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Alliance
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Deutéronome
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Sauret Sabine
La vie dans l'alliance. Le Deutéronome
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Le Deutéronome précise la manière dont devrait se vivre l'alliance dans la vie du peuple de Dieu...
 

L'originalité d'Israël dans l'histoire des hommes est de se savoir responsable de la réalisation du grand projet divin : l'alliance, (en hébreu : « berit »). Comment se vit cette alliance, dans le face à face entre Dieu et son peuple, tout au long de son histoire ? C'est le Deutéronome qui l'évoque le mieux, avec ses échos en Josué, Juges, Samuel et Rois, écrits avant et pendant l'exil.

Du désert à la Terre promise: un Dieu qui donne

Le désert succède à la libération d'Égypte : il est le lieu de cette aventure où l'homme découvre qu'il marche avec Dieu : « Pendant tout le temps où j'ai cheminé avec les fils d'Israël » (2 S 7,7). Le désert forge 1'alliance et la Terre promise est le signe de cette relation entre Dieu et son peuple. Mais cette terre « donnée » reste à conquérir, puis à cultiver. L'Israélite répond au don de Dieu en lui offrant les produits de cette terre : « Et maintenant voici que j'apporte les prémices des fruits du sol que tu m'as donné » (Dt 26,10). Au don de Dieu répond le don de l'homme à Dieu, inséparable du don à d'autres hommes, les pauvres, les, émigrés, comme Israël l'était en  Égypte : « Quand tu auras donné la dîme au lévite, à l'émigré, à l'orphelin et à la veuve et quand ils auront mangé à satiété... » (Dt 26,12).

« Écoute Israël » : le don de la loi

« Et maintenant, dit Moïse, écoute les lois et les coutumes... ainsi vous vivrez et vous entrerez en possession du pays que vous donne, le Seigneur Dieu » (Dt 4,1). C'est la condition du don : écouter. Car le Dieu qui a libéré et nourri son peuple au désert est un Dieu qui appelle et qui parle: sa parole, comme la manne, nourrit chaque jour : « Il vous a donné son alliance, les Dix Paroles qu'il vous a ordonné de mettre en pratique » (Dt 4,13).

L'exigence est double : écouter et agir. Ces paroles de Dieu rassemblent dans l'unité d'une nation, comme le Seigneur est un (Dt 6,4). C'est au Temple, unique, lui aussi, que se manifeste l'unité du peuple autour de son Dieu (Dt 12,2). L'alliance constitue Israël en peuple, face aux autres nations : « Voyez, je vous apprends les lois et les coutumes... Vous les garderez... c'est ce qui vous rendra sages aux yeux des autres peuples » (Dt 4,6).

Une loi à transmettre

Et la présence de Dieu est au cœur de la vie du croyant : « Les paroles seront présentes à ton cœur... tu en feras un signe attaché à ta main, une marque placée entre tes yeux; tu les inscriras sur les montants des portes et à l'entrée de tes villes » (Dt 6,6-8). Partout et à tout moment, il faut les vivre et les transmettre aux enfants par l'exemple : « Quand tu resteras chez toi et quand tu marcheras sur la route; quand tu seras couché et quand tu seras debout » (Dt 6,7).

C'est pourquoi ces paroles ne cessent d'être inscrites : Dieu lui-même a écrit « sur des tables de pierre » (Dt 4,13). « Quand Moise eut fini d'écrire les Paroles de la loi dans le livre... (Dt 31,24); Josué écrivit toutes les paroles dans le livre de la loi de Dieu » (Jos 24,26). Écrites, pour qu'on puisse sans cesse les lire, les relire, et même les redécouvrir comme lors de la découverte du livre de l'alliance, au temps de Josias (2 R 22,8).

L'amour d'un père et d'un époux

« Si le Seigneur vous a libérés de la servitude, de la main de Pharaon, c'est que le Seigneur vous aime » (Dt 7,8). Et si l'alliance signifie l'amour de Dieu pour son peuple, elle révèle en même temps l'appel de Dieu à être aimé en retour : « Écoute, Israël... Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être et de toutes tes forces » (Dt 6,4-5); la loi est comprise comme l'exigence de l'amour de Dieu. Le corollaire de cette loi, c'est l'amour des frères « car c'est le Seigneur qui rend justice à l'orphelin et à la veuve, qui aime l'émigré... Vous aimerez l'émigré » (Dt 10,17-18). « C'est l'amour qui me plaît, et non le sacrifice » (Os 6,6) : l’amour de Dieu et l'amour du frère.

Cet amour de Dieu pour l'homme est comparé à celui d'un père pour son fils : « Dans le désert tu as vu le Seigneur te porter comme un homme porte son fils tout au long de la route » (Dt 1,30-33; cf. 8,5). De même chez le prophète Osée : « C'est pourtant moi qui avais appris à marcher à Éphraïm (Israël), le prenant par le bras; je le menais avec des attaches humaines, avec des liens d'amour; j'étais pour eux comme ceux qui soulèvent un nourrisson contre leur joue et je lui tendais de quoi se nourrir » (Os 11,3-4).

Mais il y a plus : chez Osée l'alliance est comparée à une relation conjugale : Dieu est un époux pour son peuple. L'amour qu'il lui porte est alors fondé sur la fidélité, la confiance donnée une fois pour toutes : « En ce jour-là je conclurai une alliance... je te fiancerai à moi pour toujours, par la justice et par le droit, l'amour et la tendresse; je te fiancerai à moi par la fidélité et tu connaîtras le Seigneur » (Os 2,20-21). Quand viendront les infidélités, le souvenir de la première rencontre au désert permettra d'envisager la réconciliation, le renouvellement de l'alliance : « Eh bien, je vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur » (Os 2,17).

© SBEV. Sabine Sauret

 
 
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