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Créateur
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Deuxième Isaïe
459
Père
170
Sauveur
10
Autané Maurice
« Reviens, Seigneur, nous sauver ! » (Is 63,7 – 64,11)
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De retour d'exil, les rapatriés semblent vivre la même détresse qu'en Babylonie...
 

De retour d'exil, les rapatriés semblent vivre la même détresse qu'en Babylonie. Leur foi est fragile et leur prière douloureuse : « Pourquoi nous laisses-tu errer ? Reviens, Seigneur ! » Alors le prophète leur apprend une nouvelle prière : Oui nous sommes pécheurs, mais Dieu est notre Père, parce qu'il est le créateur et le rédempteur.

Cette belle prière du prophète, un disciple du Deuxième Isaïe, ne déparerait pas dans le livre des Psaumes. On y retrouve en effet toutes les caractéristiques d’un psaume. La dimension de supplique est très présente : elle constitue la trame de cette prière qui veut ranimer l’espérance d’un peuple meurtri. L’enthousiasme du retour a fondu : il faut tout reconstruire, à commencer par le Temple de Jérusalem, mais les rapatriés sont pauvres. Où donc est le Seigneur ? Pour raviver l’espérance, le prophète rappelle les bienfaits passés de Dieu et le désigne du beau nom de Père, peu fréquent dans l’Ancien Testament. Un père peut-il abandonner ses enfants ? La composition même de ce psaume révèle le cheminement spirituel que le prophète propose au peuple.

Une composition qui donne sens

À première lecture, cette prIère ne semble pas très construite. On a l’impression de passer sans cesse du péché à la délivrance. Pourtant ce passage n’est-Il pas le modèle du passage intérieur à opérer ?

L'auteur commence en rappelant les actions de Dieu autrefois (63,7-14). Le message est la « fidélité » indéfectible de Dieu envers son peuple, à travers les événements de l’histoire. Ce mot « fidélité » (traduit par « bienfaits » dans la TOB) revient deux fois dans le verset initial. Les actions de Dieu vont crescendo : Israël est appelé (v. 8), protégé (v. 9a), délivré (v. 11-12) et enfin conduit à la liberté (v. 13-14). En face de ces actions, comme s'il était sourd, le peuple demande : « Où est Dieu ? » (v. 11). Cette première partie dévoile le quiproquo : Dieu agit, mais Israël ne le reconnaît pas à l’œuvre dans son histoire.

C'est la deuxième partie qui révèle la cause de cette incompréhension : le péché (63,15 – 64,3). Ici le style est plutôt la lamentation. L’auteur implore l’intervention personnelle de Dieu, plaidant pour une manifestation encore plus grandiose que celle du Sinaï : « Ah ! si tu déchirais les cieux et si tu descendais... " 63,19b).

Ce qui permet de sortir de cette situation, c'est la foi en la justice de Dieu (64,4-6). Le prophète insiste sur la différence essentielle entre la justice de Dieu et celle des hommes. Dieu va-t-il abandonner Israël à sa culpabilité ?

L’aveu du péché, de l’éloignement d’Israël va être le chemin du salut : une nouvelle supplication des fils pécheurs au Père des cieux va clore la prière (64,7-11). À cet appel dramatique, le prophète proclame la foi d’Israël : « Maintenant, notre Père, c’est toi ! ». Ainsi le Dieu qui agissait depuis le début de l'histoire d’Israël continue d'agir aujourd’hui.

Notre Dieu est un père

Suivre le plan de cette prière prophétique en laisse entrevoir la richesse théologique. L’affirmation majeure, qui fonde cette supplication collective, est la paternité de Dieu envers Israël. Elle est affirmée deux fois (63,16; 64,7) et expliquée à chaque fois.

Dieu est père parce qu'il est créateur : « C'est nous l’argile, c’est toi qui nous façonnes, tous, nous sommes l’ouvrage de tes mains » (64,7). Dieu modèle l’homme comme dans le récit de la Genèse : il est potier et nous sommes dans ses mains. Si l’homme échappe à son Dieu, comme le fait Israël pécheur, il n'est plus bon à rien, il n'existe même plus.

« C'est toi, Seigneur, qui es notre Père, notre rédempteur depuis toujours : c’est là ton nom » (63,16). Dans la Bible, le rédempteur (goel) est le défenseur de la famille, le vengeur et le libérateur des siens. Dans le contexte de l’Exode, le rédempteur a fourni la somme d’argent pour libérer les esclaves. Ainsi Dieu a-t-il racheté son peuple, son parent. Cet acte d’amour familial appelle, en retour, la fidélité du peuple. Il n’est donc pas étonnant que le Deuxième Isaïe, parlant d’un nouvel Exode, ait développé ce thème de Dieu rédempteur. Le Nouveau Testament reprendra ce mot et l’appliquera au Christ qui a « donné sa vie en rançon (rédemption) pour la multitude ».

La prière chrétienne de l’Avent

La liturgie catholique fait lire des extraits de ce psaume pendant l’Avent, le premier dimanche de l’année B. Le découpage du lectionnaire (63,16b – 17.19b; 64,2-7) omet les bienfaits passés de Dieu et garde surtout le développement sur le péché du peuple (64,4-6), qui culmine dans cette constatation dramatique : « Tu nous avais laissés au pouvoir de nos péchés ». Mais la lecture liturgique s’achève quand même sur le v. 7 qui ouvre une espérance : « Seigneur, notre Père, c'est toi ! ».

© SBEV. Maurice Autané

 
Is 63,7-64,11
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org