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Ancien Testament
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Miracles
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Gruson Philippe
Les miracles dans l'Ancien Testament
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Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il n'y a pas tellement de récits de miracles dans l'Ancien Testament...
 

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il n'y a pas tellement de récits de miracles dans l'Ancien Testament. On les trouve surtout à deux endroits, dans l'Exode et dans les cycles d'Élie et Élisée. Mais regardons d'abord le vocabulaire employé et la mentalité qu'il reflète.

Un autre regard sur les miracles

Pour l'Israélite, ce ne sont pas les « lois de la nature » qui sont évidentes, comme pour nous, mais la présence et l'action de Dieu, sans cesse à l'œuvre pour faire vivre sa création, et son peuple en particulier. Habituellement il agit à travers les merveilles de la création : les mouvements des astres et l'alternance des saisons, la fertilité du sol, la fécondité des humains et des bêtes. Toutes ces réalités sont perçues par l'homme de la Bible comme des prodiges, des merveilles étonnantes, admirables (c'est le sens du mot latin miraculum). La « nature » est donc vue comme un miracle permanent.

Dieu mène sans cesse l'histoire des hommes, mais parfois cela devient manifeste, comme lorsqu'il inverse des rapports de force en faveur de son peuple et aux dépens de ses puissants voisins égyptiens, assyriens ou grecs. On parle alors de « signes » : ces événements signifient que Dieu sauve son peuple. Ils ne sont pas seulement de beaux souvenirs d'autrefois, ils sont aussi les signes de ce que Dieu prépare : un monde nouveau, des cieux nouveaux et une terre nouvelle où la vie avec Dieu sera offerte aux hommes réconciliés.

Les miracles de l'Exode

Dans les traditions anciennes d'Israël s'affirme une conviction : Dieu nous a fait sortir d'Égypte à main forte et à bras étendu. Le récit du miracle de la Mer des Roseaux (Ex 14) a beau essayer d'expliquer qu'il y eut un fort vent d'est pour assécher la mer toute la nuit (14,21), la traversée libératrice a été comprise par les Israélites comme un prodige, une action directe de Dieu. Puisqu'il peut maîtriser le vent, la mer, la nuée et le feu, c'est qu'il en est l'auteur, le créateur. Au fil des siècles, ces récits développent de plus en plus le caractère extraordinaire du prodige, comme les fameuses murailles d'eau entre lesquelles les Israélites franchissent la mer à pied sec (Ex 14,22).

Ensuite, lors du temps du désert, les prodiges continuent : l'eau douce à Mara (Ex 15,22-26), la manne et les cailles (Ex 16; cf. Nb 11), l'eau du rocher (Ex 17,1-7; cf. Nb 20,1-13), le châtiment de Coré et de sa bande (Nb 16), le bâton d'Aaron (Nb 17), le serpent d'airain (Nb 21). Au total, la tradition juive compte dix merveilles lors de l'Exode. Toutes sont des témoignages de l'amour du Seigneur pour sauver son peuple. Déjà avant la sortie d'Égypte, le Seigneur avait frappé les égyptiens de dix coups, les dix plaies (Ex 7-12). Dans cette sorte de match qui oppose Dieu au Pharaon têtu, l'humour des conteurs bibliques s'est donné libre cours en montrant comment, peu à peu, le Pharaon avait dû plier et céder en laissant partir les Israélites.

Les miracles d'Élie et Élisée

Tous les prodiges racontés dans les récits sur les deux prophètes concernent la vie : par eux, c'est le Dieu d'Israël qui sauve, qui fait vivre, face aux menaces les plus diverses. Le prophète annonce la pluie après la sécheresse (1 R 17,1; 18,41-45), il donne la farine et l'huile en pleine famine (1 R 17,7-16; 2 R 4,1-7), il multiplie des pains (2 R 4,42-44), il guérit de la lèpre (2 R 5), il se joue des armées ennemies, de manière fort drôle d'ailleurs (2 R 6,8-23), il assainit une source malsaine (2 R 2,19-22) et une nourriture empoisonnée (2 R 4,38-41), il ranime même des enfants morts, les seuls cas de « résurrection » dans l'Ancien Testament (1 R 17,17-24 et 2 R 4,18-37).

Pour Élie, l'expérience de l'Exode se renouvelle. Lui aussi, dans sa marche de quarante jours au désert vers l'Horeb, est soutenu par le pain et l'eau que Dieu lui procure (1 Rois 19,5-8); il franchit le Jourdain à pied sec, comme Israël avait franchi la mer Rouge (2 R 2,78), ce qu'Élisée pourra faire également après lui (v.13-15). Le Dieu d'Élie et d'Élisée est bien celui de l'Exode. Il agit à travers eux pour restaurer l'alliance du Sinaï.

Certains miracles n'ont pas d'autre raison que de prouver la qualité d'homme de Dieu du prophète, doué de pouvoirs surhumains. Ainsi quand Élie fait tomber le feu du ciel sur l'holocauste du Carmel (1 R 18,30-39), puis sur les soldats qui viennent l'arrêter (2 R 1,9 16) ou quand Élisée maudit des voyous qui se feront mettre en pièces par deux ourses (2 R 2,23-24). Élisée jouit notamment d'un véritable pouvoir de divination : il lit dans les cœurs (2 R 5,20-27; 6,8-12) et connaît l'avenir (2 R 6,32-7,2).

Il existe encore d'autres récits de prodiges dans l'Ancien Testament, notamment lors de la conquête du pays par Josué, en prolongement de l'Exode : les murailles de Jéricho s'écroulent (Jos 6); le soleil et la lune s'arrêtent (Jos 10,12), etc. Dans tous les cas, ces miracles plus ou moins légendaires sont au service d'un unique message : Dieu ne cesse d'agir pour sauver les siens.


SBEV. Philippe Gruson

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org