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Alliance
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Première alliance
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Gruson Philippe
La première alliance
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Plutôt que de parler d' « Ancien Testament », il vaudrait mieux parler de « Premier Testament » ou de « Première Alliance »...
 

Quand on parle d' « Ancien Testament », on ne se rend pas toujours compte que le mot ancien signifie non seulement vieux, mais aussi périmé, remplacé par du nouveau. Or l'alliance de Dieu avec Israël n'est remplacée par aucune autre, elle est toujours vécue par Israël. Aussi serait-il plus juste de parler de « Premier Testament » ou de « Première Alliance ».

Deux sortes d'alliances

Le mot « alliance » revient 334 fois dans le Premier Testament : 287 fois dans les livres en hébreu (berit) et 47 fois dans les livres en grec (diathèkè). Parfois il désigne des pactes ou traités humains (55), mais le plus souvent les relations d'Israël avec son Dieu (279). Et dans ce domaine, il n'y a pas qu'une seule alliance, celle conclue au Sinaï, mais d'autres encore. On peut toutes les classer en deux groupes.

Premier groupe : les engagements réciproques, conditionnels, où le Seigneur et Israël s'engagent avec chacun des droits et des devoirs. C'est le type de l'alliance conclue avec Moïse au Sinaï : Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu. La fidélité à la Loi de Dieu est source de bénédiction, mais les transgressions sont punies de malédictions et l'alliance pourra même être rompue. Cette alliance peut être renouvelée, comme avec Josué à Sichem (Jos 24,25) ou avec Josias, lors de la grande réforme de 622 (2 Rois 23,3).

Second groupe : les promesses, inconditionnelles, où le Seigneur seul s'engage envers un homme et ses descendants, sans contrepartie. C'est le cas avec Noé (Gn 9), avec Abraham (Gn 17), avec Aaron et les prêtres (Nb 18,19), mais aussi avec David. Dans ce dernier cas, même si le mot est peu fréquent (ex. Ps 89,4.29.35.40; Is 55,3), il s'agit bien d'une alliance avec la dynastie de David: « Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils. S'il commet une faute, je le corrigerai... mais ma fidélité ne s'écartera point de lui » (2 Sam 7,12-15). C'est le fondement de l'espérance messianique.

Autour de l'exil

Essayons de repérer quand ont été écrits les textes qui parlent d'alliance. Avant l'exil on imagine encore qu'Israël peut se convertir et devenir fidèle. Le roi Josias n'a-t-il pas renouvelé l'alliance en 622 ? Le Deutéronome est très optimiste : « La parole est toute proche de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, pour que tu la mettes en pratique » (Dt 30,14). Jérémie, peu après, appelle les Judéens à se convertir, mais il constate vite l'échec de sa prédication et il est obligé d'annoncer que l'alliance est brisée (Jr 11,9-10).

Pendant l'exil à Babylone, à partir de 587, les prêtres de Jérusalem donnent un autre fondement à la relation du peuple avec son Dieu : l'ancienne promesse faite aux Patriarches. Ils récrivent les textes de la Genèse et parlent d'une alliance avec Noé (Gn 9,8-17) comme avec Abraham (Gn 17,1-21). Selon cette théologie sacerdotale, tout repose sur l'amour gratuit de Dieu qui doit pardonner sans cesse les péchés d'Israë, d'où l'importance des prières pénitentielles, des sacrifices pour le péché, et de la fête de Kippour. D'où aussi l'importance des prêtres : l'alliance avec Aaron et ses descendants.

Et auparavant ?

Au 8e siècle par exemple, comment parle-t-on de l'alliance ? Chez les prophètes Osée, Amos et Isaïe, le mot berit désigne seulement des alliances humaines (Os 12,2; Am 1,9; Is 28,15); Osée dénonce les alliances politiques comme des infidélités au Seigneur, puisque lui seul est capable de sauver Israël. Une seule fois (en Os 8,1) « alliance » a un sens religieux, lié à la loi de Dieu (tora). Le mot alliance ne semble donc guère employé au sens théologique au 8e siècle, avant le Deutéronome.

Qu'en est-il des traditions anciennes du Pentateuque sur l'alliance au Sinaï ? On sait que la date de rédaction de ces textes est aujourd'hui très discutée (10e, 8e ou 6e siècle ?). En effet, si le vocabulaire de l'alliance remontait réellement au temps de l'Exode, on comprendrait mal pourquoi il n'apparaît jamais dans les récits anciens sur David, ni chez les prophètes Élie et Élisée. Certains pensent que ce vocabulaire était utilisé dans la prédication des prophètes du Royaume du Nord (avant 722), d'où il serait passé dans le Deutéronome : c'est une hypothèse plausible.

Le mot et la réalité

Mais il ne faudrait pas limiter la théologie de l'alliance à l'emploi du mot berit. Même sans ce mot, la réalité, elle, remonte bien aux époques anciennes d'Israël qui a toujours eu conscience de vivre une relation unique avec le Dieu de ses Pères, surtout depuis l'Exode. Si Élie se bat contre le culte des Baals, c'est bien pour cette relation exclusive avec le Seigneur : « Si c'est le Seigneur qui est Dieu, suivez-le ! » (1 R 18). Et si Osée ose comparer la religion d'Israël à un mariage avec Dieu, c'est bien parce qu'il est convaincu que cette relation d'amour devrait être unique et réciproque. Quand on prêchera la réforme deutéronomique en Juda, un siècle plus tard, le mot alliance apparaîtra le plus fort et le plus riche pour dire cette relation unique de Dieu avec Israël.

© SBEV. Philippe Gruson

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org