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Désert
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Epreuve
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Exode
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Le Saux Madeleine
L'Exode : l'épreuve du désert (Ex 15,22 – 17
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Les récits qui relient le passage de la Mer Rouge à l'alliance du Sinaï présentent une certaine unité ...
 

Les récits qui relient le passage de la Mer Rouge à l'alliance du Sinaï présentent une certaine unité : c'est la marche au désert avec ses épreuves, ses risques, ses tentations, ses révélations. Le texte est pourtant complexe : visiblement plusieurs traditions s'y mêlent. On devine des additions successives, inspirées par la foi mais correspondant à des temps, des besoins et des préoccupations différents comme l'insistance sur le repos du sabbat dans le récit de la manne. Cependant ces pages parlent avec éloquence de l'épreuve du désert et des pièges qu'ont à déjouer ceux qui s'y aventurent pour trouver la liberté.

L'épreuve de la soif

La première épreuve est celle de la soif. Ils marchèrent trois jours au désert sans trouver d'eau. Quand ils en trouvent, elle est amère et imbuvable. L'histoire de l'eau de Mara, comme celle de la manne et de l'eau de Massa et Meriba, est racontée en quatre temps : le peuple souffre, il “ murmure ”, Moïse se tourne vers le Seigneur, le peuple est sauvé. Le lien entre l'eau et la vie est très étroit : “ Eau, tu n'es pas nécessaire à la vie, tu es la vie ” écrit Antoine de Saint-Exupéry dans Terre des hommes. L'aviateur moderne égaré dans le désert, comme Israël autrefois, apprend durement cette vérité, et aussi combien l'eau est délicate : “ Tu n'acceptes point de mélange, tu ne supportes point d'altération : on peut mourir à deux pas d'un lac d'eau salée ”.

Sur ce point, l'eau et la Loi du Seigneur sont comparables. Elles ne font vivre, elles ne guérissent que si leur pureté et leur intégrité sont sauvegardées ou rétablies. Mais cela aussi est don du Seigneur. C'est lui qui apprend à rendre douce l'eau amère et c'est lui qui guide vers l'oasis d'Élim où il y a “ douze sources d'eau et soixante-dix palmiers ” : deux chiffres qui symbolisent la plénitude, la totalité, l'abondance.

Le prix de la source se mesure mieux au désert. À Mara, le peuple proteste. À Massa et Meriba, il se révolte. À quoi bon la liberté s'il faut mourir de soif ? Et le Seigneur répond. Le bâton du pouvoir divin qui a ouvert le passage à travers la mer va faire jaillir l'eau du rocher. Mais sans cesse à nouveau le désert crée la soif et les hommes mettent le Seigneur à l'épreuve en disant : “ Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? ” Certes il désaltère, mais Israël doit croire en sa présence active. C'est lui la source, et en fait il n'y en a pas d'autre qui fasse vivre.

L'épreuve de la faim

“ Toute la communauté des fils d'Israël murmura contre Moise et Aaron : Ah ! si nous étions morts de la main du Seigneur au pays d'Egypte, quand nous étions assis près du chaudron de viande, quand nous mangions du pain à satiété ! ” Et la vie vient du ciel, manifestation de la gloire du Seigneur à la communauté tournée vers le désert : “ Au crépuscule vous mangerez de la viande; le matin vous vous rassasierez de pain et vous connaîtrez que c'est moi le Seigneur, votre Dieu ”. Rien de spectaculaire ni de miraculeux : des cailles le soir, un pain étrange sur le sable, le matin. Mais les affamés reconnaissent la main de Dieu dans ces dons. “ Les fils d'Israël regardèrent et se dirent l'un à l'autre : Mân hou (Qu'est-ce que c'est) ? ”

Ce qu'ils reçoivent, c'est une question. C'est aussi une mise à l'épreuve. D'une part, chacun ne peut recueillir de la manne que ce qu'il lui faut pour le jour même, sous peine de voir celle-ci se corrompre. À chacun donc selon sa faim, sans possibilité d'accumuler. D'autre part, en vue du sabbat, “ jour de repos consacré au Seigneur ”, la réserve doit être faite la veille. Enfin mémoire sera faite du don de Dieu pour que les générations à venir voient cette manne.

L'attaque ennemie

À Refidim, où la soif a suscité la révolte, l’ennemi aussi a surgi : “ Amaleq vint se battre contre Israël ”. Moïse prend directement les choses en mains : des hommes iront se battre sous le commandement de Josué et lui-même se tiendra “ debout au sommet de la colline, le bâton de Dieu en main ”. Le bâton est dressé cette fois contre l'ennemi, signe de la puissance du Seigneur qui libère son peuple. Encore faut-il que Moise ne baisse pas les bras, au sens propre. Aaron et Hour, ses assistants, se chargent de tenir levées ses mains de veilleur, d'intercesseur. Et Israël remporte la victoire, le Seigneur agissant à la fois avec Josué et avec Moïse.

Ce dernier récit souligne une fois de plus qu'Israël est soumis à l'épreuve de la foi. Si le Seigneur n'assure l'eau, la nourriture et la sécurité, le désert est redoutable. Mais c'est là qu'Israël vérifie la Présence et se trouve appelé à la confiance absolue et à la liberté que donne l'amour.


SBEV. Madeleine LE SAUX

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org