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Psaumes
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Gruson Philippe
Les familles de psaumes
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Quand il ouvre le psautier, le croyant peu habitué se demande comment s'y retrouver dans ces 150 prières...
 

Quand il ouvre le psautier, le croyant peu habitué se demande comment s’y retrouver dans ces 150 prières ? Pas de table des matières ni de classement, comme dans nos livres de cantiques. Alors, comment trouver le ou les psaumes gui conviennent à la prière du moment ? Un petit apprentissage s'impose.

Il suffit d’apprendre à reconnaître les grandes familles de psaumes, qui correspondent aux trois attitudes fondamentales de la prière : la louange, la supplication et l’action de grâce. Quelques autres familles de psaumes, propres à Israël, peuvent également être repérées. Mais rien ne remplacera Jamais l'expérience personnelle : les découvertes et les sélections que chacun peut faire en priant tel ou tel psaume.

Les psaumes de louange

On les appelle aussi les hymnes : ce sont des chants pour louer Dieu gratuitement sans autre demande que la reconnaissance de sa gloire sur toute la terre. C’est comme un compliment ou un langage amoureux : Je me réjouis de dire à celui ou celle que j’aime ce que j’admire en lui, en elle : sa beauté, ses qualités, ses réussites, bref, tout ce qui m'attire vers lui, vers elle. La louange est le premier réflexe de la prière biblique. C’est pourquoi les Juifs appellent le livre des Psaumes : « les Hymnes » (tehillim)

Les psaumes de louange commencent toujours par un invitatoire : le psalmiste invite ceux qui l’entourent à se Joindre à sa louange : « Venez, crions de joie pour le Seigneur » (95), « Chantez au Seigneur un chant nouveau » (96; 98). C`est le « triangle de la louange » : moi, les autres fidèles et Dieu, car on n'est jamais seul devant Dieu. Et même lorsque le fidèle est isolé, il s’invite lui-même à la louange : « Bénis le Seigneur, ô mon âme » 103; 104).

Puis les hymnes disent pourquoi louer Dieu. D'abord parce qu’il est sauveur: Il ne cesse de protéger et de sauver son peuple au long des siècles (ex. Ps 113; 114; 115). Ensuite on loue Dieu parce qu’il est le créateur : toute vie vient de lui. L’homme et la femme, créés à l’image de Dieu, sont comme les prêtres de l’univers : au nom de toutes les créatures, ils chantent celui qui bénit, qui fait vivre par amour (ex. Ps 8; 104; 148). Ces deux thèmes, salut et création, peuvent être liés, comme dans le célèbre Ps 136 (« car éternel est son amour ») : les v.1-9 louent l’amour du Dieu Créateur et les v.10-26, l’amour du Dieu Sauveur d’Israël.

Parmi les hymnes, trois sortes sont typiques de la prière d’Israël. D`abord les Psaumes du Règne qui acclament la Royauté de Dieu (Ps 47; 93; 95 à 99), puis les Cantiques de Sion qui chantent la présence de Dieu dans le Temple de Jérusalem (ex. Ps 48; 84; 87), et enfin les Cantiques de pèlerinage, qui rythment les « montées » des pèlerins vers Jérusalem (ex. Ps 122).

Les psaumes de supplication

Ces psaumes sont des cris d’appel dans la détresse, des demandes au Dieu qui peut sauver ses fidèles. Ils commencent toujours par des invocations : « Écoute, Seigneur, réponds-moi ! » (Ps 86), des cris : « Seigneur, au secours ! » (Ps 12), des questions : « Combien de temps vas-tu m’oublier ? » (Ps 13) et même des reproches : « Pourquoi, Seigneur, es-tu si loin ? » (Ps 10); « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Ps 22). Le ton est très direct.

Les situations difficiles sont variées : la maladie (Ps 41), la vieillesse (Ps 71), les fausses accusations (Ps 26), 1'exil (Ps 42-43) et aussi la culpabilité (Ps 32). Mais dans bon nombre de psaumes, ces situations restent floues, générales; c'est pour que chaque fidèle puisse projeter sa propre situation dans le psaume, sans être gêné par des données trop concrètes. Par exemple le Ps 88 – le seul qui n’exprime aucune espérance, sinon le fait même de crier vers Dieu – n’évoque aucune situation précise. Même dans ce désespoir, la prière reste possible et chacun peut reprendre ces mots pour dire sa souffrance devant Dieu.

Certains psaumes sont des supplications collectives; par exemple après une défaite militaire et une invasion (Ps 80), après la destruction du Temple (Ps 74), en exil (Ps 137), etc. C`est aussi dans ces circonstances pénibles que l’on trouve les confessions des péchés (Ps 106).

Les psaumes d’action de grâce

L’action de grâce ressemble parfois à la louange des hymnes, mais son originalité consiste à jaillir après une délivrance, après un bienfait de Dieu particulier. Ceux qui rendent grâce viennent de vivre une crise, une angoisse; ils ont peut-être frôlé la mort et ils ont fait l’expérience personnelle du salut. Leur psaume de reconnaissance proclame que Dieu est sauveur. L’action de grâce peut aussi, évidemment, être collective, voire nationale dans les grandes occasions, par exemple après une victoire du roi et de l'armée (Ps 18), pour la délivrance de Jérusalem (Ps 48), pour le retour des exilés (Ps 126), ou, tout simplement, pour la moisson, qui est un cadeau de Dieu à son peuple (Ps 67).

Dans bon nombre de psaumes de supplication éclatent des actions de grâce joyeuses. Pourquoi ce mélange ? Prenons le psaume 22 : après la longue supplication des versets 2-22 (« Tu ne réponds pas... ») vient le cri : « Tu m’as répondu ! » qui déclenche une action de grâce collective et même l’offrande d’un sacrifice. Le Psaume raconte d’abord la détresse, puis la réponse de Dieu, la libération, car ce sont les deux faces de l'expérience du salut. Le Psaume 107 (versets 4-32) en est un bel exemple. Chacune de ses quatre parties rappelle une situation pénible dont Dieu a délivré ses fidèles : des caravaniers égarés au désert, des prisonniers, des malades, des marins dans la tempête. Le psalmiste invite tous ces sauvés à venir au sanctuaire offrir un sacrifice d’action de grâce : en hébreu todah (« merci », en hébreu moderne), traduit en grec par « eucharistie ». Le Psaume 66 (versets13-17) évoque très bien ce sacrifice todah.

Une grande variété de prières

En dehors de ces trois grandes familles de Psaumes : la louange, la supplication et l'action de grâce, il existe encore une grande variété de prières. Sans vouloir les énumérer toutes, mentionnons les plus évidentes. Certains psaumes sont liés à des liturgies : par exemple le rite d’entrée au sanctuaire (Ps 15), la fête des Tentes (Ps 118) ou la procession de l'Arche (Ps 132).

D'autres Psaumes, peut-être liés au Temple, sont des prières de confiance, comme les célèbres Ps 16 (« Tu es mon héritage »), 23 (« Le Seigneur est mon berger »), 27 (« Le Seigneur est ma lumière ») et le minuscule 131 (« ...Comme un enfant contre sa mère »).

Certains Psaumes sont des méditations sur des thèmes chers aux sages : la condition humaine (Ps 139), la rétribution (Ps 73), la Loi de Dieu (Ps 19,8-15), le juste (Ps 112), le pouvoir (Ps 101). Il faut mettre à part le grand Psaume sur la Loi, le Ps 119, avec ses 176 versets en forme de litanie ou de rosaire, qui chante sur tous les tons l’amour de la Loi de Dieu, la recherche de sa volonté. D`autres méditations concernent l’histoire d’Israël, notamment l’histoire fondatrice des patriarches et de l'Exode (Ps 78; 105, 106).

Citons enfin les psaumes royaux, qui furent des prières pour le roi, avant l’exil probablement, et qui sont restées ensuite des prières pour le futur Messie : pour son avènement (Ps 72), pour son mariage (Ps 45), pour ses combats (Ps 20).

Livre exceptionnel dans toute la Bible, le Psautier ne se présente pas comme la Parole de Dieu aux hommes, mais comme la Parole des hommes à Dieu. Merveilleuse richesse des Psaumes qui offrent, dans toutes les situations humaines, « les mots pour le dire » !

© SBEV. Philippe Gruson

 

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org