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Psaumes
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Soupa Anne
Le Livre des Psaumes
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Le Livre des Psaumes n'est pas un livre comme les autres...
 

Le Livre des Psaumes n’est pas un livre comme les autres. Dans cette appellation de “Livre”, d’ailleurs, quelque chose sonne mal. Un psaume n’est pas un simple poème, c’est une parole chantée adressée à Dieu. Le mot “psaume” se dit “Mizmor" en hébreu et désigne un chant avec accompagnement musical. En grec le mot “Psaltérion”, désigne l’ensemble du livre. Il a donné le nom à l'instrument à cordes qui accompagne le chant. L’hébreu, quant à lui, appelle le livre "Tehilim", c’est à dire "hymnes".
Dans l’organisation du culte, au Temple de Jérusalem, il y avait des lévites spécialisés, des chantres, qui animaient les cérémonies. Tout permet donc d’affirmer l’importance du chant dans la prière juive.

Les psaumes ont été regroupés dans un livre. Mais si vous serrez des chants dans un livre, il y seront à l’étroit. S’il en est ainsi, c’est bien sûr parce qu’à l’époque où sont nés les psaumes, il n’existait ni ingénieur du son, ni disque laser. Les psaumes se sont donc longtemps conservés dans les mémoires des fidèles ; puis, ils ont fini par devenir un livre, d’un genre très particulier.

Un “livre-service”

Le livre des Psaumes ne raconte pas une histoire suivie. Il peut s’ouvrir à n’importe quelle page, se refermer au bout de quelques lignes, et jamais ce dont il parle ne dépayse vraiment son lecteur. Le mot de lecteur, d’ailleurs, pas plus que celui de livre, ne traduit fidèlement ce qui se passe entre le psaume et celui qui l’aborde.

Celui qui ouvre les Psaumes ne se contente pas de lire un texte. Son intention, avouée ou non, est de s’adresser à Dieu. Il trouve dans les psaumes un recueil de prières, un “livre-service” qui l’accompagne et le soutient dans son projet.

Il n’est donc pas étonnant que ce livre éveille, provoque, mobilise toutes les facultés d’une personne. Il parle aux sens, au cœur, à l’esprit, met à nu toutes les passions humaines, fait droit à la révolte, au refus, au scandale, conduit vers la béatitude.

Un livre interactif

Les situations mises en scène par le psalmiste n’ont rien d’exceptionnel ; ce sont la peur, l’angoisse, la joie. Le narrateur, qui dit “je” ou “nous” est assez discret pour que le lecteur puisse prendre sa place.

Aussi, le lien qui se noue entre ce lecteur et ce livre ne ressemble à rien de connu par ailleurs. Il se constitue au fil des années, avec la somme des expériences vécues par le lecteur, des impasses qu’il a contournées, des saluts qu’il a découverts.

On peut dire, sans chercher le paradoxe, que c’est le lecteur des Psaumes qui fait le Psautier. Le Psautier est d’aujourd’hui parce que ses lecteurs sont d’aujourd’hui.

Ces quelques remarques qui éclairent la vocation particulière du Psautier ne doivent pas nous faire oublier cependant que ce livre reste un livre mystérieux, sur lequel historiens et exégètes continuent à s’interroger.

Un “livre-collection”

D’après le classement de la Bible hébraïque, le Livre des Psaumes ouvre une troisième partie qui suit la Loi et les Prophètes, appelée les “Écrits”, et dans laquelle se trouvent également groupés les Proverbes et Job.

La constitution du livre s’est sans doute opérée en plusieurs temps. Il a d’abord existé des collections partielles, dont certaines datent de la royauté. On peut les repérer grâce au différents nom qu’elles donnent à Dieu (YHWH ou Elohim). Quand la vie cultuelle s’est institutionnalisée, vers la fin du IIIè siècle, elles ont été regroupées en un seul livre.

Cette formation progressive explique plusieurs anomalies, comme la répétition de certains psaumes (14 = 53 ; 40, 14-18 = 70 ; 57, 8-12 + 60, 7-14 = 108), ainsi que la présence de psaumes isolés en divers endroits de la Bible (Le cantique d’Anne : 1S 2, 1-10 ; Jon 2, 3-10, etc....). La Bible contient aussi des cantiques, regroupés en une quarantaine de textes dans l’ouvrage Prière du Temps Présent.

Un livre en plusieurs versions

On a retrouvé à Qumran (grotte 11) un grand rouleau de psaumes sur lequel ceux-ci ne sont pas rangés selon l'ordre que nous connaissons. A cette époque la présentation des psaumes n'était pas encore uniformisée.

Leur nombre varie selon les manuscrits. La Peshitta, une version syriaque datant du IIè siècle ap. J.C.. compte 155 psaumes.

La version grecque en a 151. Cette numérotation de la version grecque pose d'ailleurs des problèmes au lecteur d’aujourd’hui. A partir du psaume 10 elle prend un numéro de retard par rapport au recueil hébraïque. Elle réunit en effet les psaumes 9 et 10 sous le titre de psaume 9. Plus loin, elle regroupe aussi les psaumes 114 et 115 hébraïques, mais coupe par contre en deux les psaumes 116 et 147.

Cette différence n’est pas sans incidence sur le fidèle, car la version liturgique proposée par le Psautiers et la Liturgie des heures, est la version latine, la Vulgate, traduite par saint Jérôme à partir de la version grecque.        

Ex : Le texte qui porte le n° 115 dans la Bible hébraïque, correspondra à la seconde partie du psaume 113, versets 9 à 26, dans la numérotation du Psautier.

Une nouvelle histoire du salut

Le Livre des Psaumes comprend cinq parties (1-41 ; 42-72 ; 73-89 ; 90-106 ; 107-150) qui se terminent chacune par une doxologie, c’est à dire une bénédiction finale. Cette disposition, qui rappelle l’agencement de la Loi de Moïse en cinq livres, n’est pas fortuite. Elle fait de la lecture priante des psaumes une nouvelle histoire du salut.

De même que la Torah est attribuée à Moïse, une grande partie des psaumes (73) est attribuée à David. Mais, si David a certainement été un roi musicien et poète, il ne peut pas avoir été l’auteur de tant de psaumes, qui comportent parfois des indications chronologiques bien postérieures à son règne.

Pour le prestige, certains psaumes sont attribués à Salomon. D'autres semblent désigner des auteurs bien réels : comme Asaph, les fils de Coré, Hémân et Etan. Ces personnages étaient en effet des chantres du Temple.

Un rayonnement universel

Les psaumes sont devenus très tôt la prière de l’Église, tandis qu’ils n’ont jamais cessé d’être celle du peuple juif. Le Psautier a été le premier livre de l’Ancien Testament à être traduit en français, dès 1100, bien avant donc les autres livres bibliques. En 1977, parut la version œcuménique du Psautier, nouvelle traduction à l’usage des chrétiens francophones, qui encouragea le recours à cette prière.

Mais l’audience des Psaumes dépasse le cercle de ceux qui se reconnaissent d’Église. Nombreux sont les écrivains et les musiciens qui s’en sont inspirés. Nous avons peut-être entendu sonner dans nos oreilles un De Profundis avant de savoir qu’il s’agissait du début du psaume 130, et appris l'expression : “Qui sème dans les larmes moissonne dans la joie” sans connaître le psaume 126.

Par leur anonymat, par cette aptitude extraordinaire qu’ils ont à dessiner les vagues qui agitent les âmes, et aussi par cette audace avec laquelle ils affirment la proximité de Dieu, les psaumes sont le bien de tous, le support d’un questionnement sur notre propre identité.

© SBEV. Anne Soupa

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org