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Alliance
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Loi
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Mackiewicz Marie-Claude
Vivre l'alliance selon la Loi
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Vivre fidèlement l'Alliance selon la Loi, c'est pour Israël une grâce autant qu'une exigence...
 

Le mot « Loi » traduit l'hébreu « Tora », d'un verbe qui veut dire : jeter, lancer, tirer une flèche. La direction à prendre, le but à ne pas manquer, c'est l'Alliance que Dieu a voulue avec Israël. Vivre fidèlement cette Alliance selon la Loi, c'est pour Israël une grâce autant qu'une exigence.

Une Loi pour vivre libre : le Décalogue (Ex 20 ; Dt 5)

Le Décalogue est le texte essentiel de toute la Tora. Un commentaire juif, le Midrash rabha, le compare à dix pierres précieuses enchâssées dans un bijou; ce bijou (toute la Tora) tire sa valeur de ces pierres. Voici la première : « C'est moi, je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d'Égypte, d'une maison d'esclaves » (Ex 20,2). Dieu se définit lui-même comme le Dieu qui sauve et libère. L'histoire est là pour le prouver, et la première des lois données à Israël c'est cette référence à son événement fondateur.

L'interdiction de toute idolâtrie, quatre fois exprimée ensuite, n'entrave pas notre liberté. Bien au contraire, elle érige la liberté de l'homme par la reconnaissance de son Libérateur. Dans le livre du Lévitique, on retrouve ces Dix Paroles complétées par d'autres préceptes. Comme le Décalogue, elles sont adressées à Israël. Tout cet ensemble traduit un profond respect de la personne humaine : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lv 19,18).

C'est ici la première loi de sainteté qui répond à l'injonction du Seigneur : « Soyez saints car je suis saint ». Cette sainteté de Dieu que l'homme doit imiter, c'est l'idéal par excellence, le but de tous les commandements. Il y a beaucoup d'interdits dans la Tora; bon nombre portent sur le pur et l'impur. La sanctification, c'est aller de l'impureté à la pureté. Les deux notions de sainteté et de pureté sont liées, mais si la recherche de la pureté dépend de la volonté de l'homme, c'est Dieu qui décide de la sainteté !

Toutes les lois en une : « Écoute Israël... » (Dt 6,4)

C'est là l'une des plus belles séquences de tout l'Ancien Testament, ou Dieu livre ce qu'il est : le Dieu UN. À la fois l'Unique : il n'y a pas d'autre Dieu que lui, et dans la même identité : il n'y a pas de dualité en lui. Les commandements qui suivent en découlent : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force. Ces paroles, tu les répéteras à tes fils, tu les leur diras... Tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes ». Pour chaque fils d'Israël, aimer Dieu c'est, en tout ce qu'il est, en tout ce qu'il dit, en tout ce qu'il fait, reconnaître que Dieu est. Pour Maïmonide, un médecin, philosophe et théologien juif dé Cordoue au 12e siècle, cela est le principe des principes, le fondement, le pilier sur lequel repose toute la Tora.

Aimer Dieu de toute son âme, les sages l'entendent comme aimer Dieu même s'il te prend ton âme (ta vie). À ce point ultime de la foi, on peut dire que la fidélité du peuple juif vient de ce qu'il se sait aimé.

L'éloge de la Loi divine (Psaume 119)

Dans ce Psaume on trouve 25 fois le mot Tora (beaucoup plus que dans tous les autres Psaumes réunis !). « La loi y est toujours personnalisée, mise en relation avec Dieu : c'est 'la Loi du Seigneur'. Le mot est souvent associé à l'idée de direction, de chemin, de pas sur la route. Il ne s'agit pas tant ici de prescriptions juridiques, que d'une marche à suivre, d'une orientation à donner à sa vie » (Cahier Évangile n° 71, p.36).

Dans ce très long psaume, on trouve sept synonymes du mot loi : « préceptes, commandements, règles, volontés, promesses, jugements, chemins ». Cette loi n'est jamais une entrave, mais une relation illustrée par les mots : « délices, joie, libérer, mettre au large, vivre ». Huit fois revient l'expression : « Moi, je prends plaisir à ta loi » (à tes volontés).

Les scribes et la Tora

À Jérusalem vers 400 avant Jésus, le prêtre-scribe Esdras fait solennellement la lecture de la Loi devant le peuple, traduisant et donnant le sens et ainsi on comprenait la lecture (Ne 8,1-8). Cette traduction publique est l'origine du Targum ou « traduction » en araméen des textes bibliques (avec parfois des commentaires). Expliquer et actualiser l'Écriture, tel sera désormais le rôle des scribes. C'est à cette époque que les prêtres-scribes regroupent les traditions anciennes pour en faire les cinq premiers livres : le Pentateuque ou Tora. Le judaïsme vient de naître en se donnant pour cadre la Tora qui fera vivre Israël jusqu'au temps de Jésus et jusqu'à aujourd'hui.

« Je » est le premier mot des dix Paroles de Dieu; « ton prochain » en est le dernier. La Tora est ce chemin qui conduit l'homme de 1'UN à l'autre, pour aller vers ce dernier et se comporter de telle manière qu'il devienne son prochain. L'alliance prend alors tout son sens, et Jésus n'enseigne rien d'autre à ses disciples : le second commandement est semblable au premier. À un scribe qui l'interrogeait, il répond : « Fais cela et tu vivras. » Faire, c'est l'exigence et vivre c'est la grâce.

© SBEV. Marie-Claude Mackiewicz      

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org