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Confiance
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Deuxième Isaïe
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Mackiewicz Marie-Claude
Le message du Deuxième Isaïe (Is 40 et 55)
Commentaire au fil du texte
 
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Le message du Deuxième Isaïe est clair ...
 

Le message du Deuxième Isaïe est clair : où que soit Israël, quel que soit son état politique, économique ou religieux, il peut rester confiant car son Dieu lui parle, et cette parole vient changer la vie.

Le chapitre 40 a sans doute été écrit à l’époque de la victoire de Cyrus sur Crésus, le roi de Lydie à la richesse proverbiale, en 546 avant J.-C. Le peuple d’Israël est en exil à Babylone, véritable supermarché de l’idolâtrie. Dans ce brouhaha, comment le prophète peut-il faire passer son message d’espérance ? Le livret commence par un prologue, une grande ouverture à quatre voix (v. 1 à 11); puis, jusqu’à la fin du chapitre, une question est lancée, comme un défi : qui est comme Dieu ? Peut-on opposer à sa toute-puissance le néant des idoles ? à sa voix qui a créé le monde, le mutisme de ces objets fabriqués par l’homme ?

La grande nouvelle (Is 40,1-11

Dans ce prologue sont rassemblés tous les thèmes que développeront les chapitres suivants. Le Dieu d’Israël est un Dieu qui parle, au-delà des infidélités de son peuple. Au moment qu’il choisit, il restaure, rétablit, réhabilite Jérusalem. C'est alors qu’Israël peut comprendre que son Dieu ne l’a pas abandonné : Il l’a suivi dans son exil. 

Quatre voix résonnent dans cette ouverture. 

• v. 1-2. Ni discours pour expliquer, ni exhortations, ni menace. C’est un cri lancé et répété pour en souligner l’urgence : “ Réconfortez, réconfortez mon peuple ! ” De nombreuses traductions disent : “ Consolez ”, littéralement : Vous pouvez pousser un soupir de soulagement ! D’où le nom donné à Is 40-66 : Livret de la Consolation. Ce verbe naham y revient 16 fois. 

• v. 3-5. “ Une voix proclame ” ce que Jérémie et Ézéchiel avaient annoncé : Dieu va faire revenir son peuple sur sa terre, comme Il l’avait fait jadis sortir d'Égypte : le retour d’exil sera un nouvel Exode, dont Dieu lui-même va prendre la tête. 

• v. 6-8. Deux voix se répondent en un court dialogue, opposant la fragilité du peuple exilé, “ herbe sèche, fleur qui se fane ” et la force de “ la Parole de Dieu qui subsistera toujours ”. 

• v. 9-11. De nouveau une voix s’élève, énergique, pour ordonner à Jérusalem de se faire la joyeuse messagère de la venue du Seigneur, le véritable maître de l’histoire. Il est comme un berger menant paître son troupeau après l’avoir rassemblé : “ Il porte sur son sein les petits et procure la fraîcheur aux brebis qui allaitent ”. Le troupeau d’un tel berger n'est pas près de se disperser ! 

Ce prologue tire le lecteur vers l’avant, par une parole qui surgit pour l’arracher à son passé et le faire entrer dans un espace et un temps nouveau. On ne sait rien de celui qui parle, mais il s’adresse à ce peuple qui sait, par son histoire, que dans le désert ou la steppe, un chemin est tracé pour qu’il ne se perde pas. Il faut souligner l’association des verbes “ voir ” et “ parler ” : “ Ils vont voir que Dieu a parlé ”. Sans intermédiaire, chacun peut voir l’efficacité de la parole du Seigneur. C'est ici une étape nouvelle et décisive de la manifestation de sa puissance. 

• v 8. “ La Parole de Dieu subsistera toujours ! ” C’est l’affirmation centrale du texte. Le verbe “ subsister ” (qoum) a le sens de “ tenir, se dresser, intervenir d’une manière radicale ” (Cf. “ Talitha qoumi : petite fille, lève-toi ! ”). L’énergie nouvelle de ces onze versets est comme la dalle de béton sur laquelle le prophète va pouvoir bâtir son message d’espérance.

Venez… Écoutez… (Is 55) 

Imaginons un scénario qui rende l'ambiance de ces deux textes. Pour Is 40, un cavalier parcourt à bride abattue les rues d’une ville, porteur d’une heureuse nouvelle. Pour Is 55, nous sommes sur une place de marché où se mêlent acheteurs, badauds et gens affairés. Le cavalier s’est fait marchand : il a quelque chose d’extraordinaire à offrir aux passants, comme une bonne nouvelle, et gratuitement !

Ce qui est offert, c'est “ l’eau, le grain, le vin et le lait ”, des symboles de la vie et du bonheur (v. 1-3a); “ les bienfaits ”, comme au temps prospère du règne de David. À quelles conditions ? “ Écoutez ! ”, faites confiance à cette Parole de Dieu (v. 2b-3), et “ recherchez ” le Seigneur qui se fait proche, montre sa tendresse et pardonne (v. 6-7). Car Dieu n’est pas celui qu'on croyait : il n’a rien à voir avec les caricatures que s'en font les hommes et il surprendra toujours les croyants (v. 8-9). Parce qu’il est Dieu, sa Parole est efficace; elle réalise toujours ce qu’il a décidé dans sa sagesse (v. 10-11). Le prophète ne fait rien d’autre que d’annoncer cette Parole qui “ subsistera toujours ” (40,8). 

Enfin le livret s’achève sur le thème qui l'avait ouvert : la promesse du retour d’exil, comme un nouvel Exode, sous les acclamations des collines et des arbres : “ un signe perpétuel qui ne sera jamais retranché ” (v. 12-13). Tout cela gratuitement. Au lieu de payer pour avoir ce qui ne rassasie pas, il nous est proposé d’ouvrir les mains pour recevoir la vie. Jésus nous dit-il autre chose quand il nous invite à sa table ?

© SBEV. Marie-ClaudeMackiewicz

 
Is 40,1-11
Is 55
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org