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Identité d'Israël
1402
Identité juive
278
Second Temple
27
Artus Olivier
Redéfinir l'identité d'Israël après l'exil à Babylone
Théologie
 
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La catastrophe de l'exil à Babylone (587-538 av. J.C.) donne lieu à plusieurs tentatives théologiques ayant pour objet de redéfinir l'identité d'Israël.
 

La catastrophe de l'exil à Babylone (587-538 av. J.C.) va donner lieu à plusieurs tentatives théologiques ayant pour objet commun de redéfinir l'identité d'Israël. Beaucoup de choses vont se jouer autour du Temple reconstruit.

Tandis que les milieux sacerdotaux proposent une identité essentiellement cultuelle et insistent sur le rôle des prêtres dans la sanctification de la communauté, les milieux laïcs font du peuple tout entier le sujet de l'alliance entre Israël et son Dieu.

Deux compréhensions de la sainteté sont donc en débat dans la communauté judéenne qui se rassemble à Jérusalem, après l'exil, autour du second Temple rebâti à partir de 520 av. J.-C. : il y a celle des prêtres qui veillent aux sacrifices et aux rites de pureté, et celle des laïcs dits "deutéronomistes" – ils s'inspirent du Deutéronome – pour lesquels le culte et les rites vont de pair avec la vie éthique qui est, elle aussi, chemin de sanctification.

Une communauté en débat


Un récit du livre des Nombres, au chap. 16, fournit une excellente illustration de ce débat : d'un côté les partisans de Coré affirment l'égale sainteté de tous les membres de la communauté, de l'autre, Moïse et Aaron rappellent le caractère indispensable de la médiation sacerdotale dans le rapport de la communauté avec son Dieu. Cette médiation joue particulièrement dans le maintien de la pureté de la communauté d'Israël. Certes, la notion de pureté n'est pas spécifique des écrits sacerdotaux. Elle est utilisée aussi bien dans les lois du Deutéronome que dans les lois du Lévitique. Mais seuls les écrits sacerdotaux décrivent la médiation des prêtres comme toujours nécessaire à la purification de la communauté. Au-delà des ablutions individuelles et des règles alimentaires, ce sont surtout des rites sacrificiels dont le cadre exclusif est le Temple de Jérusalem, et dont les officiants sont des prêtres, qui concourent à la purification d'Israël.

Pureté et sainteté


Ne comprenons pas ici le terme "pureté" selon un registre moral : la pureté est à comprendre comme une qualité physique indispensable à la rencontre de Dieu. La théologie sacerdotale utilise les catégories de pureté et de sainteté de manière assez équivalente. Pour rendre un culte à Dieu, la communauté doit être en état de pureté (de sainteté) suffisant. L'offrande des "sacrifices pour le péché" au Temple de Jérusalem (cf. Lv 4-5) a donc pour objet de purifier les Israélites des fautes involontaires qu'ils pourraient commettre et, ainsi, de les réintégrer (en hébreu : kipper) dans la communauté apte à rendre un culte au Seigneur.

C'est également la fonction du "yom hakkippurim" (ou "Yom Kippour", Jour de la purification, de la réintégration, cf. Lv 23,27). Ce rite sacerdotal tardif permet une fois par an la purification du Grand prêtre, des prêtres, des lévites, de toute la communauté et de ses chefs : toutes les fautes involontaires contractées au contact d'objets, de personnes et d'animaux impurs sont réparés, et le Temple lui-même est purifié.

Á côté des fautes "involontaires", faites par inadvertance, les auteurs sacerdotaux distinguent les péchés volontaires : la transgression délibérée de la Loi ou des ordres donnés par Dieu à Israël. Toute personne coupable de telles fautes doit être "retranchée" du peuple (cf. Nb 14, 26s : désobéissance volontaire au projet du Seigneur ou Nb 15, 32-36 : manquement volontaire à la loi concernant le sabbat). Ici encore, on peut opposer la théologie sacerdotale et la théologie deutéronomiste. Celle-ci envisage en effet la possibilité d'un pardon des fautes volontaires, comme l'expriment les récits d'Ex 32,7-14 ou de Nb 14,13-20.

La "communauté des citoyens du Temple"


Cette expression technique désigne l'une des hypothèses proposées par les historiens pour expliquer la naissance de la Torah (= Pentateuque) après l'exil. Le Temple de Jérusalem reconstruit devient le centre religieux et politique d'une province de Judée sous domination perse. Les débats entre auteurs sacerdotaux et deutéronomistes portent en réalité sur la place même du Temple et du culte. Avant l'exil en effet, la religion était placée sous le contrôle étroit de l'autorité royale. Après l'exil, la disparition de la monarchie incite les prêtres à revendiquer pour eux-mêmes le rôle de médiateurs exclusifs entre Dieu et son peuple. En témoigne le rite de l'onction du grand prêtre (cf. Ex 30, 25-33), rite réservé avant l'exil à la personne du roi. Les débats dont la Torah se fait l'écho montrent que, loin de faire l'unanimité, la réponse sacerdotale au défi historique et théologique constitué par la crise qui suit la chute du Royaume de Juda entre en débat avec d'autres réponses – en particulier, celle formulée par les écrivains deutéronomistes. La Torah, en rassemblant des textes provenant d'auteurs si divers, veut cependant signifier l'unité du peuple du Seigneur au-delà des débats théologiques qui le traversent.


© SBEV. Olivier Artus

 
 
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