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Le Saux Madeleine
Le Deuxième Isaïe : des images de Dieu précises et fortes
Théologie
 
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Le Deuxième Isaïe utilise à propos de Dieu tout un répertoire d'images précises et fortes qui esquissent déjà les traits du Père de Jésus...
 

Toute personne est mystère, même les proches que nous aimons. Pour parler d'eux nous devons nous servir d’images. Il n'en va pas autrement pour le croyant qui veut parler de Dieu, le Vivant par excellence. C’est ainsi que le Deuxième Isaïe utilise à propos de Dieu tout un répertoire d'images précises et fortes qui esquissent déjà les traits du Père de Jésus.

Avant les images, toute personne porte un nom. Dans le Deuxième Isaïe Dieu est souvent désigné par le nom général : la divinité, El, Élohim. Mais ce mot sert aussi pour parler des faux dieux. Il donne seulement du Dieu d'Israël l’idée d’un être supérieur, puissant (selon l’étymologie de El). Un pas est franchi quand on l’appelle « Le Dieu » (Is 41,5), ou « Le Dieu de toujours » (40,28). Ce n’est pas n’importe quel Dieu, mais celui d’Israël, qui peut lui dire : « Mon Dieu » ou « Notre Dieu ».

Le nom propre de Dieu

Ce Dieu a d’ailleurs un nom propre : Yhwh, souvent vocalisé en Yahvé et rendu en français (dans la TOB) par « Le Seigneur ». Ce nom revient 167 fois en Is 40-66. Il est souvent associé aux mots « parole, oracle, dire ». Yahvé est un Dieu qui parle et qui a des messagers. Il est un Dieu unique. Unique au sens qu’il est le seul Dieu : « Avant moi ne fut formé aucun dieu et après moi il n’en existera pas » (43,10). « C’est moi le premier, c’est moi le dernier; en dehors de moi, pas de Dieu » (44,6). Ce Dieu unique ne peut être comparé à personne (40,25; 46,9). Selon une autre expression de cette unicité, il est « Le Saint », « Le Saint d’Israël » (43,3), terme repris du prophète Isaïe (1,4; etc.). 

Tout puissant 

Ce Dieu-là se distingue par la toute puissance : il est le maître des forces de l’univers, ce que signifie l'expression traditionnelle : « Seigneur des armées (Sabaoth) », souvent rendu par « Seigneur tout puissant » ou « Dieu de l’univers » (54,5). Sa force est invincible : il est « L’indomptable de Jacob » (49,26). Il est représenté comme un guerrier redoutable : « Le Seigneur, tel un héros, va sortir... » (42,13.15). Qui cherche en lui son appui a trouvé un lieu sûr, car il est le rocher par excellence (44,8). On peut mettre en lui sa confiance : « C'est moi le Seigneur qui fais tout » (44,24). On lui attribue le langage du pouvoir royal : « Roi de Jacob, d’Israël » (41,21). « Il réduit à rien les chefs d’État, les juges de la terre. Il en fait une nullité » (40,23). Avec lui donc, rien à craindre ni personne : « Ton Dieu règne ! », crie à Sion le messager de joie. 

Créateur

L’une des manifestations les plus éclatantes de la puissance du Seigneur est son pouvoir de créer. Son action est une perpétuelle création. Il a fait l’univers avec l’aisance des gestes familiers de la vie : « Il a tendu les cieux comme un rideau, il les a déployés comme une tente pour y habiter » (40,22). Les astres sont son œuvre et lui obéissent : il « mobilise au complet leur armée et les convoque tous par leur nom » (40,26). Il a, de même, « étalé la terre, porteuse de ses rejetons, donné la respiration à la multitude qui la couvre et le souffle à ceux qui la parcourent » (42,5). Ce Dieu continue à créer et peut, par exemple, changer pour les assoiffés « le désert en étang et la terre aride en fontaines » (41,18). Jamais il ne faiblit, ni ne se fatigue (40,28). 

C'est lui aussi qui a fait l’homme : « C'est moi qui ai fait la terre et qui ai, sur elle, créé l'humanité » (45,12). En particulier il a « fait surgir » cet homme qu’est Cyrus : « J’aplanirai tous ses chemins, c’est lui qui rebâtira ma ville et renverra mes déportés ». Sans lui, Israël n’existerait pas comme peuple : « Ainsi parle le Seigneur qui t’a créé, Jacob, qui t’a formé, Israël » (43,1). Ce sont ses fils et ses filles, « tous appelés de son nom » et il les rassemble : « depuis le levant je ferai revenir ta descendance, depuis le couchant je rassemblerai » (43,5). C’est encore lui qui crée tout événement : « Le bonheur et le malheur » (45,7). Il sait d’avance ce qu’il veut faire : « Les premiers événements, depuis longtemps je les ai annoncés... soudain j’ai œuvré et ils sont survenus » (48,3). Avec lui, la nouveauté est touJours possible, et donc l’espérance : « Voici que moi Je vais faire du neuf qui déjà bourgeonne; ne le reconnaîtrez-vous pas ? » (43,19). La notion d’un Dieu qui crée en permanence est tout à fait explicite dans le Deuxième Isaïe. 

Sauveur 

Autre manifestation de puissance : Dieu sauve. Par 17 fols le Seigneur est appelé goel en Is 40 – 66. Il est difficile de donner une définition du mot. Le goel est le proche parent qui intervient pour sauver une situation compromise : il rachète des biens familiaux qui, sans lui, seraient aliénés, il donne une postérité à un frère décédé sans avoir eu d’enfant, bref, il garde l’avenir ouvert quand tout semble perdu. Le prophète attribue ce rôle à Dieu : « Celui qui te rachète, c’est le Saint d’Israël » déclare le Seigneur lui-même (41,14). Ce n’est pas affaire de commerce, mais d’amour : « C’est sans argent que vous serez rachetés » (52,3). Le racheteur, le « Rédempteur » comme on a coutume de dire, n’a rien à payer, mais il est prêt à tout donner pour celui qu’il aime : « Pour ta rançon, je donne l’Égypte, Koush et Séba à ta place » (43,3). 

« En dehors de moi, pas de sauveur » dit Dieu. Il a le pouvoir de libérer et de faire libérer de la servitude et de l’exil. Cyrus est à sa disposition pour cela. Son peuple va donc revenir et peut compter sur lui dans toutes les circonstances difficiles : « Si tu passes à travers les eaux, je serai avec toi, à travers les fleuves, ils ne te submergeront pas, Si tu marches au milieu du feu, tu ne seras pas brûlé... » Dieu procure en pleIne mer ou en plein désert un chemin (43,2.16.19). Le Serviteur outragé et « retranché de la terre des vivants » verra le Seigneur lui « tailler sa part dans les foules » et lui assurer une descendance (53,12). Vraiment, il est le Sauveur qui annonce et donne le salut (43,11). 

Dieu proche 

« Pour sûr, tu es un Dieu qui se tient caché, le Dieu d’Israël, celui qui sauve » (45,15). Paradoxe évident : son peuple le voit à l’œuvre en sa faveur, mais non les nations et les idolâtres en général. Caché Pour eux, il se fait tout proche des siens : « Recherchez le Seigneur, puisqu'il se laisse trouver, appelez-le puisqu'il est proche » (55,6). Sa relation avec son peuple est de type familial : s'il est le goel d’Israël, c’est qu’il en est un proche parent. Le titre de « Père » ne lui est donné que dans une prière du troisième Isaïe (63,16; 64,7), mais la réalité est bien indiquée : c’est lui qui a « formé Israël » et il les appelle « mes fils » (45,11). Il est aussi mère par excellence : « Sion disait : le Seigneur m’a abandonnée, mon Seigneur m’a oubliée ! La femme oublie-t-elle son nourrisson, oublie-t-elle de montrer sa tendresse à l’enfant de sa chair ? Même si celles-là oubliaient, moi je ne t’oublierai pas ! » (49,14-15). 

Plus rarement, mais tout aussi fortement, Dieu se dit aussi époux : « Celui qui t’a faite, c'est ton époux ». Un bref instant il peut abandonner la femme des jeunes années ou se montrer irrité par elle, mais il l’aime » d’un amour sans fin, et sa tendresse pour elle est plus inébranlable que les montagnes ou les collines (54,5-10). Car Dieu ne revient pas sur ses choix : « Je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi... Tu vaux cher à mes yeux, tu as du poids et moi, je t’aime » (43,1.4). 

La révélation du Deuxième Isaïe conduit à des sommets : Dieu a ici tous les visages dont l’homme peut rêver : puissance, présence et force sans cesse créatrices, sans cesse salvatrices, amour infiniment proche et fidèle. On comprend que les chrétiens se soient référés à ce livre dès le début pour comprendre Jésus et pour parler du règne de Dieu qu’il a instauré.

© SBEV.Madeleine Le Saux

 
 
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