593
Deuxième Isaïe
161
Jérusalem
2
Stricher Joseph
Jérusalem restaurée (Is 54)
Commentaire au fil du texte
 
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Le prophète met dans la bouche de Dieu une vibrante déclaration d'amour à la ville de Jérusalem...
 

Le prophète met dans la bouche de Dieu une vibrante déclaration d'amour à la ville de Jérusalem. Mais elle est alors dévastée et sa population est déportée en Babylonie. Les paroles du prophète sont un encouragement et une espérance pour ces exilés.

Sans nommer Jérusalem, Dieu s’engage envers elle : il lui promet un amour indéfectible. Il reconnaît l’avoir délaissée un instant en punition de ses fautes. Mais le temps du châtiment est terminé. Des temps de paix et de bonheur vont venir. Ce thème est central dans l’œuvre du Deuxième Isaïe. Dès sa première phrase, le prophète l’avait annoncé : « Réconfortez, réconfortez mon peuple, dit votre Dieu, parlez au cœur de Jérusalem et proclamez à son adresse que sa corvée est remplie, que son châtiment est accompli... » (Is 40,1-2). 

Menaces et réconfort 

Parler de Jérusalem comme d’une femme est un procédé classique dans la poésie d’Israël. La ville peut être une jeune fille, une sœur, une épouse, une mère, mais aussi une femme aux mœurs légères. Isaïe, le grand prophète du VIIIe siècle, avait déjà déploré : « Comment est-elle devenue une prostituée, la cité fidèle, remplie de justice, refuge du droit, et maintenant des assassins ? » (Is 1,21). Le châtiment divin s'est abattu avec la prise et la destruction de Jérusalem en 587. En exil, les Judéens sont prostrés dans le souvenir de la catastrophe. Ils désespèrent de tout, y compris de Dieu lui-même. Maintenant le Deuxième Isaïe leur délivre des paroles de réconfort et d’amour. À travers cette déclaration d’amour à sa ville, Dieu exprime sa tendresse pour son peuple éprouvé. 

Jérusalem est dans un piteux état. Elle est comme une femme stérile, couverte de honte, outragée, humiliée, ballottée. Épouse abandonnée, elle est privée de réconfort et, en plus, objet des moqueries des voisins. Le prophète ne s’appesantit pas sur cette situation. Il s'agit de lui redonner confiance, de lui dire qu’elle est pardonnée et de la rétablir dans sa dignité d’épouse et de mère. 

Le Dieu de nos pères et de nos mères 

Pour annoncer un avenir plein de promesses, le prophète (aux v. 2-4) évoque les femmes de la Genèse. En arrière-fond on entrevoie les silhouettes des matriarches qui se désolaient de ne pas avoir d’enfants, mais que Dieu a finalement comblées de ses bénédictions. Enfoncer les piquets des toiles de tentes et tendre les cordages était un travail féminin (v. 1-3). On pense à l’empressement de Léa et de Rachel à agrandir leurs tentes pour accueillir de nouveaux enfants. On se souvient du rire de Sara heureuse d’avoir un fils (Gn 21,5). 

Les périodes difficiles de la vie de Jérusalem sont révolues. Dieu a décidé d’intervenir en faveur de sa bien-aimée. Comme en Ézéchiel 16, les images se bousculent. Dieu est à la fols le père, l’époux, le sauveur de sa ville : « Car celui qui t’a faite, c’est ton époux : le Seigneur, le tout-puissant, c’est son nom; le saint d’Israël, c’est celui qui te rachète » (v. 5). 

« Je te manifeste ma tendresse infinie » 

Le prophète devine les réticences des déportés qui ne peuvent pas oublier ce qui s’est passé. De même que Dieu a juré devant Noé que le déluge ne se reproduira plus, de même Dieu s’engage par serment à faire bénéficier Jérusalem d’une alliance de paix éternelle. Encore plus surprenant : Dieu farde lui-même sa Bien-aimée et la couvre de bijoux (v. 11-12). Il n’y a pas d’images guerrières. La ville n’est plus couronnée de fortifications. Sa plus belle parure est une famille nombreuse de disciples du Seigneur. Le plus beau cadeau est la paix. 

La fécondité du texte

Dans cet hymne d’amour de Dieu à sa ville-épouse, pas la moindre allusion au Temple. Le trésor de Jérusalem, ce n’est plus un bâtiment de pierre, mais les habitants de la ville lorsqu’ils vivent de la justice de Dieu. Le poème du prophète a-t-il rendu aux exilés la fol en un Dieu sauveur ? Probablement. Mais lorsqu’une partie des déportés rentre à Jérusalem, le désenchantement succède rapidement à l’espérance. La ville a du mal à se relever de ses ruines, et du Temple, il ne reste qu’un simple autel de pierre. 

Un nouveau prophète prend le relais : on l’appelle le Troisième Isaïe. Son lyrisme pour la ville de Jérusalem dépasse celui de son prédécesseur. Aux chapitres 60 et 62, il célèbre avec enthousiasme la ville où réside maintenant le Seigneur. Il rêve des trésors des nations qui affluent vers Jérusalem comme à l’époque de la construction du premier Temple de Salomon. Et il rêve d’une Jérusalem tellement transformée qu’elle ne brillera plus que de la lumière du Seigneur.

L'idéalisation de la ville s’achève dans l'Apocalypse de Jean. Jérusalem représente maintenant l'Église de Dieu, la communauté de la fin des temps, donnée par Dieu, « descendant du ciel ». Elle n’a plus besoin de Temple « car son Temple, c’est le Seigneur, le Dieu Tout-Puissant ainsi que l’agneau » (Ap 21,22).

© SBEV. Joseph Stricher

 
Jérusalem: l'esplanade des mosquées
Is 54
 
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