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Bible
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Saint Augustin
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Dulaey Martine
Saint Augustin et la Bible
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De toute sa vie, Augustin n'a pas cessé de lire, méditer et enseigner la Bible...
 
De toute sa vie, Augustin n’a pas cessé de lire, méditer et enseigner la Bible. Il s’est pénétré des Écritures au point qu’elles sont devenues pour lui comme un second langage, comme le montrent à l’évidence presque tous les passages lyriques des Confessions. Il avait, comme chacun de nous, ses livres favoris. Les premiers qu’il a lus avec passion sont aussi ceux qu’il a commentés par la suite : les épîtres de Paul, l’évangile de Jean, les Psaumes et la Genèse. Il cite peu les Prophètes, en dehors des passages couramment utilisés dans l’Église et de ceux qui ont une portée morale évidente ; peut-être ne s’est-il jamais tout à fait défait de son impression de 386, quand le livre d’Isaïe conseillé par Ambroise lui a semblé incompréhensible. Mais pour connaître vraiment l’exégèse d’Augustin, c’est toute son œuvre qu’il faut lire, et pas seulement les commentaires au sens strict. On peut trouver l’explication la plus intéressante d’un texte dans un sermon ou dans une lettre : le commentaire le plus fouillé du Psaume 21, par exemple, est peut-être celui de l’Épître CXL.

Les commentaires scripturaires d’Augustin sont, comme tous ceux des anciens, déroutants pour celui qui les aborde pour la première fois et a parfois l’impression d’une exégèse subjective et arbitraire, qui semble faire dire n’importe quoi à n’importe quel texte. Nous sommes choqués que l’exégèse littérale tienne si peu de place à l’époque paléochrétienne. Mais, à lire nos modernes commentaires, les anciens seraient plus scandalisés encore de voir le peu de cas qu’ils font de la lecture symbolique, qui est le moyen par lequel le lecteur s’approprie un texte qui doit nourrir l’âme et orienter la vie. L’idée d’une lecture objective, détachée, faite dans un but purement scientifique, est étrangère à l’évêque d’Hippone autant qu’à ses contemporains.

Augustin, exégète de la Bible, est largement redevable à l’enseignement de la rhétorique classique et à la tradition chrétienne d’interprétation spirituelle. Son apport personnel est dans le brio avec lequel il use des règles herméneutiques anciennes, dans la profondeur et la simplicité de ses commentaires. Il faut noter aussi quelques fulgurances : il a conscience que l’Écriture est parole de Dieu « et d’homme » ; il considère que chacun doit l’interpréter en prenant en compte les connaissances scientifiques de son temps, et il a intuition de l’évolution historique de la morale, celle des patriarches n’étant plus toujours la nôtre. Lui-même n’a pas pu exploiter toujours suffisamment ces intuitions, et il faudra plusieurs siècles pour que ses idées soient assimilées.

Il faudrait ajouter que le style d’Augustin, ses images, ses formules nettes et bien frappées, rendent ses exégèses attrayantes et les fixent dans la mémoire du lecteur. Il est difficile de relire la péricope de la femme adultère sans se rappeler le sens qu’il donne au geste de Jésus, le législateur de la nouvelle Alliance, qui écrit sur le sol : « C’est par le doigt de Dieu que la Loi a été écrite, mais elle a été écrite sur la pierre à cause des cœurs durs. Alors, Jésus écrivait sur la terre, parce qu’il cherchait à en recueillir du fruit » (Sur l’évangile de Jean 33,5). Une fois lue, la formule augustinienne commentant le départ de tous les accusateurs de la femme, on ne l’oublie plus : « Ils ne restèrent plus que deux, la misérable et la Miséricorde. »


© Martine Dulaey, Augustin, lectleur de l'Écriture, Supplément au Cahier Évangile n° 162 (p. 97-100).
 
 
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