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Alliance
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Epître aux Hébreux
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Sacrifice
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Gruson Philippe
Le sacrifice qui fonde la nouvelle alliance selon la lettre aux Hébreux (He 8-9)
Théologie
 
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La mort et la résurrection du Christ sont le sacrifice qui fonde la nouvelle alliance...
 

L'auteur anonyme de l'épître aux Hébreux est un théologien de génie: dès avant l'an 70, il a su exprimer avec force et profondeur toute l'originalité du mystère du Christ. Il le présente comme le grand prêtre parfait sa mort et sa résurrection sont le sacrifice qui fonde la nouvelle alliance.

Deux liturgies comparées

On ne sait pas très bien qui sont ces « Hébreux » : en tout cas des juifs convertis au Christ, qui doivent regretter les splendeurs du culte encore célébré au Temple de Jérusalem (car rien dans cette épître ne laisse supposer que le Temple soit déjà détruit). L'auteur, juif d'origine lui aussi, connaît parfaitement les liturgies du Temple et il leur compare le sacrifice du Christ pour montrer à ses lecteurs la nouveauté de leur relation à Dieu.

Très influencé par la philosophie grecque (Platon), notre auteur raisonne en opposant les réalités de la terre et celles du ciel. Pour lui, ce qui est terrestre, visible, temporel n'est que 1'image, l'annonce ou la figure de ce qui est céleste, invisible, éternel. Tout le culte juif au Temple est fait de réalités concrètes (les bâtiments, les objets du culte, les offrandes et les animaux sacrifiés); il se déroule au fil des jours et des années, grâce à des prêtres qui se succèdent depuis des siècles. Tout cela n'est que la figure terrestre, imparfaite, du culte céleste, éternel.

Le sang du sacrifice

Le grand point commun entre ces deux cultes, celui du Temple et celui du Christ, c'est le sang versé. Évidemment, la différence est grande entre les deux offrandes: rite animal d'un côté, réalité humaine de l'autre. C'est par le sang, non pas des boucs et des veaux, mais par son propre sang, qu'il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire et qu'il a obtenu une libération définitive (9,12).

D'où la différence des effets produits : Si le sang de boucs et de taureaux répandu sur les êtres souillés les sanctifie en purifiant leur corps, combien plus le sang du Christ, qui s'est offert lui-même à Dieu... purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes pour servir le Dieu vivant (9,13-14). Il s'agit bien d'un passage de la mort à la vie: d'un passage vers Dieu, d'une consécration.

Médiateur d'une alliance nouvelle

L'auteur conclut : Voilà pourquoi (le Christ) est médiateur d'une alliance nouvelle (9,15). La première alliance avait bien été conclue, elle aussi, avec le sang de jeunes taureaux dont Moïse avait aspergé l'autel et le peuple (Ex 24: voir la fiche p. 29). Le sang versé par le Christ sur la croix, sommet de toute sa vie donnée à Dieu et aux hommes ses frères, constitue un sacrifice parfait. C'est lui qui fonde l'alliance nouvelle annoncée par l'oracle célèbre de Jérémie 31, longuement cité en 8,8-12.

Le sacrifice du Christ, son passage au Père par la mort, n'est pas seulement un sacrifice pour le pardon des péchés : il est plus encore un sacrifice d'alliance, à cause de la personne même du Christ, parfait médiateur entre Dieu et les hommes. Innocent, aucun péché ne le sépare de Dieu, à la différence des prêtres juifs. De plus il s'est fait, par amour, le frère de tous les hommes, entièrement solidaire d'eux (2,11). Homme et Dieu, il est le grand prêtre miséricordieux et accrédité auprès de Dieu (2,17).

Une alliance bien meilleure

Il serait erroné de croire que notre auteur oppose purement et simplement les deux alliances, la seconde venant remplacer la première (8,13). La longue citation de Jérémie 31 souligne que cette « alliance nouvelle », toujours avec Israël, et toujours avec le même contenu – les Dix Paroles du Sinaï – annonce le pardon. C'est le seul changement qui renouvelle cette alliance : Dieu doit pardonner au peuple pécheur pour que la relation puisse durer et transmettre aux croyants la vie de Dieu : Tous me connaîtront... parce que je serai indulgent pour leurs fautes et de leurs péchés je ne me souviendrai plus (8,11-12).

Si l'alliance nouvelle est bien meilleure (8,6), c'est parce que le médiateur est bien meilleur que Moïse. Nous, chrétiens, ne pouvons tirer de là aucune supériorité sur nos frères aînés dans la foi, les juifs, car nous sommes tout aussi pécheurs qu'eux. Comme eux, qui vivent sans Temple depuis 19 siècles, nous savons que c'est dans le cœur de l'homme que se vit l'alliance. Disciples de Jésus, nous devrions encore mieux savoir – et réaliser – que l'alliance est la vie donnée par amour, au Père et aux frères. Jésus ne l'a pas seulement vécue avant nous : il continue de la vivre en nous par son Esprit qui nous est donné.

© SBEV. Philippe Gruson

 
He 8-9
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org