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Jérusalem
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Luc
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Stricher Joseph
Jérusalem dans l'Évangile de Luc
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Dans son évangile, Luc accorde une grande place à Jérusalem...
 

Dans son évangile, Luc accorde une grande place à Jérusalem. À lui seul, il nomme la ville aussi souvent que les trois autres évangiles réunis. Il structure même l'ensemble de son œuvre – Évangile et Actes – autour de la Ville sainte.

Son évangile commence et se termine à Jérusalem. La mention de la ville délimite en quelque sorte le récit des activités de Jésus en milieu juif. Les Actes des Apôtres, eux, commenceront à Jérusalem et se termineront à Rome. Le changement de ville indique que le centre de gravité s’est déplacé : Jérusalem n’est plus le “ nombril du monde ”. L’annonce de la bonne nouvelle, commencée en milieu Juif, se fait maintenant en milieu païen. Regardons de plus près la place de la ville dans l’évangile de Luc et le rôle d’aimant qu’elle semble exercer sur l’activité de Jésus.

Jérusalem dans l’évangile de l’enfance

La première et la dernière séquence de l’évangile de l’enfance se déroulent dans le Temple de Jérusalem. Dans la première scène (1,5-25), l’ange Gabriel annonce la naissance de Jean Baptiste à un prêtre âgé, époux d’une femme stérile. Zacharie est incrédule et devient muet jusqu’à la naissance de l’enfant. Dans la dernière scène (2,22-39) un homme et une femme de Jérusalem, âgés tous les deux, accueillent Jésus dans le Temple. Syméon voit dans le bébé “ le salut préparé face à tous les peuples ” et la prophétesse Anne “ parle de l’enfant à tous ceux qui attendaient la libération de Jérusalem ”.

Jérusalem symbolise Israël. Certains de ses habitants ont cru en Jésus. Ils ont vu en lui l’accomplissement des promesses de salut. D’autres n’ont pas cru et spécialement les gens du Temple, les Sadducéens. La religion s’y épuise dans un fonctionnement rituel et stérile. Elle n’arrive plus à annoncer la bonne nouvelle du salut.

Non loin de Jérusalem, par contre, dans une ville de Judée, une Jeune femme chante : “ Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit s’est rempli d’allégresse à cause de Dieu mon Sauveur ” (1,46). La vraie foi d’Israël n’est plus réservée aux personnes d’une caste ou d’un sexe. Elle ne se dit plus dans le Temple de Jérusalem, mais à la campagne, dans la maison de Zacharie et d’Élisabeth. Anticipation des maisons qui accueilleront les communautés chrétiennes dans les Actes : depuis la chambre haute de Jérusalem, le jour de la Pentecôte, jusqu’à la maison que Paul loue à Rome (Ac 28), en passant par celle de la mère de Jean Marc à Jérusalem (Ac 12) et tant d’autres.

Deux récits hautement symboliques

Deux petits récits assurent la transition entre l’évangile de l’enfance et les débuts de la vie publique de Jésus. Jérusalem y tient une grande place. Le premier récit (2,41-52) est propre à Luc. Jésus, âgé de douze ans, monte à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Dans le Temple, Il se comporte comme un maître en Israël et comme le Fils du Père. Nouvelle anticipation : celle de sa montée à Jérusalem et de sa prise de possession du Temple pour en chasser les vendeurs et y enseigner. Première parole de Jésus : “ Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? ”, qui annonce la dernière : “ Père entre tes mains je remets mon esprit ”.

Le second récit est celui des tentations (4,1-13). Luc puise aux mêmes sources que Matthieu, mais intervertit l’ordre des deuxième et troisième séquences. Chez lui, la dernière tentation se déroule au Temple : “ Si tu es le Fils de DIeu, jette-toi en bas ” dit le Tentateur. Annonce de l’épreuve décisive qui attend Jésus et du ricanement des chefs qui le mettront au défi de descendre de la croix : “ Il en a sauvé d’autres; qu’il se sauve lui-même s’il est le Messie de Dieu, l’élu ! ”

Le départ vers Jérusalem

Après son baptême, Jésus commence son activité en Galilée et la poursuit en Samarie et en Judée. À première vue, c'est le même schéma que dans l’évangile de Marc. Il y a pourtant des différences significatives. À part un bref passage au pays des Gergéséniens (Lc 8,26), on ne trouve pas trace chez Luc d’une activité de Jésus en dehors du pays des Juifs. Il ne passe pas à Bethsaïde (Mc 6,45), ni à Tyr et Sidon (Mc 7,24.-31), ni en Décapole, à l’est du Jourdain (Mc 7,31). Quand Luc rapporte la confession de Pierre en Jésus messie, il ne la situe pas vers Césarée de Philippe (comparez Lc 9,18 et Mc 8,27). On a l’impression que l’itinéraire de Jésus est orienté exclusivement sur Jérusalem.

Cette impression se renforce à partir de 9,51 : “ Or, comme arrivait le temps où il allait être enlevé du monde, Jésus prit résolument la route vers Jérusalem ”. Dans la scène de la Transfiguration qui s’est déroulée peu avant, Luc avait noté que Moïse et Élie parlaient avec Jésus de “ son départ (son “exode”) qui allait s’accomplir à Jérusalem ” (9,31). Jésus prend maintenant la route de Jérusalem où se fera son départ décisif, le nouvel exode vers le Père.

La marche royale vers Jérusalem

Dans la partie centrale de son évangile (ch. 9 – 18), Luc présente l’activité de Jésus comme une longue marche vers Jérusalem. Jésus marche résolument vers la ville de son destin et il entraîne ses disciples à sa suite. Plus question pour eux de s’arrêter en chemin, même pas pour enterrer un père (9,59-60). C'est une marche royale. Le “ fils du Très-Haut ” monte à la ville royale pour prendre possession du “ trône de David son père ”, comme l’ange l’avait annoncé à Marle (1,32).

Au fur et à mesure que Jésus s’approche de Jérusalem, le caractère royal de sa visite s’accentue. À la manière des rois hellénistiques qui visitaient les grandes villes de leur royaume et rendaient la justice aux portes des villes, Jésus s’arrête à l’entrée des localités traversées et y exerce son pouvoir reçu de Dieu. À l’entrée de Jéricho, il s’arrête et fait comparaître un aveugle qui en appelle au “ fils de David ”. Il l’interroge et prononce une sentence de salut (18,35-43). Ni les disciples ni les habitants de Jérusalem ne comprennent le sens de cette marche.

À l’approche de Bethphagé et de Béthanie les disciples veulent préparer un cortège royal. Dans la descente du mont des Oliviers ils acclament “ le roi qui vient au nom du Seigneur ”. Mais ils ne comprennent pas la manière très particulière dont celui-ci envisage sa royauté (18,31-34). Ils n’ont pas vu que Jésus l’exerçait aux portes de Jéricho au profit d’un mendiant aveugle, exclu de la société. Ils ont même été un obstacle entre lui et Jésus (18,39).

La ville de Jérusalem ne comprendra pas davantage. À son approche Jésus pleure sur elle : “ Si tu avais su en ce jour comment trouver la paix ! Tu n’as pas reconnu le temps où tu as été visitée ” (19,41-44). Selon l’évangéliste, la destruction de la ville est la Juste punition de Dieu pour son aveuglement.

Demeurez dans la ville

L'évangile s’achève où il a commencé, à Jérusalem. Jésus a été exécuté par les chefs de la ville, aidés par les Romains. Ressuscité, il y apparaît à ses disciples le jour de Pâques et leur demande de rester dans la ville jusqu’à ce qu’ils soient revêtus de la puissance de l’Esprit Saint. Les disciples d’Emmaüs qui quittaient la ville y retournent après avoir rencontré le Christ sur leur chemin. À la sortie de la ville, au mont des Oliviers, Jésus se sépare des siens, qui vont dans le Temple pour bénir Dieu.

Un cycle est bouclé. Un autre commence à Jérusalem, le jour de la Pentecôte, qui s’achèvera à Rome. Après le temps de Jésus et de sa mission auprès d’Israël c'est le temps de l'Esprit et de l’envoi vers les païens. Jérusalem a Joué un rôle irremplaçable dans l’histoire du salut. Elle continuera à le jouer si elle s’ouvre à tous les peuples : “ On prêchera au nom du Christ la conversion et le pardon des péchés à toutes les nations, à commencer par Jérusalem ” (Lc 24,47).

© SBEV. Joseph Stricher

 
 
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