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Alliance
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Evangiles
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Aulard Stéphane
L'alliance dans les évangiles
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Le mot alliance apparaît peu dans les évangiles...
 

Le mot alliance apparaît peu dans les évangiles : deux fois chez Luc, une fois chez Matthieu et Marc. Il est pratiquement réservé au récit de la Cène, lorsque Jésus présente la coupe de vin aux disciples. Est-ce que les évangélistes n'ont pas perçu l'œuvre de Jésus comme la nouvelle alliance ?

Le Règne et le Royaume

Dans les évangiles, un mot désigne à la fois la prédication et l'œuvre de Jésus : Règne ou Royaume de Dieu. Aux débuts de son activité publique, Matthieu comme Marc mettent sur les lèvres de Jésus cette annonce solennelle : Le Règne de Dieu s'est approché... (Mc 1,15; Mt 4,17). Tout le ministère de Jésus montre qu'il vient instaurer ce Règne ou Royaume de Dieu. Ainsi Matthieu, dans son chapitre 13, groupe-t-il de nombreuses paraboles où Jésus explique les mystères du Royaume (Mt 13,11), tant aux foules qu'à ses disciples. Ses miracles peuvent également être compris comme des signes tangibles que le Règne de Dieu est arrivé.

Luc précise même que toute la prédication missionnaire de Jésus porte sur ce Règne qui vient : Aux autres villes aussi il me faut annoncer la bonne nouvelle du Règne de Dieu, car c'est pour cela que j'ai été envoyé (Lc 4,53). Pourtant ce roi n'a rien d'un souverain autoritaire puisqu'il associe ses disciples au gouvernement de son royaume (Mt 16,19). Dans cette tension entre un royaume déjà là et qui doit venir quand on se convertit ou qu'on prie le Père des cieux (Mt 6,10; Lc 11,2), même les opposants à Jésus peuvent trouver leur place, comme ce scribe à qui Jésus déclare: Tu n'es pas loin du Royaume de Dieu (Mc 12,34).

Et l'Alliance ?

Nos mentalités modernes résistent à cette image du Règne ou Royaume. Pourtant elle est bien ancrée dans la Bible et le messianisme du premier siècle. L'expression nouvelle alliance nous convient mieux. N'oublions pas non plus que l'expression Nouveau Testament (ou nouvelle alliance) va désigner le recueil des textes chrétiens ayant autorité dans la communauté. De même, les paroles du récit de l'institution eucharistique dans la célébration liturgique, à partir des divers récits de la Cène, parlent de nouvelle alliance. On comprend ainsi pourquoi cette expression a si bien imprégné les mentalités chrétiennes au point de nous être très familière.

L'usage liturgique ne doit pas nous empêcher de regarder de près les récits de la Cène dans les synoptiques. L’expression Nouvelle alliance n'apparaît que dans les récits de Luc et de Paul : Et pour la coupe, (Jésus) fit de même après le repas, en disant : 'Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang versé pour vous' (Lc 22,20; cf. 1 Cor 11,25). Cette expression nouvelle alliance se réfère explicitement à Jérémie 31,31 qui prophétise, peu avant l'exil, un renouvellement de l'alliance du Sinaï.

Or Jérémie n'envisageait pour ce renouvellement aucun sacrifice, mais plutôt une fidélité absolue du peuple à la loi du Seigneur écrite dans les cœurs. Jérémie n'imaginait pas davantage que le messie roi fût l'acteur de ce renouveau d'alliance. Luc comme Paul, tout en s'appuyant sur Jérémie, insistent donc sur la nouveauté radicale de l'alliance pour les disciples de Jésus, qui débordent le peuple juif : versé pour la multitude (beaucoup).

Le sang de l'alliance

De leur côté Matthieu et Marc ont un texte différent pour les paroles de Jésus : Ceci est mon sang de l'alliance, versé pour la multitude [en rémission des péchés] (Mt 26,28; Mc 14,24). L'expression sang de l'alliance se réfère au sacrifice offert par Moïse au Sinaï. Lorsqu'il eut aspergé tout le peuple avec le sang des jeunes taureaux, Moïse dit : Voici le sang de l'alliance que le Seigneur a conclue avec vous (Ex 24,8).

Les deux évangélistes enracinent nettement le geste de Jésus lors de la Cène dans le rite fondateur de l'alliance au Sinaï. Jésus n'est jamais autant fidèle à l'alliance qu'en ce moment capital où il accomplit aussi la prophétie d'Isaïe 53 qui voit dans le sacrifice du serviteur de Dieu une mort pour tous : Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, du fait qu'il a supporté leurs perversités (Is 53,11).

Les deux traditions concernant l'alliance, représentées dans les synoptiques, entendent bien présenter la célébration eucharistique des communautés chrétiennes comme une participation à l'alliance fondatrice du Sinaï (Exode 24); elle s'est approfondie au gré de l'histoire d'Israël (Jérémie 31) et s'accomplit en Jésus messie et serviteur de la multitude.

© SBEV. Stéphane Aulard

 
 
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