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Antiquité
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Miracles
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Marchadour Alain
Les miracles dans l'Antiquité
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Les écrivains de l'Antiquité, dans le monde grec comme dans le monde juif, nous rapportent des récits de guérison...
 

Les écrivains de l'Antiquité, dans le monde grec comme dans le monde juif, nous rapportent des récits de guérison, en lien avec des lieux sacrés ou des personnes douées de pouvoirs extraordinaires, magiciens ou personnages charismatiques.

Miracles à Épidaure

Parmi les nombreux sanctuaires où sont attestées des guérisons, le plus célèbre de l'Antiquité est certainement celui d'Épidaure, en Grèce. Il était consacré à Esculape, dieu de la médecine. On y a retrouvé quatre-vingts ex-voto du 4e siècle av. J.-C. racontant toutes sortes de guérisons. Ces lieux attiraient des gens très divers, surtout des pauvres qui étaient exclus de la médecine officielle, trop coûteuse. À Épidaure on pratiquait l'incubation : on passait la nuit dans le sanctuaire. À côté se trouvait une sorte d'hôpital. En effet, pour les Grecs (comme pour les Juifs), il n'y avait aucune opposition entre l'intervention des médecins et l'invocation à une divinité ou à des divinités.

Les guérisseurs magiciens

Parmi les guérisseurs célèbres, certains ont eu une réputation de magiciens, car on les soupçonnait de vouloir, par des pratiques secrètes, s'approprier des pouvoirs divins. Jésus lui-même sera accusé de magie, notamment de chasser les démons... par Beelzéboul, le prince des démons (Mt 9,34). Le Talmud conserve cette accusation : « À la veille de la Pâque, on pendit Jésus... parce qu'il avait pratiqué la magie, séduit Israël et causé l'apostasie du peuple » (Traité Sanhédrin 43a).

L'historien juif, Flavius Josèphe, rapporte comment procédait Éléazar, un exorciste juif : « Il plaçait sous le nez du possédé un anneau dans lequel était cachée une racine indiquée par Salomon. Il la faisait sentir au malade et extirpait ainsi par le nez l'esprit mauvais. L'homme tombait aussitôt et Eléazar adjurait le démon de ne plus revenir en lui, en prononçant le nom de Salomon et les incantations composées par celui-ci » (Antiquités juives VIII).

Les charismatiques païens

Le plus souvent, les guérisons sont faites par des personnalités charismatiques qui trouvent un terrain idéal dans les sociétés en proie au doute, où les points de repère tendent à s'effacer. Par leur intervention, ces hommes doués de charismes remettent largement en cause les médecines traditionnelles inefficaces. Le plus célèbre est Apollonius de Tyane, au premier siècle, auquel son biographe attribue une vingtaine de miracles : la résurrection d'une jeune fille, cinq guérisons, quatre exorcismes et aussi six cas d'intervention sur la nature (des portes verrouillées qui s'ouvrent; une tempête qui se calme, etc.).

L'empereur Vespasien avait aussi des pouvoirs de guérison. « Deux hommes du peuple, l'un aveugle et l'autre infirme d'une jambe, se présentèrent ensemble à l'empereur Vespasien (en 69), alors qu'il siégeait au tribunal. Ils lui demandèrent de les guérir, car, disaient-ils, (le dieu) Sérapis leur avait montré dans un rêve que Vespasien rendrait la vue à l'aveugle en humectant ses yeux avec de la salive et qu'il guérirait la jambe de l'infirme en la touchant de son pied. Comme il n'avait aucun espoir de réussir, l'empereur ne voulait même pas tenter un essai. Sous la pression de ses amis, il finit par céder et entreprit publiquement l'expérience qui fut couronnée de succès » (Suétone, Vie de Vespasien)

Les charismatiques juifs

Au temps de Jésus, les croyances populaires juives attendaient des miracles pour le temps du Messie. Ainsi Theudas (cf. Actes 5,36), vers 1'an 45, se vantait de pouvoir séparer les eaux du Jourdain, comme Moïse avait séparé celles de la mer Rouge. Un autre prophète juif, venu d'Égypte vers 50-60, voulait renverser les murailles de Jéricho, comme Josué. Le Talmud rapporte plusieurs miracles de Rabbi Hanina ben Dossa, contemporain de Jésus.

« Un jour le fils de Rabbi Gamaliel tomba malade. Il envoya deux de ses disciples vers Rabbi Hanina ben Dossa, afin qu'il implore pour lui la guérison du fils. Dès que Rabbi Hanina les vit arriver, il monta à l'étage et se mit à prier le Miséricordieux pour le malade. Quand il fut redescendu, il leur dit : “Allez, la fièvre l'a quitté”.... Alors ils s'assirent et notèrent l'heure avec exactitude. Et lorsqu'ils revinrent chez Rabbi Gamaliel, celui-ci leur dit : “C'est juste à cette heure (que vous dites), ni plus tôt ni plus tard, que la fièvre a quitté mon fils et qu'il nous a demandé à boire”. » (Talmud, traité Berakot 34b)

L'étude des miracles évangéliques montre que Jésus n'est pas isolé dans l'histoire des religions. Mais en regardant de près sa pratique, on constate qu'elle est originale : et par les moyens utilisés et par le but qu'il poursuit.

SBEV. Alain Marchadour

 
 
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