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Cité de Dieu
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Jérusalem
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Jérusalem céleste
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Soupa Anne
La Jérusalem céleste dans le Nouveau Testament
Théologie
 
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Jésus est mort à Jérusalem. Il est ressuscité à Jérusalem...
 

Jésus est mort à Jérusalem. Il est ressuscité à Jérusalem. Cette ville est donc pour les chrétiens un lieu unique au monde. Pourtant, sa place est relative. Dès les premières générations, les communautés ont essaimé au loin, désormais tendues vers une autre cité, “ descendue du ciel ” : la Jérusalem céleste.

Le fait que la mort de Jésus ait lieu à Jérusalem permet déjà de supposer que la ville a été pour quelque chose dans ce dénouement tragique. Sans revenir sur le projet de Luc pour qui la montée à Jérusalem est le but de la vie de Jésus, remarquons que, pour les trois autres évangélistes, Jérusalem est sans équivoque la ville qui refuse d’accueillir Jésus.

La ville du refus

Pour Marc, cela se voit à plusieurs indices, de plus en plus marqués depuis l’entrée de Jésus à Jérusalem jusqu’à sa mort. Jésus se heurte d’abord aux autorités juives (Mc 11,27 – 12,40). Il dénonce alors un culte et des pratiques religieuses perverties (Mc 13,24-27), puis prédit la chute de la ville et la profanation de son Temple (Mc 13,14-20). Mais le voile déchiré du Temple montre que la fonction sacrée du sanctuaire est désormais révolue (Mc 15,33-38). Pour Marc, Jérusalem est sortie de l’histoire. Matthieu amplifie le thème en l’intégrant à l’enfance de Jésus : on se souvient qu’Hérode s’allie aux grands-prêtres et aux scribes de la ville (Mt 2,3) et qu’à leur retour, les mages évitent Jérusalem.

Chez Jean, l’hostilité de la ville est suggérée par Jésus lui-même qui se retire de la ville quand on complote contre lui (Jn 10,40-42) et ressuscite Lazare, son dernier miracle, hors de la ville (Jn 11,1-43). C’est aussi Jean qui porte le coup le plus dur de tout l’Évangile à l'encontre de Jérusalem : il “ délocalise ” le Temple, ce temple qui fonde depuis Salomon la prépondérance religieuse de la ville. Le vrai Temple, dit Jean, c'est Jésus (Jn 2,21).

Ainsi, non seulement les trois évangélistes pointent du doigt la responsabilité de Jérusalem, ville de la souffrance et de la mort du Juste, mais ils mettent fin à son rôle religieux. La mission peut donc se déployer partout. La Parole de Dieu n'a plus de frontières.

Le Temple de Jérusalem : des figures

Ce que les évangélistes ont fait à travers des récits, Paul, de son côté, va s’employer à le démontrer avec des concepts. Le problème, pour lui, est de montrer que ce Christ est bien le Dieu des promesses et de l’Alliance, le Dieu des Écritures. Paul a donc recours aux piliers de la foi juive pour en montrer l’accomplissement en Jésus. Parmi ceux-ci, nous retrouvons le Temple et Jérusalem. Paul va donc s'efforcer de montrer que l'un et l’autre ne sont pas des réalités matérielles, mais des figures.

Il réfléchit d’abord sur le Temple véritable. Il explique aux Corinthiens que chaque fidèle est Temple de Dieu parce que l'Esprit habite en lui; la communauté chrétienne est le Temple nouveau (1 Co 3,16-17). Plus besoin donc de se rendre à Jérusalem pour le culte; le vrai culte, c'est de construire le corps du Christ. Paul a défini une première étape; Jérusalem n’est plus nécessaire. Mais Jérusalem est si souvent citée dans les Écritures que Paul doit en rendre compte, d’une façon ou d'une autre.

Deux femmes, deux alliances, deux villes

C’est ce qu’il fait, presque dans le même temps, vers l’année 58, dans sa Lettre aux Galates. En Ga 4,21-31, il introduit cette notion nouvelle qu’il y aurait une Jérusalem actuelle et une Jérusalem d'en haut “ libre, qui est notre mère ”. Une fois cette figure posée, le champ est libre pour décrire cette cité d'en haut. Premier niveau : Paul, dans l’épître aux Philippiens, s'appuie sur cette figure qu’il a définie pour affirmer que les chrétiens ne sont pas totalement investis dans les réalités d’en bas, mais qu’ils sont tendus vers les réalités d’en haut, précisément contenues dans cette cité des cieux. “ Beaucoup ont pour dieu leur ventre; ils n’apprécient que les choses de la terre. Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux ” (3,19-20). Quand on sait comme il était vital pour un homme de l’Antiquité d’appartenir à une cité, on mesure le talent de Paul et la force de sa proposition.

De Jérusalem à Rome

Pendant que s’établissait le travail théologique que nous venons d’exposer, les premières communautés se déployaient sur le pourtour du bassin méditerranéen. Il est Intéressant de voir comment le livre des Actes des Apôtres, non sans intentions théologiques, décrit cette expansion. En effet, ce livre est comme tendu entre Jérusalem, ville du début du livre, et Rome, cœur de l’empire, horizon de la marche des Apôtres, terme du livre.

Les Actes commencent à Jérusalem, là où Jésus ressuscité demande aux Apôtres de rester (Ac 1,4). En effet, plusieurs actes fondateurs doivent encore y avoir lieu. C'est le lieu de l’Ascension de Jésus. Il y prononce ses dernières paroles, annonçant la venue de l’Esprit et l’envoi des disciples “ jusqu'aux extrémités de la terre ” (Ac 1,8). Le récit de la Pentecôte, à son tour, montre la place centrale de Jérusalem comme lieu où s’ancre le témoignage à venir. Mais bientôt, sous l’effet des premières persécutions, les disciples quittent la ville pour la Samarie (Ac 8,4).

La ville du témoignage

Jérusalem reste néanmoins fortement présente, sous une double fonction. Elle est d’abord le lieu où vit la première communauté chrétienne, l'Église mère qui exerce un droit de regard sur les jeunes fondations lointaines. C'est de là qu’on envoie les disciples en mission (Ac 8,14; 9,26-30; 11,22), on revient y rendre compte d’une mission (Ac 11,1-18; 15,12), les apôtres s’y réunissent (Ac 15; 21,17-19). Enfin, c’est à elle qu’est destinée la collecte des autres communautés (Ac 11,29-30). Jérusalem est aussi la ville de toute référence religieuse.

Les premiers chrétiens, pour la plupart d’origine juive, recevaient le message du Christ comme un prolongement de la révélation faite au peuple juif.

Quand Paul revient à Jérusalem après son séjour à Éphèse, il monte au Temple pour prier (Ac 21). Le récit de son arrestation en cet endroit, au motif de subversion, montre l’importance du lieu. Paul raconte aux Juifs les moments de sa conversion, il s’explique et se laisse mettre les chaînes. La nuit suivante, le Seigneur lui dit : “ De même que tu as rendu témoignage de moi à Jérusalem, aussi faut-il encore que tu témoignes à Rome ” (Ac 23,11). Jérusalem est donc pour les chrétiens des premières générations le lieu du témoignage, comme il l’a été pour Jésus.

La cité de Dieu

L'auteur de l’Epître aux Hébreux prolonge le travail accompli dans l'Épître aux Galates, en fondant le thème de la Jérusalem nouvelle sur le fait que Jésus est mort “ hors de la porte ”. “ Par conséquent, dit-il, pour aller à lui sortons en dehors du camp... Car nous n’avons pas ici-bas de cité permanente, mais nous recherchons celle de l'avenir ” (He 13,13-14). Au moment de la Guerre juive (66-70), en effet, les chrétiens ont quitté Jérusalem; ils pensaient ne plus rien avoir à y faire.

Enfin, prolongeant l’argumentaire théologique par des visions de poète, l’Apocalypse de Jean décrit la Jérusalem céleste, “ la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel de chez Dieu ” (Ap 21,2). La nouveauté de la ville est le signe d’une nouveauté absolue : “ Le premier ciel et la première terre ont disparu, et de mer, il n’y en a plus ” (Ap 21,1). Temps, peines, tout l’ancien monde s’en est allé...

Ainsi, les auteurs chrétiens, en transposant dans une figure la réalité historique de la ville, ont continué à définir Jérusalem comme la Cité de Dieu. Aussi, au mot de Jérusalem, dans la liturgie par exemple, c’est toujours l’image de la Cité de Dieu qui vient à l’esprit du chrétien.

© SBEV. Anne Soupa

 
 
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