806
Cène
182
Eucharistie
595
Nouveau Testament
10
Autané Maurice
L'institution de l'eucharistie dans le Nouveau Testament
Gros plan sur
 
Commencer
 
Dans le Nouveau Testament, quatre textes rapportent l'institution de l'eucharistie...
 

Dans le Nouveau Testament, quatre textes rapportent l'institution de l'eucharistie : les trois évangiles synoptiques (Mt 26,26-29; Mc 14,22-25; Lc 22,15-20) et un texte de saint Paul (1 Co 11,23-26). Ces récits relatent-ils exactement ce que Jésus a dit et fait au cours de son dernier repas avec ses disciples ?

Des reportages historiques ?

Les quatre récits cités sont largement postérieurs à l'événement qu'ils rapportent. Saint Paul écrit sa première lettre aux Corinthiens en 54. Matthieu, Marc et Luc vers 70-80. L'interprétation de ces textes ne doit pas oublier cet écart dans le temps. Quand Paul et les évangélistes écrivent, les communautés ont déjà une longue expérience de l'eucharistie, et il est bon de rappeler que, entre la Cène et ces récits, il y a eu surtout l'événement de Pâques. La résurrection du Christ donne le vrai sens de ses paroles et de ses gestes; elle est la clé de toute la rédaction des évangiles. Ainsi le problème s'éclaire : les récits de l'institution sont d'abord des témoignages sur la manière dont les communautés chrétiennes font mémoire de ce que le Christ a dit et fait, avant d'être des reportages historiques sur son dernier repas. On en reçoit confirmation si on considère les quatre récits globalement.

Ils peuvent être groupés deux à deux : Paul et Luc d'une part, qui insistent plus sur le Christ donnant sa vie comme prophète et martyr; Marc et Matthieu d'autre part qui, eux, présentent la mort du Christ comme un sacrifice. Les exégètes pensent que ces différences témoignent de deux traditions liturgiques, donc de deux pratiques différentes : Paul et Luc représentant la tradition d'Antioche; Marc et Matthieu celle, plus ancienne, de Jérusalem. Finalement, est-il possible de remonter aux paroles et aux faits de Jésus au cours de la Cène ?

La Cène, repas pascal ?

Si Paul, dans son récit, ne mentionne aucune date, les trois synoptiques situent la Cène au moment de la Pâque. Ils font donc du dernier repas de Jésus un repas pascal. Dans son récit sur la préparation de ce repas, Marc précise : “ Et le premier jour (de la semaine) des pains azymes, quand on immolait la Pâque... ” (Mc 14,12). Matthieu et Luc suivent cette chronologie.

Cependant bon nombre d'exégètes aujourd'hui refusent de voir dans la Cène un repas pascal. Pourquoi ? Si les synoptiques parlent souvent de la Pâque (16 fois au total), ils ne disent rien du déroulement de ce repas rituel : jamais l'agneau pascal n'est mentionné, alors qu'il est essentiel. De plus, si la Cène a lieu le soir de la Pâque, les événements qui suivent (arrestation, procès, exécution) doivent avoir lieu... le jour même de la Pâque, ce qui est très invraisemblable, toute activité étant interdite aux Juifs ce jour de fête.

Enfin, dernier argument de taille, Jean, bien qu'il ne mentionne pas l'institution de l'eucharistie, situe nettement le procès de Jésus devant Pilate la veille de la Pâque : “ C'était le jour de la Préparation de la Pâque, vers la sixième heure ” (19,14). La Cène, qui a eu lieu la veille au soir, n'est donc pas un repas pascal. Quel crédit accorder à Jean ? Depuis une quinzaine d'années, les exégètes sont plus attentifs aux traditions de l’évangile de Jean qui contiennent plus d'indications historiques (et géographiques) que les Synoptiques. Dans ce cas précis, sa chronologie semble plus correcte, puisqu'elle évite l'invraisemblance d'un procès et d'une exécution le jour même de la Pâque, comme il ressort des Synoptiques.

Pourtant, et c'est peut-être l'essentiel, si la Cène n'a pas été le repas pascal, sa proximité avec cette fête (l'avant-veille) ne fait aucun doute. La mort du Christ (la veille) a vite été comprise comme une nouvelle Pâque : le sacrifice de Jésus agneau de Dieu, libération du peuple de Dieu.

La Cène, un discours d'adieux

Aucune hypothèse ne permet actuellement de concilier ces divergences entre Jean et les Synoptiques, sur la date de la Cène. Pourtant ils s'accordent tous sur un point : les derniers échanges entre Jésus et ses disciples ont pris place au cours d'un repas. Ce fait donne aux paroles de Jésus une densité forte. Mais sont-elles un discours-testament, c'est-à-dire ses dernières instructions, ou les conseils d'un maître à ses disciples ? Chez Matthieu et Marc, aussitôt après l'institution de l'eucharistie, Jésus sort avec ses disciples pour se diriger vers le Mont des Oliviers (Mt 26,30 et Mc 14,26). Luc au contraire insère une longue exhortation qui prolonge le repas. De plus, il introduit le récit de l'institution par cinq versets (15-20) qui lui sont propres et qui ont des similitudes avec les “ discours d'adieux ” de personnages de l'Ancien Testament. Luc invite ses auditeurs à réfléchir à ce que signifie suivre Jésus sur le point de mourir. Chez Jean, c'est encore plus évident, avec le très long discours-testament des chapitres 13 à 17.           

On peut qualifier les paroles de Jésus au cours de la Cène comme son testament, d'autant plus qu'il leur ordonne de refaire ses gestes et paroles : “ Faites ceci en mémoire de moi ! ” Dans les dernières heures de sa vie, Jésus fait de sa mort un don libre à ses disciples, à tous les hommes.          

• “ Ceci est mon corps ”

Ces mots ont donné lieu à des luttes farouches entre catholiques et protestants : s'agit-il d'un symbole ou d'une réalité ? Ce débat ne se posait pas au temps de Jésus : pour le Juif qu'il est, il n'y a pas de distinction entre “ chair ” (sarx) et “ corps ” (sôma). Le corps ou la chair, c'est toute la personne humaine. En disant “ Ceci est mon corps ”, Jésus ne dit pas autre chose que : “ C'est moi tout entier, c'est ma vie ”. Comme le chef de famille, au cours du repas pascal, explique que le pain sans levain est un pain de misère (Dt 16,3), Jésus interprète le pain de ce nouveau repas pascal en l'identifiant à lui-même. Il donne à ses amis, non pas seulement du pain à manger, mais sa propre personne.

• “ Ceci est l'alliance en mon sang ”

Le “ sang de l'alliance ” fait allusion à Exode 24,3-8, où Moïse scelle l'alliance avec Dieu en aspergeant d'abord l'autel puis le peuple avec le sang des animaux sacrifiés. L'alliance nouvelle est née de la vie même de Jésus, vie symbolisée dans le sang versé pour sauver la multitude, l'humanité. Jésus, sur le point d'être mis à mort par ses adversaires, a légué à sa communauté l'eucharistie comme Pâque nouvelle. Ainsi, à ce repas, les disciples expérimentent à la fois la libération – non plus des Égyptiens, mais des forces de mort – et l'avant-goût du banquet du royaume de Dieu, à la fin des temps.

Nous ne connaîtrons jamais les paroles exactes de Jésus au cours de la Cène. Mais nous avons la certitude que ses disciples ont retenu, enseigné et consigné ce qui leur a paru essentiel : le don de Jésus, le don de sa vie par amour. Et ce dont ils doivent faire mémoire, c'est d'une nouvelle présence de Jésus : le Ressuscité a bouleversé leur vie et il continue de transformer le monde à travers l'Église.


SBEV. Maurice AUTANÉ

 

 
1 Co 11,23-26
23En effet, voici ce que moi j'ai reçu du Seigneur, et ce que je vous ai transmis  : le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain,
24et après avoir rendu grâce, il le rompit et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous, faites cela en mémoire de moi. »
25Il fit de même pour la coupe, après le repas, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang  ; faites cela, toutes les fois que vous en boirez, en mémoire de moi. »
26Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne.
Lc 22,15-20
15Et il leur dit : « J'ai tellement désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir.
16Car, je vous le déclare, jamais plus je ne la mangerai jusqu'à ce qu'elle soit accomplie dans le Royaume de Dieu. »
17Il reçut alors une coupe et, après avoir rendu grâce, il dit : « Prenez-la et partagez entre vous.
18Car, je vous le déclare : Je ne boirai plus désormais du fruit de la vigne jusqu'à ce que vienne le Règne de Dieu. »
19Puis il prit du pain et, après avoir rendu grâce, il le rompit et le leur donna en disant : « Ceci est mon corps donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. »
20Et pour la coupe, il fit de même après le repas, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang versé pour vous.
Mc 14,22-25
22Pendant le repas, il prit du pain et, après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit, le leur donna et dit : « Prenez, ceci est mon corps. »
23Puis il prit une coupe et, après avoir rendu grâce, il la leur donna et ils en burent tous.
24Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, versé pour la multitude.
25En vérité, je vous le déclare, jamais plus je ne boirai du fruit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai, nouveau, dans le Royaume de Dieu. »
Mt 26,26-29
26Pendant le repas, Jésus prit du pain et, après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit ; puis, le donnant aux disciples, il dit : « Prenez, mangez, ceci est mon corps. »
27Puis il prit une coupe et, après avoir rendu grâce, il la leur donna en disant : « Buvez-en tous,
28car ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, versé pour la multitude, pour le pardon des péchés.
29Je vous le déclare : je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai, nouveau, avec vous dans le Royaume de mon Père. »
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org