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Code de l'alliance
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Gruson Philippe
Le code de l'alliance (Ex 20,22 – 23,19)
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Si le Seigneur a libéré les Israélites d'Égypte, c'est pour en faire son peuple...
 

Si le Seigneur a libéré les Israélites d'Égypte, c'est pour en faire son peuple. Il leur donne sa loi, le Décalogue, “ dix paroles ” pour vivre libres : “ C'est moi le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir d'Égypte, de la maison de servitude ” (Ex 20,2). Puis vient la célébration de l'Alliance : “ Moise prit le livre de l'Alliance et il en fit la lecture au peuple qui déclara : Tout ce que le Seigneur a dit, nous le ferons et nous y obéirons ” (24,7). Quel est ce “ livre de l'Alliance ” que Moise lit à tout le peuple ? C'est à la fois le Décalogue et le recueil de lois qui le suit et le développe, le “ Code de l'Alliance ” (Ex 20,22 à 23,19.

Des éleveurs qui deviennent paysans

Ce code de droit coutumier donne des indications sur la vie économique et sociale des tribus d'Israël vers le XI siècle. En effet il ignore encore la royauté. Les tribus vivent surtout de l'élevage : le quart du texte est consacré au bétail ! Mais ces pasteurs commencent à cultiver la terre : “ Quand un homme fera pâturer un champ ou une vigne et qu'il laissera son bétail pâturer dans un autre champ, il donnera compensation à partir de son meilleur champ ou de sa meilleure vigne ” (22,4-5). Cela explique que l'on puisse, pendant l'année “ sabbatique ”, ne vivre que de l'élevage : “ Six années durant, tu ensemenceras ta terre et tu récolteras son produit. Mais, la septième, tu le faucheras et le laisseras sur place; les pauvres de ton peuple en mangeront... Ainsi feras-tu pour ta vigne et ton olivier ” (23,10-11).

On ne voit pas encore de commerce au sens strict. Chaque famille vit sur son troupeau et sur sa terre. Selon les besoins, on pratique le troc. L'argent n'est pas encore la monnaie d'échange courante, mais seulement le métal précieux, le trésor, comme le lingot d'or aujourd'hui (22,6). On connaît le prêt, pour des besoins urgents, mais en Israël il doit se faire à l'amiable, et donc sans intérêt : “ Si tu prêtes de l'argent à mon peuple, au malheureux qui est avec toi, tu n'agiras pas avec lui comme un usurier; vous ne lui imposerez pas d'intérêt ” (22,24).

Une société familiale

Aucune loi ne suppose le pouvoir royal; une seule fois on parle du chef de clan ou de tribu : “ Tu ne maudiras pas un chef de ton peuple ” (22,27). Cette société est essentiellement familiale et fondée sur l'autorité du père de famille, propriétaire. À la famille proprement dite se joignent des serviteurs et servantes, pour un temps ou à vie. Dans cette population très égalitaire, il n'y a pas de véritables classes sociales, comme en Mésopotamie où l'on distingue les nobles des simples citoyens. Les règles pour les juges (23,1-3 et 6-8) suggèrent que la justice est rendue par les anciens de la ville. On ne voit pas non plus de prêtres auprès des sanctuaires : c'est le père de famille qui offre le sacrifice pour les siens.

Des lois humanitaires

Le Code de l'Alliance comprend bon nombre de lois sociales et prévoit notamment les droits des pauvres. L'étranger, la veuve, l'orphelin et l'indigent sont souvent exposés à subir des injustices, parce qu'incapables de se défendre. “ Tu n'exploiteras ni n'opprimeras l'émigré, car vous avez été des émigrés au pays d'Égypte. Vous ne maltraiterez aucune veuve ni aucun orphelin. Si tu le maltraites et s'il crie vers moi, j'entendrai son cri ” (22,2021). De même le repos du sabbat est motivé en ce sens : “ Six jours, tu feras ce que tu as à faire, mais le septième jour, tu chômeras, afin que ton bœuf et ton âne se reposent et que le fils de ta servante et l'émigré reprennent leur souffle ” (23,12).

Le serviteur et la servante ont des droits précis. Leur servitude est limitée : “ Quand tu achèteras un serviteur hébreu, il servira six années; la septième, il pourra sortir libre, gratuitement (21,2). Mais il pourra aussi choisir de rester ” (21,5). Même la fille vendue comme servante a des droits : si elle n'est pas épousée par son maître, elle peut être rachetée par sa famille. Ces lois israélites sont effectivement humanitaires, dans une société patriarcale où la femme ou les serviteurs n'ont guère de droits, comme on le voit dans les autres lois de l'Ancien Orient.

Un droit pénal

On peut en dire autant de la fameuse loi “ du talion ” : elle peut nous sembler très dure aujourd'hui, mais elle constitue un progrès énorme dans le monde antique, puisqu'elle limite la peine et interdit la vengeance illimitée. La peine de mort, parfois commuée en exclusion du groupe, vient sanctionner les fautes les plus graves comme le meurtre volontaire, le rapt, la magie, la bestialité, l'idolâtrie. On remarque qu'en cas de meurtre il n'y a jamais de compensation en argent, comme cela se fait dans les autres peuples. En Israël, la vie n'a pas de prix, même celle d'un serviteur. “ Quand un homme frappera avec un gourdin son serviteur ou sa servante et qu'ils mourront sous sa main, il devra subir vengeance ” (21,20). En cas d'homicide involontaire, le meurtrier peut s'établir dans une ville-refuge à l'abri de la vengeance (21,13).

La vie devant Dieu

L'ensemble du Code de l'Alliance est encadré par des lois sur le culte et les fêtes religieuses (20,22-26; 23,13-19). C'est là que les tribus d'Israël trouvent leur unité. La grande règle est le culte exclusif du Seigneur : “ Qui sacrifie aux dieux sera voué à l'interdit, sauf si c'est au Seigneur et à lui seul ” (22,19). Ce refus total des cultes envers d'autres dieux est encore une grande originalité des lois israélites. Plusieurs lois mentionnent Dieu : dans certains cas il s'agit de l'autel ou du sanctuaire (21,14; 22,7); dans d'autres cas Dieu est pris à témoin pour un serment (22,10) ou bien tranche un litige, par une ordalie ou un oracle (22,8).

Mais les lois les plus étonnantes sont celles où Dieu intervient directement dans les relations entre hommes, notamment pour défendre les pauvres ou les faibles. Par exemple, à propos de la veuve et de l'orphelin ou de l'ouvrier agricole : “ Si tu prends en gage le manteau de ton prochain, tu le lui rendras pour le coucher du soleil, car c'est là sa seule couverture, le manteau qui protège sa peau. Dans quoi se coucherait-il ? Et s'il arrivait qu'il crie vers moi, je l'entendrais, car je suis compatissant, moi ” (22,25-26). Dieu est donc le garant des relations justes entre les hommes et le défenseur des pauvres.

Une morale d'Alliance

Parmi toutes ces lois, beaucoup ont leur parallèle dans les autres codes de lois de l'Ancien Orient. Mais certaines sont tout à fait propres à Israël et expriment sa morale fondée sur l'Alliance avec Dieu. Peu à peu les tribus d'Israël ont transformé leurs coutumes ancestrales, à cause de leur expérience de l'Exode. Libérées d'Égypte par leur Dieu, elles ont compris qu'il leur fallait, pour rester libres, libérer les pauvres et les faibles, au lieu de les asservir et de les exploiter. Dieu a inspiré à Moïse des lois pour que les tribus sorties d'Égypte puissent vivre ensemble et en relation avec lui : “ Tu n'opprimeras pas l'émigré : vous connaissez vous-mêmes la vie de l'émigré, car vous avez été émigrés au pays d'Égypte ” (23,9).


SBEV. Philippe Gruson

 
 
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