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Exil
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Jérusalem
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Soupa Anne
Jérusalem durant le temps de l'exil
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Les plus beaux textes de la Bible sur Jérusalem datent du temps où Israël en fut privé...
 

Les plus beaux textes de la Bible sur Jérusalem datent du temps où Israël en fut privé. Dans ces lamentations du temps de l'exil sur la ville perdue se mêlent les regrets d'avoir mal agi et la silhouette d'une ville nouvelle espérée.

Lorsque les vaincus de Nabuchodonosor, roi des Chaldéens, regardèrent vers le soleil levant et prirent la route de l'Euphrate qui conduit à Babylone, ils laissèrent derrière eux Jérusalem incendiée, ses murailles éventrées et son Temple démoli, dépouillé de tout son mobilier. La ville qui faisait leur fierté n’était plus qu’un champ de ruines. Ce que Dieu avait donné était perdu !

Le temps des bilans

À Babylone, que ce soit sous la charge des corvées ou livrant leurs pensées au fleuve, les exilés ouvrent le temps des bilans.

Amère rétrospective des faits passés où se dégage d’abord le sentiment d’avoir été abandonné par Dieu, puis celui de l’avoir abandonné. Le Livre des Rois établit leur responsabilité dans la perte de la ville : “ Je rejetterai cette ville que j’avais élue, Jérusalem, et le Temple dont j'avais dit : Là sera mon Nom ” (2 R 23,27). Les rois ont été infidèles, idolâtres, persécuteurs de prophètes; “ ils ont fait ce qui déplaît au Seigneur ” (2 R 24,20).

Jérusalem, figure de tout ce qui est désormais perdu, devient le symbole de la terre d’Israël. Cette figure symbolique exprime les sentiments du peuple à l’égard de son Dieu.

Comme une femme

Les prophètes utilisent des images pour dire la trahison du peuple qui a oublié Dieu. Ils personnifient la ville, qui devient tour à tour épouse, fille, prostituée et veuve. “ Comment est-elle devenue une prostituée, la cité fidèle ? ” demandait jadis Isaïe (1,21). Dans son grand chapitre 16, Ézéchiel compare Jérusalem à une épouse infidèle. Dieu lui reproche de l’avoir abandonné pour les idoles de toutes les nations voisines, et d’avoir pratiqué des sacrifices humains. Elle est finalement pire que ses sœurs Samarie et Sodome, dont l'inconduite faisait déjà honte au peuple.

Mais l’affection sans bornes de Dieu le pousse à maintenir l’Alliance. Avec lui, l’avenir est toujours ouvert. Les Lamentations, dites de Jérémie, ont recours aux mêmes images :

“ Quoi ! Elle est assise à l'écart, la ville populeuse.
Elle est devenue comme une veuve, la grande parmi les nations.
Princesse parmi les provinces, elle est réduite à la corvée.
Elle passe des nuits à pleurer et les larmes couvrent ses joues.
Pas un qui la console parmi tous ses amants ” (Lm 1,1-3).

À leur tour, Jérémie (ch.6 et 8 et le Second Isaïe (42,24-25) dénoncent la méchanceté de Jérusalem et disent la déception de Dieu.

Une ville et une alliance nouvelles

Pourtant la colère de Dieu ne va pas jusqu’à son terme. Dieu pardonne toujours. Les prophètes s’emploient dans leurs oracles à annoncer la restauration que Dieu prépare pour son peuple. Ainsi Jérémie : “ Le Seigneur crée du nouveau sur la terre : la Femme recherche son Mari ” (Jr 31,22). Israël s’est repenti. Dieu se laissera trouver. “ Voici venir des jours – oracle du Seigneur – où la Ville sera reconstruite, depuis la tour de Hananéel jusqu’à la porte de l’Angle ” (Jr 31,28). Cette annonce va de pair avec le thème de la nouvelle Alliance, développé dans les versets suivants (v.31-34).

La ville des nations

Mais déjà les traits de cette Jérusalem nouvelle ne sont plus tout à fait ceux de la ville réelle. Les yeux qui la décriront sont chargés d’imaginaire. C’est très net dans la grandiose vision du Temple restauré que raconte Ézéchiel (ch. 40-48). Après une description minutieuse des futurs bâtiments, Ézéchiel détaille les portes de la ville selon une géographie idéale. Sa vision s’achève sur : “ Le nom de la ville sera désormais : “Le Seigneur est là” ” (Ez 48,35). La ville nouvelle est donc la cité de Dieu.

Le Second Isaïe se plaît à décrire sa beauté, ses “ habits les plus magnifiques ” (Is 52,2), ses fondations et son enceinte sont faites de pierres précieuses (Is 54,11-13) : c'est la "Nouvelle Jérusalem" (Is 60,1-6).

Enfin Jérusalem devient la ville de rencontre des nations, car son rayonnement attire les étrangers. En réalité, pour repeupler la ville avant qu’elle retrouve ses remparts. Néhémie doit obliger un judéen sur dix tirés au sort, à venir y habiter (Ne 11,1). Il fait valoir le fait qu’elle est la “ ville sainte ”, à cause de la présence de Dieu dans le Temple, reprenant ainsi une ancienne expression du Second Isaïe (48,2 et 52,1).

© SBEV. Anne Soupa

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org