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Alliance
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Le Saux Madeleine
Des alliances pour vivre
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Le mot alliance s'enracine dans la relation, sans laquelle il n'est pas de vie humaine...
 

L'Alliance entre Dieu et son peuple a une telle importance dans la foi d'Israël et des chrétiens, qu'on risquerait d'oublier qu'elle est d'abord une réalité humaine, chargée de beaucoup d'expériences. Ce mot alliance s'enracine tout simplement dans la relation, sans laquelle il n'est pas de vie humaine.

Toutes sortes d'alliances

Qu'est-ce, en effet, qu'une alliance, sinon un accord, tacite ou explicite, pour mieux vivre ensemble ? Il n'est pas étonnant, du coup, que l'on fasse alliance à tous les âges de la vie, selon les besoins et les aspirations. Les jeunes enfants déjà cherchent la protection d'un ou de plusieurs adultes. Ils se joignent aussi à d'autres de leur âge, faibles comme eux, pour affronter les parents ou les enseignants. On apprend très tôt, dans l'existence, qu'il vaut mieux ne pas être seul pour assurer ses intérêts, ses opinions, ses trésors ou sa liberté.

Les adolescents le savent encore mieux que les enfants et les alliances qui unissent certaines bandes sont très solides et, parfois, sophistiquées. Quant aux adultes, ils multiplient les pactes et les contrats. Souvent ceux-ci visent des intérêts économiques : l'avenir, la survie ou une plus grande prospérité des entreprises et des commerces, des échanges de biens, des associations pour faire face à la concurrence. Les chefs d'État et les gouvernements ne cessent de réaliser des alliances politiques, au gré des changements de situation. Il s'agit alors de défendre des frontières, de maintenir la paix, de s'allier entre petits pays contre les puissants ou bien avec eux.

Dans un tout autre domaine, jeunes et moins jeunes se lient d'amitié; des hommes et des femmes contractent l'alliance du mariage pour assurer stabilité et durée à leur amour. Alors que les autres contrats comportent des conditions, l'amitié ou l'amour peuvent s'offrir inconditionnellement mais dans la réciprocité.

Des clauses et des rites

Il y a des constantes dans toutes les alliances. Que ce soit dit explicitement ou non, les alliés se promettent d'avoir pour amis les amis de l'autre et pour ennemis, ses ennemis. Il va de soi qu'ils s'informent mutuellement d'une menace ou d'un avantage qui se présente. Surtout ils restent fidèles l'un à l'autre et ne changent pas d'alliés. Un manquement à l'accord est toujours ressenti comme une trahison.

Les rites qui scellent toute alliance se transmettent de générations en générations. Ils sont parfois inventés pour la circonstance, comme l'entrée d'un jeune motard dans une bande. La plupart des accords en affaires s'accompagnent d'un repas, ou au moins d'un verre pris ensemble. La poignée de mains devant les photographes est traditionnelle.

Les mariages, alliances par excellence, ne sauraient se passer du repas de fête avec tous ses rites, des cérémonies à la mairie et à l'église, avec l'échange des consentements et des bagues, justement appelées alliances. Paroles et gestes rituels signifient le sérieux du contrat qui se situe ainsi dans le droit et la tradition. Il faut ajouter que la plupart des traités et accords supposent des témoins, garants de l'engagement pris.

Alliances et alliance en Israël

Parce qu'elle raconte des histoires d'hommes et de femmes, la Bible abonde en récits d'alliances. Évoquons-en quelques-uns. L'alliance de deux amis comme David et Jonathan, le fils du roi Saul, qui se jurent fidélité devant le Seigneur (1 S 18,3 et 23,17-18). Abraham et Abimélek concluent une alliance à Béer-Shéva, à propos d'un puits que se disputent leurs deux clans (Gn 21,22-32). En voyant arriver les Israélites en Canaan, les habitants de Gabaon rusent pour obtenir une alliance avec Josué, dont le Dieu semble invincible (Jos 9).

Plus tard, Israël se trouve souvent en situation de faiblesse face à de grandes puissances et il est alors tenté de s'allier aux puissants, même idolâtres : « Ils concluent des alliances avec l'Assyrie et livrent de l'huile en Égypte » dit Dieu, par le prophète Osée (12,2). Bien des prophètes dénoncent ces alliances politiques par lesquelles les rois d'Israël cherchent la sécurité en dehors du Seigneur.

Les rites d'alliance sont ceux des peuples voisins. Pas question de signature, mais les partenaires immolent un animal ou plusieurs. La coutume, attestée en Israël, veut que l'on coupe en deux la bête sacrifiée et que les contractants passent entre les moitiés en disant : « Qu'il m'arrive comme à cet animal, si je manque à mon engagement ! » (voir Jr 34,18-19 et Gn 15,9-18). D'où l'expression habituelle : « couper l'alliance ».

Le sang, symbole de vie, joue aussi un rôle important dans les rites d'alliance. Parfois une stèle est dressée, comme pour Jacob et Laban, en mémorial de l'alliance (Gn 31,S1-54). Et le repas en commun fait partie du rite d'alliance. Le serment est d'autant plus sacré qu'est grande la divinité prise à témoin. Rien n'est donc plus sérieux que l'alliance conclue devant le Seigneur. Quand les partenaires sont le peuple d'Israël et le Seigneur lui-même, on atteint le sommet de ce que peut représenter une alliance : c'est l'Alliance par excellence.

© SBEV. Madeleine Le Saux

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org