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Jésus Christ
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Stricher Joseph
Les Actes des Apôtres : le nouveau visage du Ressuscité :
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Quelle image la première communauté chrétienne se fait-elle de Jésus ?
 

Quelle image la première communauté chrétienne se fait-elle de Jésus ? Comment l'annonçe-t-elle en milieu juif et païen ? Écoutons le témoignage de Luc dans les Actes des Apôtres.

La mort de Jésus a été un choc terrible pour les disciples, une immense déception. La foi en sa résurrection fut une grande lumière. Les Actes des Apôtres racontent les changements qui s'opèrent chez les disciples. Ils en gardent le souvenir du visage de Jé&sus et du son de sa voix mais ils vivent maintenant dans un nouveau type de relation avec lui. Jésus est physiquement absent et, en même temps, réellement présent grâce à sa communauté vivant de son Esprit. S'attaquer aux disciples c'est s'attaquer à Jésus lui-même. Paul en aura la révélation sur le chemin de Damas.

Bien qu'ils ne soient pas un reportage pris sur le vif, qu'ils soient écrit longtemps après les événement, les Actes sont un témoignage capital sur la manière dont les premiers chrétiens parlaient de Jésus. À la façon d'un historien de son époque, Luc ne veut pas seulement relater des faits, le plus exactement possible. Il cherche surtout à les ordonner, à leur donner un sens. Lisons donc son récit pour découvrir le nouveau visage de Jésus.

Dieu l'a fait Seigneur et Christ

Le jour de la Pentecôte, Pierre conclut son allocution aux Juifs de la diaspora (2,14-36) de la façon suivante : "Que toute la maison d'Israël le sache donc avec certitude : Dieu l'a fait et Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous aviez crucifié." 

Dans son discours, il présente successivement plusieurs images de Jésus. La première est celle d'un homme de bien, Jésus le Nazôréen, "l'homme par qui Dieu a opéré des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous." Mais cette image a été abîmée, dégradée : "Vous l'avez livré et supprimé en le faisant crucifier par la main des impies." Les gens de Jérusalem et surtout leurs chefs ont commis un assassinat. Dieu pourtant n'a pas permis que cette oeuvre de destruction aille jusqu'au bout. Il est intervenu de toute la force de son bras. Il a réveillé Jésus. Il l'a relevé. Il l'a exalté. Il l'a assis à sa droite. Jésus a reçu l'onction royale : il est Christ. Il participe à la nature divine : il est Seigneur. Il a reçu totalement le don de l'Esprit Saint et le pouvoir de le répandre à son tour. 

Jésus a pris son image définitive de Christ Seigneur, dispensateur des dons de l'Esprit. Tout cela s'accomplit conformément à la volonté de Dieu exprimée depuis longtemps, dit Pierre. Le patriarche David, qui était prophète, l'avait déjà chanté dans ses psaumes. Le prophète Joël, lui aussi, l'avait annoncé. Par la résurrection et l'exaltation de Jésus, les Écritures s'accomplissent et Dieu est fidèle à ses promesses. 

Jésus, le Prince

Dans ce discours inaugural, Luc a tracé les grandes lignes du nouveau visage de Jésus. Il va maintenant le compléter dans les séquences suivantes et plus particulièrement dans celle de la guérison de l'infirme (3,1-11). 

Aux portes du Temple, Pierre et Jean guérissent un infirme de naissance "au nom de Jésus Christ le Nazôréen". À la foule stupéfaite, Pierre explique le sens de ce miracle. Son discours (3,12-26) est un véritable portrait de Jésus qui utilise les termes les plus anciens de la tradition chrétienne. Jésus est le Serviteur, référence au serviteur souffrant d'Isaïe 52-53. Il est le Saint, nouvelle référence à Isaïe, le prophète de la sainteté de Dieu. Il est le Juste assassiné par ceux qui ont préféré gracier un meurtrier. Il est le Prince (ou le prototype) de la vie. Dans cette expression il faut comprendre que Jésus est le premier-né des vivants, le modèle, destiné à être reproduit. Il est à la tête de ceux qui vont renaître après lui.

Il est enfin le Nom : "Ce Nom vient d'affermir cet homme", dit Pierre. C'est peut-être une allusion à l'imprononçable nom divin communiqué à Moïse au Sinaï. Ou une allusion à l'étymologie même du mot "Jésus" qui signifie "Dieu sauve". Le discours de Pierre prononcé devant le Sanhédrin (4,9-12) est entièrement consacré au Nom de Jésus Sauveur. Il se termine par l'affirmation suivante : "Il n'y a sur terre aucun autre nom offert aux hommes, qui soit nécessaire à notre salut". 

Le miracle du Temple et les discours de Pierre révèlent le vrai visage du Ressuscité : celui qui remet les êtres humains sur leurs pieds et leur donne la vie en les réconciliant avec Dieu. 

Jésus présent dans sa communauté

À l'Ascension, Jésus disparaît aux yeux de ses disciples. À la Pentecôte, il leur envoie son Esprit. Il est maintenant présent d'une manière nouvelle, dans sa communauté. Celle-ci devient le visage de Jésus. Luc, à son habitude, explique cela, non pas de façon théorique mais sous la forme d'un récit. Le plus éclairant est celui qui se déroule aux portes de Damas (9,1-9). 

Saul a participé à la mise à mort d'Étienne et il poursuit "les adeptes de la Voie". Terrassé par une lumière venant du ciel il entend le Seigneur lui dire : "Je suis Jésus, c'est moi que tu persécutes". S'attaquer à la communauté c'est s'attaquer à Jésus lui-même. La voix demande à Saul de faire confiance à la communauté : "On te dira ce que tu dois faire." Ananie, disciple du Seigneur est chargé d'accueillir Saül et de lui ouvrir les yeux. Il devient le confident du Seigneur, le dépositaire du secret de la future mission de Paul : "Va, car cet homme est un instrument que je me suis choisi pour répondre de mon nom devant les nations païennes, les rois et les Israélites." 

Il est intéressant de remarquer qu'Ananie ne transmet pas cette information à Saul. Beaucoup plus tard, par contre, au cours du premier voyage apostolique, Paul déclarera : "Nous nous tournons vers les païens" (13,46). Luc suggère que le Christ ressuscité ne manipule pas ses disciples. Il a un projet pour eux mais il ne les force pas à l'appliquer. Il leur laisse découvrir petit à petit, au gré des événement, ce à quoi ils sont appelés. 

Jésus, le Seigneur de tous les hommes 

Avant de raconter les grands voyages apostoliques de Paul, Luc place, en plein centre du livre des Actes, le récit hautement significatif de la rencontre entre Pierre et Corneille (10,1-11,18). Dans la maison de cet officier romain, des chrétiens, issus de milieux juifs, annoncent pour la première fois la parole de Dieu à des païens. Ils affirment : "Jésus est le Seigneur de tous les hommes."

La paix messianique, annoncée par les prophètes, n'est plus seulement destinée à quelques uns, aux membres du peuple élu. Elle est pour tous les hommes. Jésus a révélé que Dieu était impartial, qu'il ne faisait pas de différences entre les hommes. Ayant reçu l'onction de l'Esprit Saint, il est passé en faisant le bien. Maintenant il est le juge des vivants et des morts qui accorde le pardon de Dieu à tous ceux qui croient en lui. 

Le Seigneur Jésus 

Dans ce discours Luc a résumé les rudiments de la prédication chrétienne. Il laisse à Pierre l'honneur d'être le premier à présenter le portrait du Seigneur à des païens. Paul prendra le relais. De ville en ville, de Damas jusqu'à Rome, il répondra à l'attente de l'âme grecque. Le meilleur résumé se trouve dans la réponse de Paul et de Silas au geôlier de Philippes : "Que dois-je faire pour être sauvé ?" - "Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé, toi et ta maison." 

© SBEV. Joseph Stricher

 
 
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