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Psaumes
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Vengeance
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Violence
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Stricher Joseph
Le violence dans les Psaumes
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Comment prier des psaumes qui demandent à Dieu de massacrer les ennemis ? N'est-ce pas incompatible avec la foi chrétienne ?
 

Pendant longtemps le peuple chrétien a prié les psaumes sans les comprendre, il les chantait en latin. Avec la réforme liturgique le psautier fut traduit en français. Cette traduction ne rendit pas les psaumes plus compréhensibles, bien au contraire. Les mêmes personnes en effet qui chantaient sans problème leDixit dominus domino meo (Ps 110) découvrirent qu'il y avait quelque chose de pas très catholique dans ce chant. Quel rapport en effet y a-t-il entre le Dieu qui promets au roi de transformer "ses ennemis en escabeau pour ses pieds", qui "amoncelle les cadavres", qui "fracasse les crânes" et le Dieu de l'Evangile ?

Un langage étrange

Le peuple chrétien comprenait ce qu'il disait à Dieu et cela ne lui plaisait pas toujours. Il cessa d'ailleurs d'aller aux vêpres ! La liturgie n'abandonna pas les psaumes pour autant. Elle proposa de chanter, au cours de la messe du dimanche, quelques versets soigneusement choisis. Mais le langage biblique de l'Ancien Testament restait incompréhensible pour beaucoup et certaines chorales prirent rapidement l'habitude de remplacer le psaume par un cantique moderne.

Des appels à la vengeance

Les religieux (ses), les prêtres et les diacres adoptèrent par contre le psautier en français pour leur prière quotidienne. Dans les ordres contemplatifs on composa de nouvelles mélodies pour remplacer les tons grégoriens. Mais il restait une difficulté : la violence voire de la haine qui surgissait de certains psaumes. Comment en effet prier et chanter ceci :

"Dieu ! Casse-leur les dents dans la gueule ;
Seigneur, démolis les crocs de ces lions.
Qu'ils s'écoulent comme les eaux qui s'en vont !
Que Dieu ajuste ses flèches et les voici fauchés !
Qu'ils soient comme la limace qui s'en va en bave !
Comme le foetus avorté, qu'ils ne voient pas le soleil !"  ?
(Ps 58)

ou ceci :

"Fille de Babylone, promise au ravage,
heureux qui te traitera comme tu nous as traité !
Heureux qui saisira tes nourissons
pour les broyer sur le roc !" (Ps 137)

Des psaumes censurés

Cela semble à l'opposé de l'esprit évangélique : "Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent....Soyez parfaits comme votre père céleste est parfait". Les auteurs du psautier se rendirent compte de la difficulté et mirent entre parenthèse les phrases les plus choquantes. Ils censurèrent même trois psaumes dans leur intégralité (58 ; 83 ; 109). Mais il n'était pas possible de tout expurger. Les ennemis sont omniprésents dans les psaumes et il aurait fallu enlever presque un verset sur trois. N'était-il pas dangereux par ailleurs de procéder à de pareilles coupes ? Un poème est une oeuvre d'art. En enlevant une partie du texte ne risque-t-on pas de le dénaturer ?

Des psaumes qui agacent

On peut se demander pourquoi l'Eglise a gardé pour sa prière officielle des chants qui semblent contredire le message d'amour de Jésus ? Certaines personnes, agacées par les incessantes protestation d'innocence du psalmiste accompagnées d'imprécations contre les ennemis, proposaient de garder ces psaumes comme témoignage d'un passé révolu et d'une foi infantile mais de ne plus les utiliser comme prière d'aujourd'hui. Je n'étais pas loin de penser la même chose. Un soir pourtant je changeai d'avis.

Témoignage

Je venais de rentrer d'une réunion, énervé par la présence d'une personne qui avait le chic de semer la zizanie autour d'elle. J'étais même parti avant la fin pour ne pas faire une remarque blessante à cette personne. J'ouvris la Bible et tombai sur ceci :

"Lève-toi, Seigneur !
Sauve-moi, mon Dieu !
Tous mes ennemis, tu les frappes à la mâchoire ;
les méchants, tu leur brises les dents" (Ps 3).

Jusqu'à présent quand je tombais sur un passage de ce type je détournais pudiquement les yeux. J'évitais en tous de le prendre à mon compte. Tout au plus je pensais au mal qui était dans le monde et je demandais à Dieu de le détruire. Cela ne m'engageais pas beaucoup, mais cela me donnait bonne conscience.

Ce soir-là je pris à mon compte le cri du psalmiste. Je ne priai plus contre le mal en général, mais contre un "ennemi" particulier et je demandai à Dieu : "Casse-lui les dents".

Une prière qui fait du bien

Cette prière eut un résultat immédiat : elle me fit beaucoup de bien ! J'osais enfin dire à Dieu ce que je n'avais jamais osé lui dire. Bien sûr je ne souhaitais pas la mort de cette personne et je ne prenais pas au premier degré ce que je lisais. J'éprouvais cependant une certaine joie à proférer ces horreurs. Le psaume servit de révélateur et débusqua ce qu'il y avait de caché et de refoulé en moi. Grâce à lui j'osais regarder en face ce qu'il y avait dans mon propre coeur et j'osais le dire à Dieu. Ce soir-là, pour la première fois de ma vie, je ne priais pas pour ou contrel les violents mais avec eux.

J'ai relu les autres psaumes d'appel au secours remplis d'imprécations contre les ennemis et j'ai compris mon aversion pour eux. Ils me tendaient un miroir dans lequel je ne voulais pas me regarder. Ils reflétaient un monde dont je ne voulais pas être solidaire. Beaucoup d'hommes dans le monde poussent des cris semblables à ceux du psalmiste. L'idéal bien sûr serait de vivre de l'amour évangélique et de pratiquer le pardon. Mais tous les chrétiens le vivent-ils ?

Une prière sans hypocrisie

Ces psaumes peuvent être la meilleure antidote contre l'hypocrisie qui guette tout croyant de tradition chrétienne. Il s'imagine que, parce qu'il dit les mots de l'amour, il les met en pratique et, parce qu'il rejette les mots de la violence, il fait la paix. Ecoutons Paul Beauchamp : "Est-ce toujours l'amour qui juge ces paroles violentes incompatibles avec sa propre tendance ? Ou est-ce le souci que chacun a de sa propre image, qui proteste en la voyant menacée d'une ombre ?...S'il est possible de passer de la violence à l'amour (l'histoire biblique en témoigne), il est beaucoup plus difficile que l'amour apparent fasse place à l'amour réel....La fréquentation des gens simples apprend qu'il y a souvent de l'amour sous des paroles dures....Les chrétiens doivent être en garde contre la propension à saturer leur discours de mot qui diraient la douceur tout en échouant à la communiquer...A cet égard, le maintien de l'Ancien Testament dans notre Bible joue un rôle irremplaçable" (Documents épiscopat n°11, p.9).

Des psaumes à risque

Le psalmiste demande à Dieu de massacrer l'ennemi. Cela nous choque. Remarquons cependant qu'il ne crie pas sa haine à son ennemi. Il ne lui dit rien.... et ne lui fait rien. Il parle à Dieu et Dieu l'écoute. Entre l'ennemi et lui il y a un tiers qui est capable de tout écouter et de tout comprendre. La rancune peut s'exprimer et la tension peut baisser. La plupart du temps la prière du psalmiste s'achève dans la sérénité et la confiance. C'est le cas du psaume trois évoqué ci-dessus :

Auprès du Seigneur est le salut,
sur ton peuple la bénédiction.

Le psalmiste ne demande pas à Dieu des forces pour se venger. Il ne fait rien à son ennemi et laisse à Dieu le soin d'exercer la justice. Sous une forme rude, son cri est l'appel d'un fils vers son père : "Au secours, sauve-moi"

Ne détournons pas les yeux de ces psaumes de violence. Ils nous permettent de nous situer dans notre propre vérité face à nous-même et face à Dieu. Ils nous permettent de ne pas nous mettre à part mais de nous sentir solidaires avec toute l'humanité. Ils nous permettent de faire monter vers Dieu les cris des hommes qui réclament justice.

Quand nous adressons ces psaumes à Dieu notre ennemi ne risque rien. Nous parlons au Dieu de Jésus Christ. Nous par contre nous courrons des risques : celui de nous découvrir tels que nous sommes et de devoir nous convertir

© SBEV. Joseph Stricher

 
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