chrétiens ? Devenu disciple à son tour, Paul se rappellera toute sa vie cette assimilation entre le Christ et les chrétiens : « vous êtes le corps du Christ ».

© SBEV. Pierre-Marie Beaude

 
 
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