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Jérusalem
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Jésus
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Autané Maurice
Jésus et Jérusalem
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Entre Jésus et Jérusalem, il y a une histoire tumultueuse où amour et déception se mêlent...
 

Entre Jésus et Jérusalem, il y a une histoire tumultueuse où amour et déception se mêlent. Le Fils de Dieu pouvait-il mourir et ressusciter en dehors d'elle ? Elle est l'aboutissement de sa vie et le point de départ de ceux qui le proclameront jusqu'aux extrémités de la terre.

Dès le commencement des évangiles de Matthieu et de Luc, nous sommes transportés à Jérusalem. Nous vivons les dernières années du règne d’Hérode le Grand. Des lieux connus s’étalent sous nos yeux : Nazareth, Bethléem et, bien sûr, Jérusalem. La capitale de David est le lieu de plusieurs épisodes des évangiles de l’enfance : la vision de Zacharie dans le Temple (Lc 1,5-23), la venue des Mages auprès d'Hérode (Mt 2,1-12) et la présentation de Jésus au Temple à 40 jours (Lc 2,22-38). Douze ans plus tard, c’est la rencontre du jeune Jésus avec les docteurs de la Loi (Lc 2,41-52).

D’après les synoptiques

Quand Jésus s’est-il rendu Jérusalem ? Sur ce point, les quatre évangiles divergent. Les trois Synoptique, Matthieu, Marc et Luc ne signalent aucun séjour de Jésus à Jérusalem avant sa passion. Sa “ montée ” vers Jérusalem est une période importante, surtout chez Luc : “ Comme arrivaient les temps où il allait être enlevé du monde, Jésus prit résolument la route de Jérusalem ” (Lc 9,51). L’arrivée est racontée sur un ton dramatique : “ En voyant la ville, Jésus pleura sur elle ” (Lc 19,41). Jésus lance alors un oracle sur la ville. Il fera de même lorsque, portant sa croix, il sortira des remparts : “ Femmes de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi; pleurez sur vous et sur vos enfants ” (Lc 23,28).

Entre ces deux oracles, Jésus lance en public, dans le Temple, les paroles prophétiques qui annoncent la chute de la ville et la destruction du Temple. Peut-être est-ce la cause de sa condamnation à mort ? Le Temple est le cœur du peuple Juif : le grand lieu de la prière, des sacrifices et des grandes fêtes liturgiques. Les disciples s'extasient devant son architecture imposante : “ Maître, regarde : quelles pierres, quelles constructions ! ” (Mc 13,1).

Essayons de nous représenter les lieux. Le Temple était composé de zones concentriques entourant la présence de Dieu. La plus extérieure : le grand parvis des païens, puis celui des femmes, celui des hommes, enfin celui des prêtres autour de l’autel des sacrifices. Le sanctuaire proprement dit était une enfilade de trois pièces : le vestibule, largement ouvert, puis la grande salle appelée “ le Saint ”, où des prêtres venaient offrir l’encens deux fois par jour et entretenaient les lampes du grand chandelier à sept branches ; enfin une petite salle obscure, “ le Saint des Saints ”, vide, où le grand prêtre ne pénétrait qu'à la fête de Kippour.

Durant la dernière semaine, dit Luc, “ Jésus passait le jour dans le Temple à enseigner et il sortait passer la nuit sur le mont des Oliviers ” (Lc 21,37). Cette colline, à l’est de la ville, de l’autre côté de la vallée du Cédron, domine le Temple. De là, Jésus peut redescendre vers Béthanie, où il va séjourner chez des amis, Marie, Marthe et Lazare.

D’après saint Jean

L’évangile de Jean rapporte cinq montées de Jésus à Jérusalem (2,13.23 ;+ 4,45; 5,1; 7,1-2; 10,22; 12,12). On pense volontiers, aujourd’hui, que cet évangile est plus proche de la vérité historique; il est d’ailleurs celui qui connaît le plus précisément les lieux de Jérusalem.

Quand Jésus monte à Jérusalem, c’est pour se rendre au Temple, l'un des lieux importants de l’évangile. Jean mentionne des montées de Jésus pour les fêtes de Pâque (2,13; 11,55), des Tentes (7,2), de la Dédicace (Hanoukka : 10,22) et pour une fête Indéterminée (5,1). Jésus va prier au Temple, mais on ne le voit jamais participer à un sacrifice. Lorsqu’on lit l’évangile comme croyant, on comprend que le centre de la fol se déplace : la présence de Dieu n’est plus liée au Temple mais à la personne même de Jésus, cœur de la vie des croyants. À travers ses récits, Jean va opérer progressivement ce passage.

Dans L’épisode des vendeurs qu’il chasse, Jésus rappelle la fonction première du Temple, lieu de la rencontre de Dieu, de la prière. Aux ch. 7 et 8, Jésus revient pour la fête des Tentes et le Temple devient son lieu d’enseignement. Au ch. 9, Jésus guérit un aveugle-né, mais en dehors du Temple, à la piscine de Siloé. Il s’agit probablement du bassin qui recueille, encore aujourd’hui, l’eau de la source de Guihôn amenée par le canal d’Ézéchias.

Les jours de la passion

Les quatre évangiles se rejoignent pour les événements de la Passion. Pour les Synoptiques, c’est l’aboutissement de la grande montée à Jérusalem, le lieu où les paroles et les actes de Jésus prennent leur sens définitif dans sa mort et sa résurrection. Le Temple devient le lieu symbolique de l'affrontement de Jésus avec ses adversaires. Le Cénacle, l'endroit du dernier repas, est présenté comme “ une vaste pièce à l'étage ” d’une maison privée (Mc 14,14-15). Le site traditionnel que visitent les pèlerins chrétiens se situe au sud-ouest de la ville, en dehors des remparts depuis le XVIe s. Au rez-de-chaussée, dans la synagogue actuelle, remontant aux premiers siècles, les Juifs vénèrent la tombe de David.

Les chrétiens s'unissent à la prière de Jésus au Jardin de Gethsémani, dans une église le long du Cédron, au pied du mont des Oliviers. Une ancienne tradition conservée par les Arméniens situe le palais de Caïphe tout près du Cénacle, devant la porte de David. L’archéologie l’estime fiable. Quant au palais de Pilate, le Prétoire, après l’avoir placé au nord du Temple, dans la forteresse Antonia (l’actuel couvent Notre-Dame de Sion) on s’accorde à le situer près de la Citadelle (ou Tour de David), dans le palais d’Hérode le Grand. Le chemin de la croix traditionnel, la via dolorosa, part donc de l'Antonia et emprunte les ruelles et les souks. La piété des Latins y a imaginé les quatorze “ stations ” du chemin de croix pour méditer les épisodes des récits évangéliques et ceux des apocryphes (Véronique, les trois chutes, etc.)

Le lieu de la crucifixion est nommé par les quatre évangiles : “ Jésus gagna le lieu du Crâne, qu’en hébreu on nomme Golgotha. C'est là qu’ils le crucifièrent ” (Jn 19,17-18). Il était en dehors des remparts, mais pas trop éloigné. Aujourd’hui, à l’intérieur du Saint-Sépulcre, le lieu du Calvaire se trouve sur un reste de l’éminence rocheuse qu’était le Golgotha. Provenant de carrières abandonnées, il était devenu un cimetière : plusieurs tombes juives du premier siècle y sont encore visibles. La tombe Jésus est décrite dans les évangiles comme une cavité fermée par une lourde pierre ronde; elle était donc semblable à de nombreuses tombes juives de l’époque, visibles aujourd’hui. Mais elle a été entièrement détruite vers l'an 1000.

À cet emplacement, beaucoup de chrétiens vénèrent le lieu de résurrection de Jésus. Nous entrons ici dans domaine de la foi. Le matin de Pâques, le tombeau était vide : il ne contenait plus que des linges mortuaires. Désormais le Christ vivant n’est pas plus à Jérusalem qu’ailleurs. Il est là où vivent ses disciples : ceux qui sont devenus ses témoins jusqu’aux extrémités de la terre.

© SBEV. Maurice Autané

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org