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Calvaire
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Cana (noces de)
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Jean
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Marie
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Marchadour Alain
Marie dans l'Évangile de Jean
Gros plan sur
 
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Jean a choisi de rapporter notamment deux scènes concernant Marie : Marie à Cana et Marie au Calvaire...
 

Les évangiles n'ont pas été écrits pour satisfaire la curiosité dés lecteurs sur les faits divers de la vie de Jésus ou la psychologie des divers personnages des récits. Seuls ont été retenus par la prédication apostolique les faits qui ont rapport avec la Bonne Nouvelle. Ainsi, par exemple, nous n'apprendrons pas grand-chose sur les origines ou sur les sentiments de la mère de Jésus, mais les rares épisodes où elle intervient doivent être lus comme des scènes fortement symboliques. Jean a choisi de rapporter deux de ces scènes, inconnues d'ailleurs des évangiles synoptiques : Marie à Cana et Marie au Calvaire.     

Marie à Cana (Jn 2,1-12)

Ce récit a fait couler presque autant d'encre que les 700 litres d’eau changés en vin ! Catholiques et protestants se sont souvent opposés sur l'interprétation du rôle de Marie. Il est certain que ce n'est pas d'abord un récit sur Marie, mais sur Jésus. Il est le seul personnage nommé par son nom; tous les autres sont présentés soit dans leur fonction (maître du repas, serviteurs, marié), soit dans leur relation avec Jésus (sa mère, ses disciples, ses frères). Notons d'ailleurs que le quatrième évangile n'appelle jamais Marie par son nom, mais toujours : « la mère de Jésus ».

Pourtant Marie joue un rôle décisif dans le déclenchement du premier signe de Jésus. Selon un mode familier à Jean, elle introduit sa demande sous la forme d'une affirmation : « Ils n'ont pas de vin ». Le dialogue entre Jésus et sa mère est bref mais profond au point de rester un peu énigmatique. Jésus lui répond par une expression fréquente dans la langue hébraïque : « Qu'y a-t-il entre toi et moi ? ». Dans la Bible, l'expression marque toujours un désaccord entre deux personnages. Quelqu'un qui voudrait intervenir indûment dans les affaires d'un autre comprend dans cette réponse : « De quoi te mêles-tu ? » (ex. 2 S 16,10). Ou bien quelqu'un sollicité d'intervenir répondra ainsi pour se mettre à distance : « Ce n'est pas mon problème » (ex. 2 Rois 3,13).

Il est donc clair qu'il y a de la part de Jésus une certaine distance par rapport à sa mère. Inutile de chercher, comme certains, à adoucir la fermeté du dialogue par un regard ou un ton, insaisissables même entre les lignes. Mais il n'est pas non plus nécessaire d'imaginer, comme Jean Chrysostome, une réprimande de Jésus à sa mère qui aurait été trop préoccupée de la réussite de son fils. Jésus invite sa mère à faire un pas. Elle a beau être sa mère, il lui faut renoncer à son autorité sur son fils, car l'Heure de Jésus ne peut dépendre d'elle, pas plus que de personne d'autre, mais du Père seul (12,27-28). Il l'appelle « femme », un titre qu'un fils ne donne jamais à sa mère, et il est à noter qu’il utilisera le même terme, femme, au Calvaire. Cela signifie qu'il ne lui parle plus comme fils; ici commence sa mission, où il n'y a plus ni mère, ni frères, mais seulement des disciples. La mère de Jésus entend bien cette invitation à devenir disciple; c'est le sens de sa réponse, d'une totale confiance : « Quoi qu'il vous dise, faites-le ».

Elle devient dans cet instant la figure du véritable Israël qui, au pied du Sinaï, répondait à Moïse : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le ferons, nous l'entendrons » (Ex 24,7). À moins qu'il s'agisse d'une allusion à Joseph qui va nourrir les Égyptiens affamés : « Allez à Joseph et quoi qu'il vous dise, faites-le » (Gn 41,55). Ainsi l'intervention de la mère de Jésus est essentielle : grâce à elle les serviteurs deviennent témoins et ministres privilégiés du premier signe. Grâce à elle, les disciples voient la gloire de Dieu et croient en Jésus.

Marie au Calvaire (Jn 19,25-27)

Le signe de Cana préfigure la scène du Calvaire, quand « l'Heure » est accomplie. Seuls restent autour de Jésus les fidèles, des femmes dont la mère de Jésus et le disciple qu'il aimait. Dans cette scène, comme dans tout le récit de la Passion en Jean, Jésus est dépeint avec les traits du Seigneur qui dirige les événements et leur donne signification. Gardant l'initiative, il donne aux deux personnages une mission : la formule « Voyant sa mère... » rappelle en effet les formules de mission employées lors du choix des premiers disciples (1,29.35).

« Femme, voilà ton fils » : Jésus parle non en fils, mais en Seigneur. Le parallèle avec Cana est évident : ce sont les deux seules scènes où intervient la mère de Jésus. Elle est de nouveau appelée « Femme » et l'heure est désormais venue : « à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui ».

Cette scène doit avoir un sens symbolique. Le disciple devient « fils de Marie », c'est-à-dire frère de Jésus. Marie, qui adopte le disciple, représente le peuple nouveau qui naît sur la croix. Elle accueille tous les frères de Jésus qui l'accompagnent comme disciples jusque-là. Elle est la disciple par excellence, celle qui forme l'embryon de la communauté naissante.

L'image des douleurs de l'enfantement que Jésus avait employée pour préparer ses disciples à sa Passion s’applique exactement à sa propre mère : « Lorsque la femme enfante, elle est dans l'affliction puisque son heure est venue; mais lorsqu'elle a donné le jour à l'enfant, elle ne se souvient plus de son accablement; elle est toute à la joie d'avoir mis un homme au monde » (16,21). La même image revient, d'ailleurs, dans la vision de la Femme, dans l'Apocalypse. Elle symbolise le peuple de Dieu qui enfante son Messie, au milieu des douleurs. Tous les disciples sont « le reste de ses enfants, ceux qui gardent le commandement de Dieu et possèdent le témoignage de Jésus » (Ap 12,17).

SBEV. Alain Marchadour

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org