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Exode
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Aulard Stéphane
L'histoire d'Israël : un exode permanent
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Israël, comme tous les peuples, a connu bien des crises politiques et religieuses...
 

Israël, comme tous les peuples, a connu bien des crises politiques et religieuses. En cherchant à les comprendre, il a toujours senti que l'Exode était une clef de lecture capitale. La libération de l'Exode lui a révélé que son Dieu est sauveur, et que l'alliance qu'il lui offre peut-être une épreuve mais sera toujours un salut. À chaque crise, Israël s'est rappelé ce premier Exode et a compris que toute son histoire était un long Exode permanent. Après Moïse, bien d'autres libérateurs lui ont été envoyés par Dieu, comme David ou Élie, sans oublier le retour d'exil où les Judéens libérés par Cyrus ont vécu un nouvel Exode.

David

Sa vie mouvementée montre que les débuts de la royauté en Israël n'ont pas été simples. De son choix inattendu par le prophète Samuel (1 S 16) jusqu'à son accession effective au pouvoir, peu avant l'an 1000 (2 S 5), la jalousie de Saül, les combats et les fuites l'ont mis à l'épreuve. Les auteurs des livres de Samuel ont compris que Dieu, à cause de l'alliance avec son peuple, faisait désormais alliance avec ce roi et ses descendants, pour conduire Israël et le délivrer de ses ennemis, non plus les Égyptiens, mais les Philistins. David connut alors que le Seigneur l'avait établi sur Israël et qu'il avait exalté sa royauté à cause de son peuple Israël (2 S 5,12).

En même temps, les exigences de cette alliance s'imposent même au roi, et les rédacteurs n'hésitent pas, au nom de leur foi, à critiquer David. En faisant tuer son officier Urie pour lui prendre sa femme Bethsabée (2 S 11-12), David viole les règles de l'alliance, et son Dieu ne le supporte pas. Quand il veut construire un temple pour Dieu, celui-ci refuse : le Dieu de l'Exode, toujours en chemin, ne se laisse pas enfermer, même pas dans la nouvelle capitale, Jérusalem. Rien n'échappe à l'alliance : ni le pouvoir royal, ni les questions politiques.

Élie

Un siècle plus tard, dans le royaume du Nord séparé de Jérusalem, se lève Élie, “ l'homme de Dieu ”. Obligé de fuir la jalousie et la colère de la reine Jézabel, une païenne, Élie se retrouve en plein désert, épuisé, découragé. Comme les Israélites autrefois, il reçoit de Dieu l'eau et le pain qui lui permettent d'accomplir les quarante jours de marche jusqu'à la montagne de Dieu, l'Horeb (1 R 19). Dès lors sa fuite devient un pèlerinage vers cette montagne où Dieu avait appelé Moïse, du Buisson ardent, et, plus tard, lui avait donné la loi pour conclure l'alliance.

Comme Moïse, Élie répond à l'ordre du Seigneur et le rencontre sur la montagne, non plus dans le feu et le tonnerre (Ex 19,18-19) mais dans “ le son d’une brise légère ” (v. 12), dans le dénuement. Comme Moïse encore, malgré les risques, Élie est renvoyé par Dieu vers son peuple, pour aller le libérer d'un autre esclavage, la religion des dieux Baals qui l'éloignent de l'alliance avec son Dieu.

Le retour des exilés

L'exil à Babylone, après la chute de Jérusalem en 586, fut une épreuve terrible : comment croire encore en un Dieu sauveur, alors qu'il n'avait rien fait pour défendre Israël contre les Babyloniens ? C'est dans ce contexte qu'un prophète anonyme annonce un “ nouvel Exode ” encore plus merveilleux que le premier. Il s'agit de sortir non plus d'Égypte, mais de Babylone, pour rentrer à Sion, Jérusalem. “ Ne vous souvenez plus des premiers événements; aux choses d'autrefois ne réFléchissez plus. Voici que je fais du nouveau ” (Is 43,18-19). Effectivement l'entrée en scène du roi perse, Cyrus, bouscula le Proche-Orient : il s'empara de Babylone pacifiquement et ordonna, en 538, que tous les exilés, les Juifs et bien d'autres, rentrent dans leurs patries.

L'auteur anonyme d'Isaïe 40-55, le “ Deuxième Isaïe ” comme on l'appelle, avait senti arriver ces événements. Il évoque plus d'une fois Cyrus, en qui il voit le futur libérateur d'Israël; il le nomme même le “ messie ” ! “ Ainsi parle le Seigneur à son messie, à Cyrus que je tiens par sa main droite... C'est à cause de mon serviteur Jacob, oui, d'Israël mon élu, que je t'ai appelé par ton nom; je t’ai qualifié sans que tu me connaisses ” (Is 45,1.4). Nouveau Moïse, Cyrus fait sortir le peuple de sa captivité et le renvoie dans sa patrie paisiblement, sans avoir à fuir comme à la sortie d'Égypte. Les images du premier Exode sont reprises et transformées dans un sens pacifique et universaliste. Le bras guerrier de Dieu devient un bras qui rassemble (Is 40,11) et la colline de Sion à Jérusalem attire non seulement le peuple mais aussi les nations païennes. Comme Cyrus, elles ont leur place dans le projet de Dieu (Is 45,22).

Vers le nouvel Exode

Au milieu d'Israël se tiennent des croyants, tels les prophètes, capables de lire dans la situation politique du moment la volonté et l'action de leur Dieu. À cause de leur foi en ce Dieu de l'alliance, ils comprennent comment il réalise ses desseins au fil de l'histoire. Le premier Exode avait fait de Dieu un partenaire, un allié à jamais de son peuple; cela s'est poursuivi tout au long des siècles, jusqu'à ce que Jésus ouvre, dans sa Pâque, le Nouvel Exode pour tous les hommes.

 
SBEV. Stéphane Aulard

 
Jérusalem: l'entrée du St Sépulcre
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org