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Luc
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Marie
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Le Saux Madeleine
Marie dans l'évangile de Luc
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Luc a tracé de Marie un portrait littéraire et surtout théologique...
 

Luc a tracé de Marie un portrait littéraire et surtout théologique, notamment dans les deux premiers chapitres : l'évangile de l'enfance de Jésus.

Marie de Nazareth

« La jeune fille s'appelait Marie ». Ainsi commence l'histoire de cette femme, ainsi commence l'histoire de Jésus. Le nom Marie signifie « princesse, dame ». C'est un nom courant à cette époque; il fut porté autrefois par la sœur de Moïse. Marie habite dans « une ville de Galilée du nom de Nazareth » : un village sans réputation. Comme le veut la coutume, elle a été « accordée en mariage »; lui s'appelle Joseph, il est « de la famille de David ».

Sur la famille de Marie, on ne sait rien, sinon qu'elle a une « parente » du nom d'Élisabeth, de famille sacerdotale, mariée au prêtre Zacharie et qui est stérile. Cependant Gabriel apprend à Marie que sa parente se trouve « enceinte d'un fils, dans sa vieillesse ». Marie se rend chez elle « dans le haut pays, dans une ville de Juda » et elle y « demeure trois mois », jusqu'à la naissance de Jean.

Rien d'extraordinaire ne semble distinguer Marie de Nazareth des autres femmes juives de son temps. Soumise à la loi romaine, elle va avec Joseph se faire recenser à Bethléem, en Judée. Luc la montre surtout soumise à la Loi de Moïse : circoncision et présentation de l'enfant; pèlerinage à Jérusalem pour la Pâque, etc. La célèbre prière de louange que Luc met sur ses lèvres, le Magnificat, rassemble diverses citations des Écritures. Marie prend place dans l'histoire de ce peuple et dans l'accomplissement de la promesse.

Favorisée de Dieu

Luc raconte que cette femme, qui ne fait pas parler d'elle, est visitée par un ange, Gabriel, celui que Dieu avait chargé d’annoncer au prophète Daniel le temps de la venue d un « Messie-chef » (Daniel 8,16-17; 9,21-25). Gabriel salue Marie en disant : « Sois joyeuse, toi qui as la faveur de Dieu ». L'habitude risque d'occulter ce que cette formule comporte d'inédit. « Favorisée de Dieu » est comme l'autre nom de Marie, celui que Dieu lui donne. Déclaration inouïe, puisqu'elle rapproche cette femme ordinaire de la Bien-aimée du Cantique des Cantiques, qui est elle-même une figure du peuple choisi.

« Sois joyeuse » évoque les appels des prophètes Sophonie et Zacharie : « Crie de joie, fille de Sion, pousse des acclamations, Israël, réjouis-toi ! » (So 3,14); « Tressaille d'allégresse, fille de Sion; pousse des acclamations, fille de Jérusalem ! » (Za 9,9). Le motif de cette joie est identique dans ces textes : « Le Seigneur est avec toi ! » C'est la même salutation joyeuse qui accompagne la vocation de Moïse (Ex 3,12), de Gédéon (Jg 6,12) et de Jérémie (1,18-19; 15,20)

Les « favorisés de Dieu » ont une mission de salut à remplir La joie qui commence avec eux est la joie messianique, pour tout le peuple. Si le Seigneur « a porté son regard sur son humble servante » Marie, c'est « en faveur d'Abraham et de sa descendance pour toujours ». La prière chrétienne a spontanément associé à la salutation de Gabriel le cri émerveillé d'Élisabeth : « Tu es bénie plus que toutes les femmes !... Béni aussi est le fruit de ton sein ! » (1,42).

Mère de Jésus

Pour Luc en effet, Marie est d'abord et surtout la mère de Jésus. Elle entre en scène avec l'annonce de sa maternité : « Voici que tu vas être enceinte, tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus » (1,31). Élisabeth la salue comme « la mère de mon Seigneur » (1,43). Elle devient mère en des circonstances peu habituelles, mais ses gestes sont ceux d'une mère ordinaire : « Elle accoucha de son fils premier-né, l'emmaillota et le déposa dans une mangeoire parce qu'i] n'y avait pas de place pour eux dans la salle d'hôtes » (2,7).

Le récit de Luc suggère même le type de relation entre Marie et Jésus, « à l'âge de douze ans », lors du pèlerinage à Jérusalem. Quand, après trois jours de recherche, ils le retrouvent, Marie a les mots qu'auraient la plupart des mères : « Mon enfant, pourquoi as-tu agi ainsi avec nous ? Vois, ton père et moi nous te cherchions tout angoissés ». L'évangéliste ajoute que, revenu avec eux à Nazareth, Jésus « leur était soumis ».

Plus tard, un jour que Jésus enseigne la foule, Marie veut le voir, ce qui est bien compréhensible : « Ta mère et tes frères se tiennent dehors : ils veulent te voir » dit-on au Maître (8,19). Selon les Actes, le même groupe familial : « Marie, la mère de Jésus et ses frères » se retrouve avec les apôtres, « assidus à la prière », dans l'attente de la venue de l'Esprit (Ac 1,14).

« Heureuse celle qui t'a porté et allaité ! » dira une femme à Jésus, un jour où il parlait. Là n'est pourtant pas le vrai bonheur de Marie, ni ce qui la lie le plus fortement à Jésus.

Celle qui écoute

« Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l'observent » répond Jésus à la femme admirative et peut-être un peu envieuse. Luc insiste surtout sur la foi de Marie et sur sa disponibilité à la Parole. « Rien n'est impossible à Dieu » lui rappelle Gabriel. Alors elle dit tout simplement : « Je suis la servante du Seigneur; qu'arrive pour moi selon ta parole » (1,38). « Bienheureuse celle qui a cru ! » s'exclame Élisabeth.

Plusieurs fois, Luc montre Marie déconcertée devant la Parole et devant ce fils qui est le sien et se réfère à un Autre : « Ne saviez-vous pas qu'il me faut être chez mon Père ? » Comme Joseph, Marie ne comprend pas (2,50). Mais alors, Luc note qu'elle « retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (2,19. 51).

En vérité Jésus peut affirmer, faisant ainsi le plus bel éloge de Marie : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la mettent en pratique ». Marie écoute, « servante » comme Jésus est « serviteur ». « Un glaIve lui transpercera le cœur » (2,35). Mais elle reste jusqu'au bout « la bonne terre » féconde, étant de « ceux qui entendent la Parole dans un cœur loyal et bon, qui la retiennent et portent du fruit à force de persévérance » (8,15).

Sa foi survit à la grande épreuve. Alors que Jésus est mort, Marie est là, avec les frères et les disciples qui ont cru assez pour rester, pour attendre et recevoir l'Esprit Saint. Un peuple nouveau doit être engendré en l'absence du Jésus terrestre, grâce à l'Esprit. Présente et discrète, Marie participe à ce deuxième commencement, comme elle a été associée au premier.

SBEV. Madeleine Le Saux

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org