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Deuxième Isaïe
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Dieu unique
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Dieu universel
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Soupa Anne
Un Dieu unique et universel
Théologie
 
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Sous la plume du Second Isaïe, Dieu se manifeste comme unique et universel...
 

Sous la plume du Second Isaïe, Dieu parle haut et fort. Il affirme qu'il est l'unique, le premier et le dernier. Dieu se manifeste comme unique et universel. Néant tous les autres dieux !

À nous qui avons hérité d’une Bible bien constituée, il est difficile de se représenter la lente genèse du Livre et la progressive image de Dieu qui s’y dessine. L'une des richesses du livret du Second Isaïe est de marquer une étape fondamentale dans la lente révélation de Dieu à son peuple. En effet le Dieu du Second Isaïe est toujours celui de l’Exode, mais il se pare d’attributs nouveaux, dont l’importance et les conséquences sont considérables.

À chaque Dieu son sol

Avant l’exil, au temps où les Israélites vivaient derrière leur roi, autour de leur Temple, Yahvé, leur Dieu, partageait sa divinité avec d’autres dieux. Tout d’abord, les Israélites, comme leurs voisins, croyaient qu’un dieu ne régnait que sur son pays : Yahvé n’était Dieu que sur sa terre. À l'étranger il ne parlait donc pas, et les croyances des autres peuples étaient légitimes, puisqu’ils avaient leurs dieux : “ Si tous les peuples marchent chacun au nom de son dieu, nous, nous marchons au nom du Seigneur ” (Mi 4,5). Du moins c’était la théorie, car, en pratique, les prophètes dénonçaient fréquemment la persistance de cultes païens; par exemple la reine Jézabel, au temple, entretenait un corps de prophètes de Baal et le roi Manassé, au VIIe s., faisait dresser des idoles dans le Temple.

Dans un tel contexte, l'exil est pour le peuple non seulement un traumatisme physique et affectif, mais il oblige à une vraie révolution mentale. La question de l’existence de Dieu se pose de façon radicale : fallait-il que les exilés se tournent vers les dieux des vainqueurs, puisqu’on était sur leur sol ? Yahvé était mis au défi : était-il capable de suivre son peuple, loin de sa terre ?

Un coup de force

Le prophète anonyme de l’exil aborde ce terrible désarroi de plusieurs manières. Il reconnaît d’abord, presque sous forme de concession, que le Dieu d’Israël est un Dieu caché : « En réalité, tu es un dieu qui se cache » (45,15).1 Il invite en même temps ses auditeurs à intérioriser davantage leur conception de Dieu. Il suscite leur aptitude spirituelle à voir et leur expérience. Cela s’observe dans le texte à la fréquence des questions qu’il pose : « Ne le saviez-vous pas ? Ne l’entendiez-vous pas dire ? N’aviez-vous pas compris ? » (40,21) « Qui est comme moi ? » (44,7).

Enfin, le Second Isaïe s’attelle au fond de la question. Il sait que son Dieu, qui a autrefois fait traverser la mer, est toujours présent à son peuple. Cette foi est son seul bagage. Il va donc au bout de son savoir. Si Dieu est avec son peuple, ici, à Babylone, c’est qu’il est aussi Dieu en Babylonie, donc le Dieu unique, le Dieu universel. C'est un vrai coup de force : Yahvé prend le pouvoir sur les autres dieux. Mais d’une façon absolue. Les autres grands dieux, Mardouk, Ishtar et les autres, ne sont même plus des « petits dieux » subordonnés : ils ne sont rien.

Une victoire contre la pensée magique

Pour conduire son argument contre les idoles dressées en l’honneur des autres dieux, le prophète se place sur le terrain de l’efficacité : « Au moins, faites bien ou faites mal, que nous éprouvions de l’émoi ou de la crainte. Voici, vous êtes moins que rien, et votre œuvre, c’est moins que néant, vous choisir est abominable » (41,23~24). En contrepoint, Yahvé est celui qui crée, qui fait toute chose neuve : « C’est moi, Yahvé qui ai fait toutes choses, qui seul ai déployé les cieux, affermi la terre sans personne avec moi » (44,24). Il est aussi derrière chaque main humaine. Ce n’est pas un dieu mécanicien, mais celui qui fait faire. Dieu est créateur du monde entier parce qu’il est intérieur à toute force. Ces diatribes contre les idoles sont une victoire pour tout homme parce qu’elles le libèrent d’une pensée magique.

« Îles, écoutez-moi… »

La seconde affirmation essentielle du livre, conséquente à la première, est que Dieu est universel. Il est non seulement le Dieu d’Israël, mais celui des autres nations, que le Second Isaïe appelle parfois « les Iles ». Il expose l’universalisme de Yahvé sur plusieurs plans. Il annonce d’abord une sorte de revanche d’Israël sur ses vainqueurs d’hier : « Élargis l’espace de ta tente, déploie sans lésiner les toiles qui t’abritent... ta race va déposséder les nations » (54,2-3).

Puis, son projet s’approfondit de façon pacifique. Ce sont les nations qui viendront vers Jérusalem, ville sanctuaire de Yahvé. Mais comme cette découverte semblait s’opposer à l’idée qu’Israël soit un peuple élu, choisi, particulier, ses conséquences ont été lentes à se traduire dans les faits. Les textes ultérieurs de la Bible évoquent un pèlerinage des peuples vers Jérusalem, mais seulement à la fin des temps. C’est le christianisme qui réalisera, sans Jérusalem, cet universalisme de Dieu découvert en exil.

© SBEV. Anne Soupa

 

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org