182
Eucharistie
1103
Premiers chrétiens
6
Le Saux Madeleine
L'eucharistie des premiers chrétiens
 
 
L'eucharistie des premiers chrétiens dans les Actes des Apôtres et dans la Première Lettre aux Corinthiens...
 

Ni les Actes des Apôtres, ni les lettres de Paul n'accordent une très grande place à l'eucharistie si l'on s'en tient au volume des textes. Pourtant les générations successives de croyants n'ont cessé de se référer à ces quelques pages qui en parlent et d'y chercher des lumières pour leur propre pratique. De fait, elles donnent des indications précieuses.

Assidus à la fraction du pain

En parcourant le livre des Actes on ne trouve que de rares notations, toujours très brèves. À la fin du récit de Pentecôte, la vie de la première communauté de Jérusalem est résumée en une seule phrase : “ Ils étaient assidus à l'enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières ” (Ac 2,42), et un peu plus loin : “ Ils se rendaient chaque jour assidûment au Temple; ils rompaient le pain à domicile, prenant leur nourriture dans l'allégresse et la simplicité de cœur ” (Ac 2,46).

On voit ici que la “ fraction du pain ” fait partie des pratiques propres à la première communauté et que cela se passe dans les maisons particulières alors que, par ailleurs, les disciples vont chaque jour au Temple. Mais on n'apprend rien sur le jour où il a lieu, ni sur la manière de l'accomplir. Un autre récit de Luc apporte quelques précisions. Il raconte la dernière soirée de Paul à Troas : “ Le premier jour de la semaine, alors que nous étions réunis pour rompre le pain, Paul qui devait partir le lendemain, adressait la parole aux frères ” (Ac 20,7). Tout laisse penser qu'il s'agit là d'une eucharistie. Elle a lieu dans une chambre haute, avec beaucoup de lampes parce qu'il fait nuit et c'est le premier jour de la semaine; la fraction du pain précède le repas : Paul a rompu le pain et mangé avant de continuer l'entretien jusqu'à l'aube.

Des constantes apparaissent dans ces passages : la fraction du pain est toujours mentionnée en lien avec l'enseignement des apôtres et avec un repas. De même elle est associée à la communion fraternelle, à la mise en commun des biens qui, sans être intégrale, est un vrai partage “ puisque parmi eux, nul n'était dans le besoin ” (Ac 4,34).

Le repas du Seigneur

De toutes les lettres de Paul, seule la Première aux Corinthiens, écrite en 54, parle explicitement de l'eucharistie. Les deux chapitres 10-11 traitent assez longuement de ce que Paul appelle le repas du Seigneur. On voit qu'il s'élève vigoureusement contre des divisions parmi les chrétiens et contre une idolâtrie toujours menaçante. Aux déviations dont il a eu connaissance, Paul oppose avec force ce qu'il a reçu du Seigneur et qu'il a transmis aux Corinthiens. Ce n'est pas, leur dit-il, le repas du Seigneur que vous prenez. Pour lui, le Seigneur est le maître du repas; c'est lui qui réunit les siens. En conséquence, tout doit se passer selon son esprit, en respectant fidèlement ce qu'il a enseigné.

Dans les formules de Paul racontant la Cène (11,23-26) le mot “ Seigneur ” revient sans cesse. Le pain est “ le pain du Seigneur ”; la coupe, “ la coupe du Seigneur ”; ce sont “ le corps et le sang du Seigneur ”; qui mange ce pain et boit cette coupe “ annonce la mort du Seigneur ”.

Discerner le corps du Seigneur

Prendre part au repas du Seigneur, c'est, selon Paul, accepter de lourdes exigences. D'abord célébrer le rite ne suffit pas. L'apôtre rappelle que si tous les pères, lors de l'Exode, ont été sous la nuée avec Moïse au désert, si “ tous ont mangé la même nourriture spirituelle et bu le même breuvage spirituel ” à un rocher qui déjà “ était le Christ ”, la plupart d'entre eux n'ont cependant pas été “ agréables à Dieu ” et ils sont morts (10,3-5). Que faut-il donc pour prendre part dignement à ce repas ? Les abus des Corinthiens nous valent d'en savoir quelque chose. Discerner le corps du Seigneur, ce n'est pas seulement veiller à la dignité du rite, ne pas être ivre en le célébrant, par exemple. Ce n'est même pas seulement refuser de “ partager à la fois la table du Seigneur et celle des démons ” (les cultes païens). C'est surtout reconnaître pratiquement que nous sommes un seul corps, que tous les frères réunis à sa table sont le corps du Seigneur.

Ils “ méprisent l'Eglise de Dieu ”, les riches qui font “ affront à ceux qui n'ont rien ”. Ceci met en cause le repas tout entier, et sans doute la répartition des biens. “ Attendez-vous les uns-les autres, dit Paul ” (11,33). Concrètement, il propose de dissocier le repas habituel du repas du Seigneur. Participer à l'unique pain, recevoir ce qu'a transmis le Seigneur, va cependant beaucoup plus loin. Les chrétiens qui communient, communient à la fois au corps et au sang de Jésus “ livré pour nous ”, et au corps du Seigneur que forment tous les frères.


SBEV. Madeleine LE SAUX

 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org