1438
Quatrième livre d'Esdras
1440
Quatrième livre des Maccabées
1436
TOB
1435
Tradition orthodoxe
1437
Troisième livre d'Esdras
1439
Troisième livre des Maccabées
49
Munteanu Stefan
Les six livres propres à la tradition orthodoxe dans la nouvelle édition de la TOB 2010 - Partie 1 : 3 et 4 Esdars, 3 et 4 Maccabées
Note historique
 
Approfondir
 
Considérés comme « apocryphes » par les catholiques et les protestants...
 
Considérés comme « apocryphes » par les catholiques et les protestants, les six livres deutérocanoniques orthodoxes intégrés dans la nouvelle édition de la TOB – plus précisément quatre livres : 3 et 4 Esdras, 3 et 4 Maccabées, et deux brèves prières : Prière de Manassé et Psaume 151 – sont absents des autres éditions françaises de la Bible. À part les informations fournies par les études sur la transmission du texte saint, la formation du canon des Écritures ou la littérature intertestamentaire juive, on ignore souvent l’existence et le contenu de ces six textes, ainsi que leur présence dans les Bibles orthodoxes (texte d’une conférence donnée à Lille en janvier 2012).

À l’exception de 4 Esdras, ces textes dits « apocryphes »[1]propres à la tradition orthodoxe sont contenus dans les trois grands codex grecs de la Bible : Vaticanus (ivesiècle), Sinaïticus (ivesiècle) et Alexandrinus (vesiècle)[2]. Ces manuscrits chrétiens sont considérés comme les plus complets de la version grecque de la Bible,la Septante (LXX). Comme il n’y a pas deuxcodex qui contiennent exactement le même nombre de livres, ou bien qui les disposent dans le même ordre, les deutérocanoniques orthodoxes[3] s’y trouvent mélangés avec les autres livres canoniques et deutérocanoniques (voir tableau p.31).[4]

Le regroupement de ces textes dans la TOB à la fin de l’AT ne se justifie ni par leur date de composition, ni par leur langue de rédaction, encore moins par leur genre littéraire ou leur orientation théologique. Les éditeurs ont décidé de rester fidèles aux principes élaborés par les promoteurs de la TOB en 1965 : présenter dans une première section les 39 livres de l’AT reçus comme canoniques par tous les chrétiens en les disposant selon l’ordre de la Bible hébraïque, puis regrouper dans une deuxième section, avant le NT, les livres dits « deutérocanoniques »(par les catholiques et orthodoxes) ou « apocryphes » (par les protestants). À cette dernière section s’ajoutent donc désormais six livres rassemblés par ordre alphabétique sous le titre « Autres livres deutérocanoniques reconnus par les orthodoxes ».

3 Esdras (3 Esd)

Complémentaire des Chroniques et d’Esdras-Néhémie, 3 Esd est une histoire d’Israël depuis la Pâque de Josias (622 av. J.-C.) jusqu’à la mission d’Esdras à Jérusalem (Ve ou IVe siècle av. J.-C.).

Le livre se compose de trois parties :

I) Le chapitre 1 évoque lafête de Pâque célébréeen 622 par le roi Josias puis la fin de l’époque royale en Judée pendant le règne des rois Yekonia, Yoyaqim, Yoyakîn et Sédécias. Il se termine avec la prise de Jérusalem et la ruine du temple par Nabuchodonosor (le texte est à peuprès parallèle à 2 Chr 35–36) ;

II) Les chapitres 2 et 5,7–9,36 traitent de l’époque perse, évoquant avec beaucoup de détails la fin de l’exil à Babylone et le retour des Juifs à Jérusalem après l’édit de Cyrus (à quelques différences près, les événements sont parallèles à Esd 1–10) ;

III) Le récit se conclut au chapitre 9,37-55 avec la promulgation par Esdras, « grand prêtre et lecteur », de la Loi de Moïse (l’épisode correspond à Ne 7,72– 8,13a).

Le livre contient aux chapitres 3,1–5,6 une pièce originale, sans parallèle dans la Bible hébraïque : l’histoire de trois pages du roi Darius.L’action est censée se passer à la cour royale de Perse à la fin de l’exil à Babylone. Pendant le sommeil de Darius, ses trois pages (hauts dignitaires de sa garde rapprochée) préparent une joute oratoire. Chacun fait l’éloge de ce qu’il estime être le plus puissant en ce monde. Après ceux du vin, du roi et des femmes, le juif Zorobabel termine sur un dernier éloge, la vérité,qu’il identifie à Dieu, et gagne le tournoi par sa  réponse : « la vérité demeure, elle est éternellement forte, elle vit et l’emporte pour les siècles des siècles » (3 Esd 4,38).

Titre, lieu, date et langue

Appelé Esdras A dans la LXX et 3 Esdras dans la tradition latine[5], le livre serait une traduction grecque, peut-être réalisée à Alexandrie vers la fin du IIe siècle av. J.-C., d’un récit antérieur rédigé en hébreu et en araméen qui ne nous est pas parvenu[6]. Le texte grec de 3 Esd nous a été transmis à travers plusieurs manuscrits, dont les plus importants sont les codex Vaticanus et Alexandrinus. On dispose également d’anciennes traductions de 3 Esd en latin (Vetus Latina), syriaque (Syro-Hexaplaire), éthiopien, arménien, géorgien et arabe.[7]

En milieu juif

Le livre est connu à la fin du Iersiècle apr. J.-C. par l’historien juif Flavius Josèphe. Dans ses Antiquités judaïques(10, 62 – 11, 158), Josèphe recopie par endroit des phrases entières du texte de 3 Esd dont il a manifestement sous les yeux un exemplaire proche de celui parvenu jusqu’à nous ; cela est valable notamment pour le récit de la joute oratoire des trois pages de Darius (cf. A.J.11, 33-68)[8].

 Période patristique

Plusieurs Pères de l’Église, tels Cyprien (Lettre à Pompéius 74, 19), Clément d’Alexandrie (Stromate 1, 21), Origène (Commentaire de Saint Jean 6, 1 ; Homélie sur Josué 9, 10),Athanase d’Alexandrie (Apologie à Constance 11 et 18 ; Apologie contre les Ariens 2, 20), Jean Chrysostome (Synopse ou abrégé de l’Ancien et du Nouveau Testament 6), Basile de Césarée (Contre Eunome 5, 4), Ambroise (Sur Elie et le jeûne 15, 53 ; Epître 37, 12), Augustin (La cité de Dieu 18, 36), Jérôme (Commentaire sur Ezéchiel 12, 20), Grégoire de Nazianze (Discours 23, 4) font non seulement référence à 3 Esd mais le considèrent comme livre canonique[9]. Certes, tous les passages du livre n’ont pas eu le même succès : la joute oratoire des trois pages de Darius est de loin la plus citée et, à l’intérieur de ce récit, le passage sur l’éloge de la vérité (4,34-41).

 Dans l'Église catholique

Tout au long du premier millénaire, 3 Esda été considéré en Occident comme canonique[10]. En effet, dans les décisions des conciles africains d’Hippone (393) et de Carthage (397) auquel Augustin participa, ainsi que dans la liste des livres « reçus dans le canon » envoyée par le pape Innocent I (402-417) à l’évêque Exupère de Toulouse on trouve l’expression « Hesdralibri duo » (Esdras, deux livres). La Vetus Latina étant alors la seule traduction de la Bible en usage dans l’Église latine, ces deux livres correspondaient à EsdrasA et B de la LXX, c’est-à-dire3 Esd et Esd-Ne. C’est sous l’influence de la Vulgate qui voulut être la traduction de la Bible hébraïque dans l’Occident latin, qu’Esdras A perdit peu à peu son rang de livre canonique. Néanmoins, on continue de le trouver rangé parmi les livres canoniques, comme le montre les Bibles de Paris du XIIIesiècle ou la Bible de Gutenberg (1454).

En 1546, le concile de Trente (1545-1563) se prononça de façon définitive sur le canon de l’AT : 3 Esd ne figure pas parmi les livres canoniques, ce qui explique son omission dans l’édition de la Vulgate publiée par le Pape Sixtus V en 1590[11]. Il fut réintégré à la fin du NT en 1592 dans l’édition révisée de la Vulgate, dite Clémentine (du nom du pape Clément VIII), à partir de la Vetus Latina.

On note que, sous sa forme latine,3 Esd 5,40 (« Néhémie et Hattharias leur dirent de ne pas avoir part aux choses saintes, jusqu’à ce que se lève un grand prêtre revêtu de manifestation et de vérité ») se retrouve dans l’offertoire de la messe pour l’élection de l’évêque de Rome : « Non participentursancta, doneeexsurgatpontifex in ostensionem et veritatem »[12].

Les bibles protestantes

Première Bible française traduite à partir des textes originaux, la Bible d’Olivétan (Neuchâtel 1535), range3 et 4 Esdras et la Prière de Manassé parmi les « apocryphes », entre l’AT et le NT. La Bible allemande Kurfürsten Bible (Weimar 1641) ajoute dans un appendice, après le NT, trois livres : 3 et 4 Esdras et 3 Maccabées. La Bible anglaise King James Version (1611), contient les livres « apocryphes » dans un ordre qui est presque celui de la Vulgate y compris 3 et 4 Esdras et la Prière de Manassé.

Dans la tradition orthodoxe

3 Esd se trouve dans toutes les bibles orthodoxes (appelé Esdras A en grec, 2 Esdras en slavon, 3 Esdras en roumain). Bien qu’il ne soit pas utilisé dans la liturgie, sa présence est due à l’usage du livre par les Pères de l’Église, notamment du passage sur l’éloge de la vérité, mise en relation avec le Christ[13].

4 Esdras (4 Esd)

Transmis dans nombre de manuscrits de la Vulgate[14], 4 Esd est une compilation de trois textes originellement indépendants.

La partie centrale (3–14), connue sous le titre d’Apocalypse d’Esdras, est un écrit sur le sort du peuple élu après la destruction du Temple de Jérusalem en 70 apr.J.-C.[15] Il se compose de sept épisodes, d’inégale longueur et de style différent.

Les trois premiers (3,1–9,25) sont des dialogues entre Esdras avec Uriel, l’ange interprète. Esdras pose à Dieu des questions sur la ruine de Jérusalem, la décision de Dieu d’abandonner son peuple et la livraison de ce dernier aux babyloniens. Dieu répond par l’intermédiaire d’Uriel : le temps présent est dans une impasse absolue car le mal est inhérent à la nature humaine et l’humanité est asservie au péché. Il n’y a qu’une issue : attendre la venue imminente de Dieu qui instaurera le monde futur, selon sa justice. Cette partie, qu’on pourrait appeler le dialogue philosophique, rappelle souvent les livres de Job et Qohelet.

Les trois épisodes suivants (9,26–13) sont des visions symboliques : une femme en deuil se lamentant après le décès de son fils unique ; un aigleavec douze grandes ailes, huit petites et trois têtes ; un homme aux caractéristiques messianiques, comme le Fils d’Homme du livre de Daniel. Leurs interprétations ouvrent sur des événements liés à la fin des temps : la femme c’est la ville de Sion, l’aigle représente les grands rois de l’histoire de Rome tandis que le Fils d’Hommeest le Messie victorieux. Les explications données à Esdras par l’ange qui l’accompagne rentrent dans le cadre ordinaire des apocalypses historiques, à la façon de Dn 7–12.

Le dernier épisode (14) de cette partie centrale n’est pas proprement une vision ; il raconte comment Esdras a reconstitué les Saintes Écritures. Il s’agit ici de la tradition selon laquelle les livres de l’AT, ayant tous été détruits à l’époque de l’exil, furent reconstitués grâce à une inspiration spéciale accordée à Esdras.[16]

Les chapitres 1–2 (5 Esd) et 15–16 (6 Esd) sont deux écrits chrétiens ultérieurs, ajoutés et transmis seulement en latin.

4 Esd 1–2, proche de la littérature prophétique, annonce la rupture entre le judaïsme et le christianisme. Esdras s’adresse au peuple d’Israël (1,4-2,9) et au nouveau peuple de Dieu (2,10-48). En sept oracles, il rappelle les bienfaits de Dieu, les infidélités commises par Israël tout au long de son histoire et lerejet par Dieu qui s’est choisi un nouveau peuple. L’écrit s’achève par la vision du rassemblement final des fidèles sur le Mont Sion, recevant du Fils de Dieu les couronnes et les palmes liées à la résurrection.

4 Esd 15–16, influencé par les écrits juifs apocalyptiques et l’Apocalypse du NT, annonce la venue imminente du jugement dernier. Le texte entremêle des oracles et des exhortations. Il annonce au peuple de Dieu qu’il sera persécuté et menacé dans sa vie même, mais qu’au terme de ses épreuves et de nombreux cataclysmes cosmiques qui anticipent la fin des temps, il sera vengé par le Dieu créateur et juge. Ces deux chapitres expriment, comme tout récit apocalyptique, l’appel à l’espérance.

De cette présentation, nous constatons que 4 Esdnous introduit dans un univers qui devait être très familier aux juifs et aux chrétiens du Ier siècle apr. J.-C., mais qui nous est devenu étranger.

Titre, lieu, date et langue

Le titre par lequel on distingue communément ce livre attribué à Esdras lui vient de la place qu’il occupe dans la Vulgate. Dans le canon hébreu, les livres d’Esdras et de Néhémie ne formaient, jusqu’en 1448, qu’un seul livre : Esdras-Néhémie. Traduit en grec, ce livre fut nommé Esdras B dans la LXX et précédé par l’Esdras A. Dans les Bibles latines du XIIIe siècle, l’Esdras B fut divisé en 1 et 2 Esdras (les actuels Esd et Ne), tandis qu’Esdras A recevait le titre de 3 Esd. Ces trois livres étaient suivis dans la Vulgate par l’Apocalypse d’Esdras qui devient ainsi notre 4 Esd.

La traduction latine de l’Apocalypse d’Esdras, comme les versions orientales (syriaque, copte, éthiopien, arabe, arménien et géorgien), repose sur un texte grec[17]. Cependant, divers sémitismes suggèrent que le grec pourraitdériver d’un original araméen ou hébreu (usage de l’infinitif absolu), écrit en Égypte ou à Rome après l’année 70[18]. Quant au reste, on considère que les chap. 1–2 furent écrits en grec à la fin du IIe ou au début du IIIesiècleapr.J.-C. en Occident latin, tandis que les chap. 15–16 sont un écrit grec de la fin du IIIesiècle en Orient[19].

 En milieu juif

Le Talmud reprend la tradition évoquée en 4 Esd 14 qui présente Esdras dans son rôle de nouveau Moïse : il retrouve son peuple, redécouvre le livre de la Loi et reconstitue les Saintes Écritures :« Ezra aurait mérité de donner la Tora à Israël si Moïse ne l’avait pas précédé. Et bien que la Torah n’ait pas été donnée par lui, elle a été changée par lui. Car il est rapporté, “et le texte de la lettre était écrit en caractères araméens et en hébreu araméen” » (Talmud de Babylone, Sanhédrin 21b).

 Période patristique

L’Apocalypse d’Esdras (4 Esd 3–14) est fort lue et répandue de la Géorgie à l’Éthiopie et de l’Espagne à la Syrie[20]. La plus ancienne allusion à l’ouvrage grec vient de l’Epître de Barnabé 12,1 (début du IIesiècleapr.J.-C.) où il est cité comme un livre inspiré (à rapprocher de 4 Esd 4,33 et 5,5). Irénée de Lyon fait allusion à 4 Esd 14 pour confirmer l’inspiration de la LXX (cf. Contre les hérésies3, 21, 2). La première citation explicite se rencontre chez Clément d’Alexandrie (cf. Stromates III, 16, 100). Les Constitutions apostoliques 8, 7, 6 (fin du IVe siècle) citent4 Esd 8,23.

La version latine du livre est utilisée par plus d’un Père de l’Église latine, notamment Ambroise de Milan (Debonomortis 10-12).Tertullien, en se basant sur 4 Esd14, attribue à Esdras la réécriture des livres sacrés après leur disparition lors de la prise de Jérusalem (De cultufeminarum 1, 3). Jérôme admet lui aussi cette tradition (AdversusHelvidium 7) mais rejette 3 et 4 Esd comme un recueil de « rêveries »(Lettre à Domnion et à Rogatien et Contre l’hérétique Vigilantius).

On trouve, dans les bibles latines médiévales, des enluminures représentant le scribe Esdras restaurant l’AT.[21]

 Dans l'Église catholique

Quoique non retenu comme canonique par le Concile de Trente, 4 Esd – tout comme 3 Esd et Mn – a continué jusqu’au début du XXesiècle à être intégré dans les éditions officielles de la Vulgate, après le NT, en appendice. Des citations de 4 Esd en latin sont faites par la liturgie latine, romaine[22] et espagnole[23].

 Les bibles protestantes

Dans le protestantisme, Luther affirme dans sa préface au livre de Baruch qu’il faut exclure 4 Esd de la Bible. Néanmoins, on trouve encore ce livre rangé parmi les « apocryphes » dans les Bibles de Jakob van Liesveldt (1526), Zwingli (1531), Olivetan (1535), Sébastien Castellion (1555), Casiodoro de Reina (1569), KurfürstenBibel (1641) et King James Version (1611). Sa présence s’explique probablement par des raisons doctrinales : 4 Esd 7,105refuseen effet toute valeur aux prières pour les morts.[24]

En outre, au XVIesiècle, les anabaptistes d’Allemagne se sont appuyés sur certains passages pour étayer leurs positions(4 Esd 2). Au XVIIIesiècle, il a été utilisé par des mouvements millénaristes en Angleterre et par le renouveau piétiste en Allemagne (4 Esd 7).

 Dans la tradition orthodoxe

Dans l’Église orthodoxe, 4 Esda manifesté une faible influence. Cela s’expliquerait par la disparition de la version grecque ou la méfiance de l’orthodoxie envers les œuvres apocalyptiques en général[25].Actuellement, le livre subsiste seulement dans l’Église orthodoxe russe sous le nom de 3 Esdras[26]. Il a été traduit à partir d’un manuscrit latin dans la Bible de Gennade (Novgorod 1499), le premier codex complet de la bible slavonne. Dans la première édition imprimée de cette Bible (Ostrog 1581), 4 Esdsuit3 Esd ; plus tard il fut placé à la fin de l’AT.[27]


3 Maccabées (3 M)

3 M se compose de deux parties d’inégale longueur qui ont pour cadre la Syrie-Palestine (1,1 – 2,24) et Alexandrie, en Égypte (2,25-7,23).

La première commence avec la bataille de Raphia (en Judée) au printemps de l’an217 av. J.-C., la dernière de la Quatrième guerre de Syrie(221-217)entre le roi séleucideAntiochos III de Syrie (223-187 av. J.-C.) et le souverain lagide Ptolémée Philopatord’Égypte (222-205/204 av. J.-C.). La victoire de ce dernier lui permet de rétablir son contrôle sur la région. Le roi rend alors visite aux villes de Coelésyrie et de Phénicie (la région qu’Antiochus lui contestait) afin de réconforter les populations locales et offrir des cadeaux à leurs temples. Arrivé à Jérusalem, il offre des sacrifices d’action de grâces au Dieu d’Israël, s’émerveille de la splendeur du Temple et décide d’y rentrer. Cela est perçu par les Juifs comme une tentative de profanation du sanctuaire, dont l’accès est interdit aux païens. Les prêtres et le peuple de Jérusalem se rassemblent et prient Dieu d’intervenir pour empêcher le sacrilège : Ptolémée sent une puissance invisible le renverser à terre, paralysé.

La deuxième partie débute avec le retour de Ptolémée en Égypte où il fait éclater son ressentiment contre les Juifs d’Alexandrie à cause de l’épisode de Jérusalem. Il promulgue un décret annonçant qu’aucun d’eux ne pourra plus se rendre dans leurs temples s’ils ne font pas de sacrifices à Dionysos, son dieu favori. Les opposants seront recensés, dégradés de leur statut et marqués au fer rouge d’une feuille de lierre (emblème de Dionysos) ; en revanche ceux qui acceptent seront épargnés et jugés dignes de la citoyenneté alexandrine. Irrité par leur résistance, le roi s’en prend à l’ensemble des Juifs du royaume. Il les accuse decomplot et décrète une déportation massive vers Alexandrie, avec femmes et enfants, pour leur infliger un châtiment de traîtres : être piétinés dans l’hippodrome par cinq cent éléphants enivrés. Au dernier moment, un miracle se produit : deux anges envoyés par Dieu terrifient les éléphants qui font demi-tour et chargent les soldats du roi.Ptolémée, effrayé puis pris de remords, libère les prisonniers et ordonne un grand festin en l’honneur des Juifs sauvés du massacre. Ces derniers obtiennent l’autorisation du roi d’exécuter les Juifs qui avaient accepté d’offrir des sacrifices à Dionysos. Une fête commémorative est instituée.

 Titre, lieu, date et langue

Le titre est dû à la transmission de cet ouvrage et non à son contenu[28]. Les événements relatés n’ont rien à voir avec ceux de 1 et 2 M et les personnages des frères Maccabées y sont absents. Il a cependant en commun avec eux le thème du courage et de la résistance des Juifs face à la persécution du pouvoir païen.De fait, dans le codex Alexandrinus – seul manuscrit à contenir les quatre livres des Maccabées – il est placé après 1 et 2 M.

3 M est l’œuvre d’un auteur anonyme qui écrit en grec et dont le vocabulaire est riche, avec de nombreux termes rares. La forte familiarité de l’auteur avec l’histoire, la culture et la politique de la dynastie des Ptolémées (305 à 30 av. J.-C.) indique que l’ouvrage apu être rédigé à Alexandrie, ville où vivait une forte communauté juive. La date de composition de 3 M peut s’étendre du Iersiècle av. J.-C. au Ier siècle après, peu avant la destruction du Temple.[29]

3 Mnous a été transmis aussi en copte, syriaque, arménien et éthiopien, mais le texte de ces versions diffère de celui de la LXX.[30]

 En milieu juif

Le récit a tous les traits d’unemegillah(rouleau) destinée à être lue lors d’une fête de libération. Selon l’historien juif Flavius Josèphe, une fête était célébrée à Alexandrie à la fin du Iersiècleapr.J.-C.pour commémorer un tel événement (cf. Contre Apion, 2, 53-55)[31].Il s’agit peut-être d’un équivalent alexandrin à la fête de Pourim dont le livre d’Esther témoigne. Cependant, la tradition concernant cette fête est assez incertaine[32].

 Période patristique

3 M est compté parmi les livres canoniques dans la liste fournie par le canon 85 des Constitutions apostoliques (fin du IVe siècle). A la même période, plusieurs auteurs anciens y font référence, notamment Eusèbe de Césarée (selon sa Chronique publiée par Jérôme de Stridon) et Théodoret de Cyr (Commentaire sur Daniel XI).[33]

  Dans l'Église catholique

3 M a suscité peu d’intérêt en Occident. La première traduction latine apparaît seulement au début du XVIe siècle, dans la Bible polyglotte d’Alcala (1514-1517).[34]

 Les bibles protestantes

Comme pour tous les deutérocanoniques, sa canonicité fut contestée par Luther. Néanmoins, 3 M a intéressé les protestants comme l’attestent plusieurs traductions : la Bible allemande publiée par Leo Juda (Zurich 1529), la Bible française publiée par BalthazardArnouillet (Lyon 1550), la Bible hollandaise publiée parLenaert der Kinderen (Emden 1563), la Bible tchèque publiée par JiříMelantrich (Prague 1570). A la même époque, en Angleterre, Edmund Becke publie la première traduction anglaise de 3 M dans la révision de la Bible de Matthew (Londres 1551).

Dans la tradition orthodoxe

Sa canonicité s’est imposée depuis longtemps sur la base de sa présence dans la liste fournie par les Constitutions apostoliques (fin du IVe siècle). Bien que certains théologiens contestent son statut canonique, 3 M est imprimé après 1 et 2 M dans toutes les Bibles orthodoxes (en géorgien il est traduit depuis 1743 d’après le texte slavon). Le livre est apprécié pour sa valeur spirituelle, notamment les prières prononcées dans les moments de persécutions, dont le contenu et la structure se retrouvent dans beaucoup de prières liturgiques orthodoxes.

4 Maccabées (4 M)

4 M se présente sous la forme d’un discours philosophique sur la mort des martyrs adressé à des auditeurs juifs.

L’auteur ouvre le discours en précisantle sujet qu’il se propose de traiter : répondre à la question « hautement philosophique » de savoir si « la raison pieuse est souveraine des passions »(1,1-12). La démonstration de la thèse s’articule en deux parties.

La première se présente sur la forme d’une discussion philosophique (1,13–3,18). L’auteur y définit la raison et la sagesse auxquelles il identifie l’éducation selon la Loi (1,15-17). Il classe ensuite les passions dont les deux espèces les plus générales sont le plaisir et la douleur (1,20-27). Enfin, il montre en se référant à Joseph (cf. Gn 39,7-20), Moïse (cf. Nm 16,15), Jacob (cf. Gn 34,30) etDavid (cf. 2 S 23,15-17), comment la raison pieuse peut maîtriser sagement les pulsions irrationnelles.

Dans la deuxième partie, l’auteur s’attèle à prouver sa thèse par des faits tirés du courage du grand prêtre Onias en face de l’impie Appolonius (3,20–4,26), et du martyre d’Éléazar (5,1–7,23), des sept frères (7,24–14,10) et de leur mère (14,11–17,6) pendant la persécution du roi séleucide Antiochus Epiphane (175 – 163 av. J.-C.). Ici l’auteur s’inspire de 2 M3 ; 6,18-31 ; 7,1-41). Mais, alors que dans 2 M, ces épisodes occupentdeux chapitres, en 4 M, elles font l’objet de quatorze chapitres dans lesquels on trouve d’édifiants dialogues entre le tyran Antiochus et ses victimes, suivis de la description minutieuse de leurs tortures.

En conclusion (17,7–18,24), l’auteur prononce la louange d’Éléazar, de la mère et de ses enfants, et encourage les fils d’Israël à obéir à la Loi et à pratiquer la piété en reconnaissant que « la raison pieuse est la dominatrice des passions ».

En fait, la réponse à cette « question hautement philosophique » a une finalité religieuse et nationale à la fois : la fidélité à la Loi garantit l’intégrité du judaïsme face aux tentations du monde païen.

 Titre, lieu, date et langue

Ecrit en grec et daté du Ier  ou IIesiècleapr.J.-C., 4 M provient probablement des milieux juifs d’Antioche (Syrie)[35]. Le texte de 4 Mest conservé dans deux grands codex : le Sinaïticus et l’Alexandrinus sous le titre « Maccabées 4 ». Il y est placé à la suite de 1, 2 et 3 Maccabées.Bien que les personnages soient anonymes et n’appartiennent pas à la famille de Judas Maccabée, la tradition a considéré que, par leur fidélité aux dispositions de la Loi de Moïse, ils s’inscrivent dans la même lignée que les héros dont on parle en 1 et 2 M.

L’auteur de 4 Mest un Juif hellénisé. Bon connaisseur des règles de la rhétorique, il est aussi un philosophe.4 M a souvent été attribué à Flavius Josèphe et le texte, sous-titréDe la raison souverainese retrouve dansla plupart des manuscrits contenant ses œuvres[36]. Mais le style de 4 M est trop différent (par ailleurs, Josèphe ignore 2 M). Le livre subsiste aussi sous différents titres en copte, latin, géorgien et slavon ; dans laPeshitta (version syriaque), il est intitulé Quatrième livre sur les Maccabéeset leur mère.

 En milieu juif

S’il est exclu qu’un tel ouvrage ait trouvé place dans la liturgie synagogale, il n’est pas impossible en revanche qu’il ait été lu lors de quelque fête juive en l’honneur des martyrs, là où ils auraient été enterrés, comme semble l’indiquer l’auteur lorsqu’il parle de « ces héros qui, en ce jour, sont morts avec leur mère pour la vertu parfaite » (1,10), ou, lorsqu’il déclare que « le moment nous invite à exposer l’histoire de la raison tempérante » (3,19). En tous cas, les sept frères ne furent pas oubliés par la tradition juive.

Le Talmud de Babylone rapporte lui aussi la tradition du suicide de la mère après avoir assisté au martyr de ses fils. Cette histoire forme d’ailleurs la base du principe de yeharegvèloya’avor (être tué plutôt que de transgresser), principe qui s’applique dans trois circonstances : (1) lorsqu’on est obligé de tuer une personne innocente, (2) commettre un adultère ou (3) servir une idole (Talmud de Babylone, Guittin 57b).

En 1492, le Rabbin Abraham ben Eliezer ha-Levi (1460-1528) offrait aux membres de sa communauté, lors de leur expulsion d’Espagne, l’exemple du martyre d’Éléazar et des sept frères, appelés « fils de la pieuse Hannah », nom sous lequel la mère est connue dans la tradition juive.

 Période patristique

L’Église ancienne a tenu en haute estime 4 M, notamment pour sa grande influence dans la martyrologie chrétienne des trois premiers siècles. Au IVesiècle, les Pères de l’Église attestent de leur vénération. Grégoire de Nazianze dans sonDiscours 15cite 4 M et recommande sa lecture ; Jean Chrysostome, originaire d’Antioche, dans la Première Homélie sur les Maccabées fait comprendre qu’il prêche en présence des tombeaux de ces martyrs ; Augustin, dans le Sermon 300 prononcé au jour de la fête des « martyrs Maccabées », mentionne qu’existait à Antioche une basilique qui leur était dédiée ; Ambroise de Milan, dans De Iacob et vitabeata, les présente comme des modèles de foi qui préfigurent implicitement les martyrs chrétiens.[37]

  Dans l'Église catholique

L’usage liturgique du 4 M se retrouve dans l’Église d’Occident, ce qui expliquerait l’apparition au IVesiècle d’une paraphrase latine : PassioSanctorumMachabaeorum qui eut une large diffusion. D’après le calendrier liturgique de l’Église de Milan rédigé vers 1140(manuscrit de Beroldo), pour la fête des Saints Maccabées on lisait dans la cathédrale une partie de la Passio.

Une version latine de 4 M du début du Ve siècle est très libre ; l’écrit est attribué à Flavius Josèphe mais le traducteur introduit souvent ses idées personnelles. Elle estcontenue dans quelques 90 manuscrits de ménologes. Une autre version latine, d’origine liturgique, se trouve dans quelques manuscrits bibliques à partir du IXesiècle.

À la Renaissance, Erasme composa une paraphrase latine intituléeDe imperatriceratione (1524)[38].

 Dans la tradition orthodoxe

L’autorité canonique du livre ne fait pas l’unanimité : on trouve 4 M imprimé seulement dans les anciennes traductions roumaines de la Bible (1688, 1795, 1855), dans la Bible serbe (2010) et dans la Bible grecque (en appendice à l’AT, signe dans ce cas de sa non-canonicité). Sa présence dans ces Bibles s’explique par son usage ecclésial et peut-être aussi par son encouragement à tenir bon dans la foi en temps de persécutions. Plusieurs manuscrits liturgiques grecs attestent que le texte sert de lecture pour le 1er août, jour de mémoire des martyrs Maccabées.

 

Stefan Munteanu, Institut orthodoxe Saint-Serge (Paris)

 

 Pour lire la suite de cet article, cliquer ici : Partie 2



[1]Le terme grec apocryphadésigne à l’origine des « livres cachés » ou « secrets » (cf. Dn 12,4.9 ; 4 Esd 14,44). Aujourd’hui, il qualifie les écrits juifs ou chrétiens de la période intertestamentaire non contenus dans les canons de l’AT et du NT. C’est dans le sens de livres « non canoniques » qu’il est employé par les protestants et les catholiques.

[2]Le codex Vaticanus (B) est  entré dans la bibliothèque du Vatican entre 1475 et 1481. Il semble provenir d’Alexandrie et contient un texte presque complet de la LXX ; il y manque : Gn 1,1–46,28 ; 2 S 2,5–7,10-13 ; Ps 105,27–137,6b.

Le codex Sinaiticus(א) fut découvert au monastère Sainte-Catherine du Sinaï en 1844 par Constantin vonTischendorff. Le manuscrit est probablement d’origine alexandrine. Plusieurs livre de l’AT sont très fragmentaires : Gn 21,26…24,46 ; Lv 20,27–22,30 ; Nb 5,26…7,20 ; 16,7–20,28 ; 23,22–26,2 ; Dt 3,8–4,21 ; 28,68–30,16 ; Jos 12,2–14,4 ; Jg 2,20 ; 4,6–11,2 ; 1Chr 9,27–19,17 ; 2 Esd 9,9-fin ;Lm1,1–2,20 ; Ml 1,1–3,12.

Le codex Alexandrinus(A) a appartenu au Patriarche d’Alexandrie de 1098 à 1628 quand le patriarche de Constantinople Cyrille Lucaris l’a donné à Charles Ier d’Angleterre. Composé à Alexandrie, il intègre des données textuelles propres à la Palestine et à la Syrie. Moins lacunaire que les deux précédents, il a aussi des parties endommagées : Gn 1,20-25 ; 1,29–2,3 ; 14,14-17 ; 15,1-5.16-19 ; 16,6-9 ; Lv 8,6.7.16 ;1 S 12,18–14,9 ; Ps 49,19–79,10 ; Si 50,21 ; 51,5.

[3] Pour les orthodoxes, les « deutérocanoniques » sont considérés comme anagignoskomena, c’est-à-dire « autorisés à la lecture ». Dans la TOB, pour faciliter la présentation, les anagignoskomena sont désignés comme deutérocanoniques, bien que ce terme ne soit pas utilisé dans la tradition orthodoxe. Quant à leur autorité dogmatique, la question est encore ouverte chez les orthodoxes.

[4]Ces manuscrits ne contiennent pas la liste des livres canoniques de l’Église grecque mais ils témoignent en faveur de l’existence à cette époque d’une collection large des livres bibliques dont certains, plus tard, seront reçus dans les listes canoniques (les « deutérocanoniques ») ou non (14 Odes ; Psaumes de Salomon).

[5]Le livre de 3 Esd est ainsi appelé en raison de sa place après Esd et Ne nommés 1Esd et 2Esddans les bibles latines copiées à Paris au XIIIe siècle.Dans la LXX, en revanche, les savants l’ont nommé Esdras A car il précède Esdras B formé, lui, par la fusion de Esd-Ne.

[6]A. Canessa,Le premier livre d’Esdras dans la Septante, http://andre.canessa. pagesperso-orange.fr/esdras-index.htm, p. 28-33.

[7] A.-M.Denis, Introduction à la littérature religieuse judéo-hellénistique pseudépigraphes de l’Ancien Testament, I, Brepols, Turnhout (Belgique), 2005, p. 808-811.

[8] En A.J. 11, 54 (« Et une fois j’ai vu le roi, seigneur de tant des gens, être frappé par sa concubine Apama, fille d’Artabaze le Thémasien, supporter qu’elle lui ôte le diadème et le mette sur sa propre tête, sourire quand elle souriait, s’attrister quand elle était irritée, flatter cette femme quand elle changeait d’humeur, et l’apaiser en se faisant très humble s’il lui arrivait de la voir mécontente ») Josèphe reste très fidèle à sa source de 3 Esd 4,29-31(« Je l’observais avec Apamè, la concubine royale, fille de l’illustre Bartakos ; assise à la droite du roi, elle ôtait le diadème de la tête du roi et le plaçait sur la sienne tout en donnant au roi des tapes de la main gauche. De plus, le roi la regardait, bouche bée ; chaque fois qu’elle lui sourit, il rit et, quand elle s’irrite contre lui, il la caresse pour qu’elle se réconcilie avec lui »).

[9]3 Esd est cité une cinquantaine de fois chez les Pères de l’Église : 17 grecs (IIe – VIe siècle) et 16 latins (entre le IIIe – Ve siècle) ; cf. Th. Denter, Die Stellung der Bücher Esdras imKanondes AltenTestamentes, Fribourg 1962, p. 12 et 66-67.

[10]A. Schenker, « La relation d’EsdrasA au textemassorétique », in Tradition of the Text. Studies offered to Dominique Barthélemy in Celebration of his 70th Birthday, OBO 109, Fribourg, Göttingen, 1991, p. 218-248.

[11]Le concile reprend dans le Decretum de CanonicisScripturis(IVe session) la liste des livres canoniques établie par le Decretum pro Iacobitis du pape Eugène IV (4 février 1442)au concile de Florence(portant sur l’union avec les Coptes et les Éthiopiens). L’expression « Hesdraelibri duo », remplacée par « Esdra, Nehemia », devient dans celle de Trente« Esdraeprimus et secundus qui diciturNehemias ».

[12]« Missa pro eligendo Summo Pontifice »,in Missale Romanum, Editio typica tertia, Libreria editrice Vaticana2002, p. 79.

[13]Athanase d’Alexandrie († 373) dans son Sermon sur la grandeur de la foi 35 estime qu’Esdras a prophétisé le Fils de Dieu par la bouche de Zorobabel en disant : « La vérité vit, et elle l’emporte, et elle est forte et elle demeure pour les éternités des éternités » (3 Esd 4,38) ; Cyrille d’Alexandrie († 444) dans son Thesaurus cite 3 Esd 38-40 entre Mt 20,21-22 et Dn 7,13-14pour montrer que « le Fils de Dieu est roi » etc. ; cf. A. Canessa, op. cit., p. 184-185.

[14]Le plus ancien manuscrit latin contenant 4 Esd est le codex Sangermanensis daté de 822. Les variantes présentes dans les manuscrits du IXe - XIe siècle permettent de regrouper ceux-ci en deux groupes, le groupe espagnol et le groupe français (dont les manuscrits sont considérés comme représentatifs du texte le mieux conservé).

[15] Les versions orientales de 4 Esd ne possèdent que les chap. 3-14. C’est seulement dans la version latine qu’il est entouré des chap. 1-2 et 15-16, parfois appelés 5 Esd et6 Esd.

[16]L’épisode est souvent cité lorsqu’on parle de l’histoire du canon hébraïque : pour certains spécialistes les 24 livres destinés à la lecture publique représentent les livres « canoniques » de l’AT, pendant que 70 réservés à l’élite des Sages seraient des « apocryphes ».

[17] L’ouvrage est cité par les Pères grecs. Lesubstrat grec est attesté par des constructions grammaticales (par ex. en 4,42, le sujet au neutre pluriel avec un verbe au singulier, ou en 5,55, l’emploi du génitif absolu), ou par le vocabulaire (par ex. en 6,21, le verbe scirtare transcrit du grec) ; cf.  H. Cousin, éd., Quatrième livre d’Esdras, Profac, Lyon, 1987, p. 3-7 ; A.-M. Denis, op. cit., p. 194-200.

[18] Pour dater4Esd 3–14, on se sert d’une interprétation allégorique de la vision de l’aigle (10,60– 12,51). Les trois têtes correspondraient aux trois empereurs flaviens : Vespasien, Titus et Domitien. Il paraît quasi certain que le livre a été écrit après la destruction du temple, tant cet événement est central à la pensée de l’auteur ; cf. H. Cousin éd., op. cit., p. 5.

[19]Le texte latin de 4 Esd 1–2 n’est pas cité avant le Ve siècle apr.J.-C. (dans les Acta Silvestri). Pour 4 Esd 15–16, on a trouvé en 1909 à Oxyrhynque un fragment grec de 15,57-59 (POxy 1010), daté du IVe siècleapr.J.-C. On ignore si le texte a été ajouté à 4 Esd en même temps les chap.  1–2 ; cf. P. Geoltrain,Écrits apocryphes chrétiens I, F. Bovon – P. Geoltrain, éd.,Bibliothèque de la Pléiade, Paris 1997, p. 633-651 ; 653-670.

[20]Le livre est cité dans l’addition à la liste des Soixante livres de l’Écriture (vers 500) et dans l’une des six recensions slaves des Apocryphes de l’Ancien Testament, celle de Nikon (XIe siècle) ; cf. A.-M. Denis, op. cit., p. 195.

[21]Codex grandior (VIesiècle) et Codex Amiatinus (VIIIesiècle). Voir J.-M. Preux, Badinage espiègle à travers le temps en guise d'introduction à l’enluminure, http://www.bubblecom.net/sites/enluminure/index.cfm?context =Documents, p. 3.

[22] Par exemple dans l’office des morts : Requiem aeternam dona eis, Domine, et lux perpetualuceateis (4 Esd 2,34.35) ; l’office des martyrs au temps pascal dans l’usage romain : Lux perpetualucebitsanctistuis, Domine, et aeternitastemporum (4 Esd 2,35) ; l’introït du mardi de la semaine de la Pentecôte : Accipitejucunditatemgloriaevestra, gratias agentes Deo qui vos ad coelestiaregnavocavit(4 Esd 2,36-37) ; la liturgie romaine pour les fêtes des apôtres : Modo coronantur, et accipiuntpalman(4 Esd 2,45) ; le graduel lors de la messe célébrée à l’occasion de la consécration d’une église ou de son anniversaire : Locus iste a Deo factus est, inaestimabilesacramentum(4 Esd 8,21.24) ; les premières vêpres de Noël : Quoniam ecce adhucpusillum, et tolleturiniquitas a terra et iustitiaregnabit in nos (4 Esd 16,52-53).

[23] Notamment 4 Esd 2,10-14.17.19.23.35-37.45 ; 7,53-55 ; 8,20b-36 ; 13,3-4 ; 15,8-9

[24]Le manuscritSangermanensis (822) comporte une lacune (7,36-106) comblée dans l’actuelle édition critique de la Vulgate par R. Weber à partir des autres manuscrits. La section manquante, correspondant à une feuille, futdécoupée probablement pour des raisons dogmatiques, car en 7,105 il y a une dénégation de la valeur de prières pour les morts (« de même jamais personne n’intercédera pour un autre ; chacun, en effet, portera alors ses propres injustices ou bien ses justices ») ; cf. B.M. Metzger, « The Fourth Book of Ezra », in J.H. Charlesworth, ed.,The Old Testament Pseudepigrapha : ApocalypticLiterature& Testaments, Vol. 1, Doubleday, New York, 1983, p. 518.

[25]L’Apocalypse de Jean ne fut admise dans le canon du NT qu’autour des années 400, son rang inférieur est encore illustré par son absence dans l’usage liturgique.

[26]Dans les Bibles slavonnes et russes le 4 Esd de la Vulgate est appelé 3 Esd ; le texte slavon est proche de la Vulgate Clémentine de 1592. Une version géorgienne moderne de 4 Esd, traduite à partir du latin ou du slavon, fut publiée en 1743 dans la Bible géorgienne de Moscou (dite du prince Bakar).

[27]Dans la dernière édition synodale publiée en 2005 on trouve 11 livres appelés « non-canoniques » mêlés avec les canoniques, mais indiqués par un astérisque(3Esd, Tb, Jdt, Sg, Si, Lt-Jr, Ba, 1-3M, 4 Esd). Les suppléments grecs aux livres d’Est et Dn sont insérés directement dans le texte ainsi que Mn à la fin de 2 Chr et le Ps 151 après les 150 psaumes.

[28]Le titre de Makkabaika apparaît dans la littérature chrétienne à la fin du IIe et au début du IIIe siècle de notre ère pour désigner les deux premiers livres, les deux autres ne recevant le titre que plus tard ; cf. F.-M. Abel, Les livres des Maccabées, Gabalda, Paris 1949, p. I-II.

[29]La date de composition de 3 Mne peut être antérieure à la bataille de Raphia (217 av. J.-C.) avec laquelle la narration commence. Les rapports étroits avec d’autres écrits du judaïsme hellénistique (2 M, Est, Lettre d’Aristée) supposent une rédaction récente. Cependant, la description du Temple de Jérusalem et de son rôle central dans le judaïsme indiquerait (sans le prouver) que 3 M a été écrit avant sa destruction en 70 apr.J.-C. ; cf. N.C. Croy, 3 Maccabees, SeptuagintCommentarySeries, Brill, Leiden-Boston 2006, p. xi-xiii.

[30]Ainsi, la traduction syriaque (Peshitta) est une version amplifiée, la traduction arménienne est presque une paraphrase du texte grec, tandis que dans la Bible éthiopienne 2 et 3 M sont fusionnés et le texte est fort loin de celui de la LXX ; A.-M. Denis, op. cit., p. 554-555.

[31] Flavius Josèphe nous ramène au règne de Ptolémée VIII Physcon (145-116 av. J.-C.) et précise que l’anniversaire de ce jour de délivrance était toujours fêté par les Juifs d’Alexandrie au Ier siècleapr.J.-C. Ptolémée VIII aurait rassemblé tous les juifs d’Alexandrie en raison des liens que les commandants de l’armée, Dosithée et Onias, avaient avec Cléopâtre II, sa sœur-épouse et adversaire. Il aurait voulu les faire piétiner par des éléphants furieux, mais ceux-ci s’étaient retournés contre les amis du roi. Alors qu’il est effrayé par un fantôme, sa femme intercède pour les Juifs. Le roi leur devient favorable et l’événement serait à l’origine d’une fête juive annuelle ; cf. M. Hadas, Third and Fourth Books of Maccabees, JewishApocryphalLiterature Harper &Brothers, New York 1953, p. 10-11.

[32]« Date-t-elle de la fin du IIIe s. av. J.-C., comme le dit le récit ? ou du règne de Ptolémée VIII (Evergète II), soit entre 145 et 166 avant notre ère, comme le voudrait Flavius Josèphe ? Fut-elle instituée à Alexandrie ou à Ptolémaïs, dans le Fayoum, sur le chemin du retour des rescapés non-alexandrins ? » J.M. Mélèze, Troisième Livre des Maccabées, « La Bible d’Alexandrie » 15.3, Le Cerf, Paris 2008, p. 38.

[33]A.-M. Denis, op. cit., p. 554.

[34]J.M. Mélèze, op. cit., p. 34.

[35] On pense à Antioche selon le témoignage de Jean Chrysostome (Homélie sur les Maccabées), mais les autres centres tels qu’Alexandrie et Athènes sont possibles. On peut aussi penser à une composition de la diaspora d’Asie mineure au IIe siècle, plus ou moins contemporaine du martyre de Polycarpe de Smyrne. En tous cas, il s’agit d’un lieu où juifs et chrétiens sont proches et où leurs réflexions sur le martyre interfère ; cf. D.J. Elliot, « 4 Maccabees », The oxford annotatedapocrypha, OxfordUniversityPress, NY 1977, p. 790-791.

[36] On a fait de Flavius Josèphe l’auteur du 4 M à la suite d’Eusèbe de Césarée qui écrit : « Un autre ouvrage qui n’est pas indigne de lui [Flavius Josèphe] a encore été composé par cet écrivain, Sur la raison maîtresse, que quelques-uns intitulent Macchabaïcon, parce qu’il renferme les combats des Hébreux dont on parle dans les livres appelés des Macchabées et qui se sont conduits virilement pour la piété à l’égard de Dieu. » (Histoire ecclésiastique 3, 10, 6). Plus tard, Jérôme dit à peu près la même chose (De virisillustribus13).

[37]Z. Raphaëlle,Les martyrs Maccabées : de l’histoire juive au culte chrétien: Les homélies de Grégoire de Nazianze et de Jean Chrysostome, Supplements to VigiliaeChristianae 80, Brill, Leiden 2007.D’après un guide arabe d’Antioche du Xe siècle la basilique mentionnée par Augustin serait l’ancienne synagogue transformée en église par les habitants d’Antioche après leur conversion au christianisme.

[38] Publiée à Cologne et dédiée à son ami Elias Mertz, recteur du couvent des Maccabées. L’église Saint André de Cologne conservaient les reliques des Martyrs ; H. Anderson, « 4 Maccabees », in J.H. Charlesworth, éd., The Old Testament Pseudepigrapha, vol. 2, New York, 1983, p. 542.

 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org