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Jérusalem
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Rameaux
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Autané Maurice
L'entrée de Jésus à Jérusalem
Commentaire au fil du texte
 
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Pour les chrétiens, tout commence et se termine à Jérusalem...
 

Pour les chrétiens, tout commence et se termine à Jérusalem. Les évangiles synoptiques et Jean divergent pour raconter le ministère de Jésus, mais ils se rejoignent étonnamment pour présenter les derniers jours à Jérusalem, à commencer par l'entrée triomphale du jour des Rameaux. Comment la racontent-ils ?

La lecture des quatre récits donne le ton : nous sommes lancés dans un joyeux cortège pour acclamer le Messie. Mais ce triomphe des Rameaux ne cache-t-il pas le drame qui attend Jésus ?

Chez Matthieu (21,1-11)

On repère trois étapes dans cette entrée à Jérusalem chez Matthieu (comme en Marc 11,1-10). La première est racontée en 21,1-7 : c’est la préparation. Ce n’est pas tant l’entrée même de Jésus qui émeut, mais la puissance symbolique de la ville, liée à l’identité de celui qui va y entrer. Jésus et ses disciples font une halte sur le mont des Oliviers. Selon le prophète Zacharie, c’est sur cette colline que Dieu posera ses pieds à la fin des temps (Za 14,4).

À l’ânon de Marc, Matthieu ajoute une ânesse (v. 2) et un peu plus loin, il écrit que Jésus “ s’assit sur eux ” (v. 7), Etrange équipage pour un seul homme ! Comment chevaucher deux montures à la fois ? La réponse se trouve dans la parole de l'Écriture citée aux v. 4-5 : l'oracle de Zacharie (9,9) parlait du Roi “ monté sur une ânesse et sur un ânon ” et il s’accomplit ici. Cet oracle est d’ailleurs adressé à Jérusalem grâce à la citation de Is 62,11 : “ Dites à la fille de Sion... ”. Entrant dans Jérusalem, Jésus s’engage sur le chemin de sa passion en pleine liberté, avec la lucidité d’un prophète. Il vient accomplir les Écritures. Le Messie pénètre dans la ville, mais sur une monture peu glorieuse, symbole d’humilité et de paix. Jésus est le roi “ doux et humble de cœur ” (11,29) qui s’offre à l’accueil ou au refus de la ville sainte.

La deuxième étape du récit est le cortège (21,8-9) où Matthieu évoque une grande foule Le contexte est celui de la fête des Tentes, marquée par l’attente de la venue du Messie. En brandissant les rameaux rituels (Lv 23,40), les pèlerins chantaient le Psaume 118, dont une acclamation est reprise ici : “ Hosanna (= Sauve donc) ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! ” Pour Matthieu, Jésus est ce Messie attendu.

Enfin l’entrée à Jérusalem proprement dite (21,10-11). La réaction des habitants de la ville est plus mitigée. D’abord la ville est “ secouée ” comme elle le sera à la mort de Jésus (27,51). Matthieu met en lumière le contraste entre les villageois des environs qui acclament Jésus et les gens de la ville, sceptiques, qui ne voient en lui qu’un Galiléen fauteur de troubles. Ainsi Matthieu s’attache à dessiner, dès l’entrée à Jérusalem, les prémices de l’affrontement entre Jésus et la ville qui le refusera.

Chez Luc (19,28-40)

Les préparatifs de l’entrée en ville (v.28-34) suivent l’ordre de Matthieu et Marc. Cependant Luc ne cite pas Zacharie 9,9 (ni Is 62,1). Il insiste sur la mission des deux disciples chargés de ramener l’ânon, pour bien souligner le caractère prophétique de l’ordre de Jésus les envoyant au village. S’il ne cite pas l’oracle de Zacharie, Luc parle tout de même de l’ânon et présente Jésus comme le Roi.

La scène du cortège royal (v. 35-38) comporte une originalité : c’est uniquement la multitude des disciples de Jésus qui l’acclame comme le Roi-Messie, grâce à une addition dans l’invocation du Ps 118 : “ Béni soit celui qui vient, lui, le Roi, au nom du Seigneur ! ” Il n’y a donc pas de grande foule avec des rameaux à la main; les habitants de la ville ne se manifestent pas, mais seulement le groupe des disciples. La scène de l’entrée à Jérusalem se termine sur cette joyeuse acclamation des disciples.

Chez Jean (12,12-19)

Même si le fonds du récit de Jean rejoint celui des trois autres, son texte est assez différent. Contrairement à son habitude, le récit est très sobre et l’accent est mis sur le Christ qui ne parle pas : c’est uniquement sa manière d’être qui est parlante. L'entrée à Jérusalem se déroule le jour suivant l’onction de Jésus à Béthanie, juste après la résurrection de Lazare. La renommée de Jésus a été encore renforcée par ce miracle, ce signe. L'acclamation de “ la foule nombreuse ” venue accueillir Jésus avec des rameaux s’explique bien dans ce contexte. L’arrière-fonds messianique est bien présent puisque cette foule reprend le Hosanna ! du Ps 118 et Jean, seul, ajoute que “ celui qui vient ” est “ le roi d’Israël ” (v. 13).

Jean va préciser de quelle royauté il s’agit en s’appuyant sur l’Écriture. Au v. 15 il cite Zacharie 9,9 : l’annonce d’un Messie humble et pacifique. Le contraste est fort entre la foule qui acclame un roi accomplissant de grandes choses et le messianisme de Jésus. L’accueil de Jésus (v. 17-19) est le même que chez les Synoptiques : parce qu’ils ont vu Lazare ressuscité, la foule l’acclame et le suit. Par contre, les Pharisiens s’opposent à lui fortement. Là encore, tout est mis en place pour l'affrontement décisif.

© SBEV. Maurice Autané

 
Mt 21,1-11
1Lorsqu'ils approchèrent de Jérusalem et arrivèrent près de Bethphagé, au mont des Oliviers, alors Jésus envoya deux disciples
2en leur disant : « Allez au village qui est devant vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et un ânon avec elle ; détachez-la et amenez-les-moi.
3Et si quelqu'un vous dit quelque chose, vous répondrez : "Le Seigneur en a besoin", et il les laissera aller tout de suite. »
4Cela est arrivé pour que s'accomplisse ce qu'a dit le prophète :
5Dites à la fille de Sion  : Voici que ton roi vient à toi, humble et monté sur une ânesse et sur un ânon, le petit d'une bête de somme.
6Les disciples s'en allèrent et, comme Jésus le leur avait prescrit,
7ils amenèrent l'ânesse et l'ânon ; puis ils disposèrent sur eux leurs vêtements, et Jésus s'assit dessus.
8Le peuple, en foule, étendit ses vêtements sur la route ; certains coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route.
9Les foules qui marchaient devant lui et celles qui le suivaient, criaient : «  Hosanna au Fils de David  ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient  ! Hosanna au plus haut des cieux ! »
10Quand Jésus entra dans Jérusalem, toute la ville fut en émoi  : « Qui est-ce ? » disait-on ;
11et les foules répondaient : « C'est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée. »
Jn 12,12-19
Lc 19,28-40
Mt 21,1-11
 
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