510
Gloire
580
Isaïe
161
Jérusalem
72
Gruson Philippe
La gloire du Seigneur sur Jérusalem (Is 60)
Commentaire au fil du texte
 
Commencer
 
“ Fille de Sion, réjouis-toi ! Debout ! Rayonne car voici ta lumière... ”
 

“ Fille de Sion, réjouis-toi ! Debout ! Rayonne car voici ta lumière... ” Nous avons peut-être chanté ce magnifique poème que le Troisième Isaïe lançait, il y a 25 siècles en l’honneur de Jérusalem (Isaïe, chapitre 60). Pourquoi cette ville a-t-elle suscité un tel enthousiasme... qui dure toujours ?

Le prophète interpelle une femme anonyme. C’est notre chant, et non le texte d’Isaïe, qui la nomme “ Fille de Sion ”. Qui est donc cette femme couchée dans les ténèbres, puis toute illuminée : une reine ? Et qui sont ses fils ? Le v. 6 évoque les caravanes de chameaux qui arrivent vers elle et le v. 7 parle du Temple et de son autel. Enfin le v. 10, avec “ tes murailles... tes portes ”, annonce la ville qui ne sera nommée qu’au v. 14 : “ Ville du Seigneur, Sion du Saint d’Israël ”.

Cette lente levée de l’énigme, comme une tache de lumière dans la nuit qui s’élargit peu à peu, semble correspondre à la piètre situation de la ville au temps du prophète. Depuis le retour des premiers rapatriés, l'autel a été dégagé des ruines du Temple et le culte quotidien a repris en 537, mais la reconstruction véritable ne commencera qu’en 520, sous l’impulsion des prophètes Aggée et Zacharie. En attendant, le prophète prédit un avenir grandiose... à une ville pitoyable, avec ses murailles démantelées et ses rares habitants au milieu des ruines calcinées.

“ Tes fils arrivent de loin ”

Pour les grandes fêtes, les rapatriés se pressent au milieu des ruines. On voit même arriver des caravanes de Juifs de Babylonie, de Syrie et d'Égypte. Pour le prophète visionnaire, ces caravanes deviennent des cortèges arrivant de tous les royaumes. Jérusalem, encore meurtrie du siège de 587, voit revenir ses enfants, les Juifs dispersés dans tout l’Orient (v. 4). Et ceux-ci entraînent avec eux “ des nations et des rois ” (v. 3), des païens qui viennent adorer le Dieu unique dans son Temple. Les caravanes arrivent de Madian et de Saba, c’est-à-dire d'Arabie (v. 6-7). D’autres arrivent de toute la Méditerranée : Tarsis est le grand port phénicien au sud de l'Espagne. Les voiles de leurs navires ressemblent à des ailes de colombes et leurs cales sont remplies d’or et d’argent... ces richesses qui manquent tellement à Jérusalem (v. 8-9).

“ La maison de ma splendeur ”

Au terme de tous ces voyages se trouve la Maison du Seigneur, avec son autel où les prêtres immolent des bêtes en l'honneur du Dieu d’Israël (v. 7). Le prophète s’extasie devant les bois précieux importés du Liban, comme au temps de Salomon (V. 13). Le Temple n ‘est plus désormais que “ le socle des pieds (du Seigneur) ”, la base de son trône, mais il est promis à un avenir magnifique. Le prophète Aggée, en 521, annonce exactement le même prestige pour le Temple : “ La gloire future de cette Maison dépassera la première... et dans ce lieu j’établirai la paix ! ” (Ag 2,7-9). La situation est complètement retournée : même les anciens ennemis du royaume de Juda doivent reconnaître que la ville appartient au Seigneur (v. 14) !

“ L’œuvre de mes mains ”

Au-delà des portes brûlées et béantes, le prophète entrevoit déjà les portes neuves qui resteront toujours ouvertes. Plus aucun ennemi n’obligera à les fermer chaque soir pour pouvoir dormir en sécurité (v. 11). Pierre et bois seront remplacés par le bronze et le fer – la solidité et la force –, et ces métaux qui évoquent les armes et la guerre, laisseront place aux métaux précieux, étincelants : l’argent et l’or (v. 17). À maintes reprises le prophète évoque ces richesses des pays étrangers arrivant dans les bâts des chameaux (v. 5-6.9.16), comme au temps où la reine de Saba avait perdu le souffle devant toutes les richesses de Salomon (1 R 10,5). Matthieu saura s’en souvenir pour raconter l’arrivée des mages apportant l’or, l'encens et la myrrhe. Pour l’heure, la reine Jérusalem n’est qu’une petite fille qui se nourrit du lait des nations et des rois, comme une enfant chérie et comblée par ses parents (v. 16).

Une ville sans aucune violence ! Quel rêve merveilleux, quand on sait que la toute première ville de l’humanité – d’après la Bible – fut fondée par Caïn (Gn 4,17) ! Les remparts de la future Jérusalem ­­– la “ ville de paix, de justice ” (v. 17), se nommeront seulement “ Salut ” et ses portes “ Louanges ” (v. 18). Mais il y a plus : la ville-lumière n’aura même plus besoin du soleil ni de la lune : la gloire de Dieu sera sa lumière et sa splendeur (v. 19-20). Sa présence permanente fera de tous ses habitants des justes, “ l’œuvre de ses mains ” (v. 21). La preuve en sera d’ailleurs cette bénédiction incroyable qui fera multiplier la population : “ des milliers, des myriades ” (v. 22).

Six siècles plus tard, un autre prophète visionnaire, Jean, l’auteur de l'Apocalypse, reprendra ces images radieuses. Il verra même la Jérusalem idéale “ descendre du ciel, d’auprès de Dieu, comme une fiancée parée pour son époux ” (Ap 21,2). Elle n'aura même plus besoin de Temple, puisqu’elle aura la présence même de Dieu et de l’Agneau (21,22-26), cet Agneau qui a déclaré un jour, lors d’une fête des Tentes à Jérusalem, “ Je suis la lumière du monde ”.

© SBEV. Philippe Gruson

 
Is 60
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org