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Jésus Christ
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Paul (Saint)
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Ressuscité
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Le Saux Madeleine
Jésus selon saint Paul : le Seigneur Jésus
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Paul n'a pas connu Jésus de Nazareth...
 

Paul ne faisait pas partie “des hommes qui ont accompagné les apôtres durant tout le temps où le Seigneur Jésus a marché à leur tête”, pour reprendre les mots de Pierre avant l’élection de Matthias. Il n’a pas connu Jésus de Nazareth. Mais comme il parle bien du Seigneur Jésus !

Dans le livre des Actes, Paul apparaît pour la première fois au moment du martyre d'Étienne. Il est le complice des bourreaux puisqu'il garde leurs vêtements pendant l'exécution. Il entend Étienne invoquer le "Seigneur Jésus" en faveur de ceux qui le lapident. Il se met ensuite à "ravager l'Église", faisant arrêter et emprisonner les disciples de Jésus. Tout change avec la rencontre sur la route de Damas. C'est le début d'une passion durable. "Saisi par le Christ", Paul va suivre le Seigneur Jésus avec audace, entreprendre l'impossible pour le faire connaître partout. Il va vivre et mourir pour lui.

Jésus, né d'une femme

Parce que l'on parle tout naturellement de ce que l'on aime, Paul ne cesse de nommer Jésus. Il en fait mention 142 fois dans les lettres qu'il a écrites ou dictées lui-même (les lettres aux Romains, aux Corinthiens, aux Philippiens, aux Galates, à Philémon et la première aux Thessaloniciens). La plupart du temps le nom de Jésus s'accompagne d'un titre, "Christ" ou "Seigneur", ou les deux à la fois. Cependant 16 fois il parle de "Jésus", sans plus. Mais, même dans ce cas, on cherche en vain des renseignements précis sur la personne humaine de Jésus.

Pour ce qui est de ses origines, nous apprenons seulement qu'il est "issu selon la chair de la lignée de David"(Rm 1,3), qu'il est "né d'une femme et assujetti à la Loi"(Ga 4,4). Autrement dit : c'est bien un homme comme les autres et un Juif avec un ancêtre illustre. Mais en ce qui concerne les faits et gestes de Jésus, rien. Paul nomme seulement des membres de l'entourage de Jésus qu'il a lui-même rencontrés dans son activité apostolique : "Jacques, le frère du Seigneur" et "Céphas et Jean, considérés comme des colonnes".

Le Seigneur ressuscité de préférence au Jésus de l'histoire

Paul fait plusieurs fois référence à la façon d'être et de se comporter de Jésus en mentionnant ses "sentiments", tout particulièrement la douceur, l'humilité, l'amour, la communion, la paix. Mais il ne cite guère ses paroles. À peine fait-il quelques allusions à des expressions qu'on trouve également dans les Évangiles, comme "la foi qui transporte les montagnes" (en 1 Co 13,2). Les seules paroles qu'il transmet directement ce sont celles du repas du Seigneur : "Ceci est mon corps qui est pour vous, faites cela en mémoire de moi...Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, faites cela, toutes les fois que vous en boirez, en mémoire de moi ”(l Co 11, 23-25). À aucun moment il ne raconte la passion. Il s'intéresse seulement au fait brut, l'incroyable infamie d'une pareille mort sur la croix infligée au Messie. Paul ne cherche pas à raconter la vie terrestre de Jésus. Il ne s'intéresse qu'à celui qu'il a rencontré sur le chemin de Damas, le Seigneur ressuscité.

Le Messie Crucifié

"Nous, nous prêchons un messie crucifié", dit Paul aux Corinthiens. Il sait qu'il y a parmi eux des Juifs pour qui une telle proclamation est scandale et des païens pour qui c'est pure folie. Il insiste pourtant : "J'ai décidé de ne rien savoir parmi vous, sinon Jésus Christ et Jésus Christ crucifié". Lui-même, Paul, parce qu'il est Juif, trouve que la croix du Christ est scandaleuse. Mais désormais il croit à l'incroyable, ayant compris que la sagesse de Dieu est toute différente des nôtres. Il reconnaît l'élu de Dieu, en celui que des hommes ont pendu au bois. Jésus est celui qu'on attendait et qui est venu sauver son peuple.

Le Serviteur de Dieu

L'hymne merveilleux de Philippiens 2 n'a peut-être pas été composé par Paul lui-même, mais Paul l'a pris à son compte et il est pour toujours attaché à son nom et à sa foi. Jésus est "à l'image de Dieu" et pourtant "il a pris la condition du serviteur", "devenant obéissant jusqu'à la mort, à la mort sur une croix". Mais "Dieu l'a souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom". Paul connaît les Écritures, et l'image du Serviteur souffrant du second Isaïe (52-53) s'impose à son esprit. Inspiré par l'Esprit, il trouve ses plus beaux accents pour célébrer l'amour fou qui est la vérité du Fils et du Père.

Ressuscité le troisième jour

L'autre refrain de Paul porte sur la résurrection de Jésus. Il multiplie les formules pour exprimer cet événement extraordinaire qui échappe à l'entendement humain. C'est son Evangile, dit-il, sa bonne nouvelle qu'il a reçue et qu'il doit transmettre à son tour. Avec la même force qu'il a annoncé la mort bien réelle de Jésus, Paul proclame que Jésus "est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures", qu'il est apparu à Céphas, puis aux Douze, à beaucoup d'autres et à lui aussi. C'est l'oeuvre du Père, dit Paul. Le crucifié "a été établi selon l'Esprit Saint, Fils de Dieu, avec puissance par sa Résurrection d'entre les morts. Il est désormais à la droite de Dieu et intercède pour nous."

Le Christ qui vit en moi

A 16 reprises Paul parle du "Seigneur Jésus". En lui-même, cette expression est une confession de foi. Elle ne va pas de soi et Paul le sait. Aussi précise-t-il : "Nul ne peut dire 'Jésus est Seigneur', si ce n'est par l'Esprit Saint". Une telle foi, une telle reconnaissance, c'est le salut : "Si de ta bouche tu confesses que Jésus est Seigneur, et si dans ton coeur tu crois que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé" (Rm 10,9). Car Jésus, vivant pour toujours, fait vivre. Paul peut affirmer paradoxalement : "Avec le Christ je suis un crucifié ; je vis, mais ce n'est plus moi, c'est Christ qui vit en moi." Le Christ sur qui la mort n'a plus d'empire.

Il nous a aimés

La clé du mystère de Jésus, c'est l'amour. Paul est convaincu d'être aimé de lui : "Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et s'est livré pour moi" (Ga 2,20). De là découle l'unique commandement qui oriente la vie chrétienne - nous sommes invités à aimer comme nous sommes aimés. Dans l'hymne à la charité de 1 Co 13 on peut aussi lire le portrait de Jésus.

Jésus nous a tellement aimés qu'en lui nous sommes déjà vainqueurs de toutes les forces de mort. "Qui nous séparera de l'amour du Christ ? La détresse, l'angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger, le glaive ?" (Rm 8,35). Et tant d'amour attire l'amour. Pour Paul Jésus suffit et dépasse tout ; il inspire des déclarations passionnées. Ainsi dans la lettre aux Philippiens : "Je considère que tout est perte en regard de ce bien suprême qu'est la connaissance du Christ mon Seigneur. A cause de lui j'ai tout perdu et je considère tout cela comme ordures afin de gagner Christ et d'être trouvé en lui" (Ph 3,7-9).

 

Pour lui on peut supporter la captivité ; pour l'annoncer rien n'est trop difficile. Pour être avec lui, la mort même est enviable , mais aussi la vie quand "vivre c'est le Christ". De qui d'autre pourrait-on dire : "Je peux tout en celui qui me rend fort" ? Paul ne raconte pas Jésus de Nazareth. Il ne parle que du Christ ressuscité qui l'a saisi sur le chemin de Damas. Il en parle comme d'un vivant qu'il connaît de la meilleure connaissance qui soit, celle de l'amour.

© SBEV. Madeleine Le Saux

 
 
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