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Esprit de Dieu
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Esprit saint
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Manifestation divine
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Autané Maurice
Quand Dieu se manifeste
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Dans l'imaginaire du croyant, les manifestations de Dieu sont toujours éclatantes, grandioses, voire terrifiantes. Mais est-ce toujours le cas ?
 

Dans l’imaginaire du croyant, les manifestations de Dieu (appelées théophanies) sont toujours éclatantes, grandioses, voire terrifiantes. Mais est-ce toujours le cas? Deux récits de théophanie peuvent nous éclairer.

Dans sa marche au désert, en route vers une terre de liberté, le peuple, sous la conduite de Moïse, va faire l’expérience de la rencontre avec le Seigneur au Sinaï. Bien plus tard, le prophète Élie, en proie au découragement, se rend à la même montagne, appelée aussi l’Horeb. Le peuple et Moïse d’une part, Élie d’autre part, sont les témoins d’un Dieu qui surprend toujours!

Dieu plus fort que les forces cosmiques: le peuple au Sinaï

Or, le troisième jour, quand vint le matin, il y eut des voix, des éclairs, une nuée pesant sur la montagne et la voix d’un cor très puissant; dans le camp, tout le peuple trembla. Moïse fit sortir le peuple à la rencontre de Dieu hors du camp, et ils se tinrent tout en bas de la montagne. La montagne du Sinaï n’était que fumée, parce que le Seigneur y était descendu dans le feu; sa fumée monta, comme la fumée d’une fournaise, et toute la montagne trembla violemment. La voix du cor s’amplifia: Moïse parlait et Dieu lui répondait par la voix du tonnerre. (Exode 19,16 -19). 

Dans ce récit fameux, la mise en scène est grandiose. On imagine assez facilement la scène, surtout si on a vu le film "Les Dix commandements". Celui qui nous relate cette théophanie met en oeuvre toute une série d’éléments sonores et visuels, que l’on retrouve dans d’autres manifestations de Dieu, en Exode 3 par exemple, quand Dieu se montre à Moïse dans le buisson de feu. Et puis, il y a le fameux récit de la Pentecôte que nous lisons dans ce Dossier.

Ici, le bruit et le déchaînement des forces cosmiques dominent largement. La montagne se devine à travers la fumée, qui évoque la nuée, signe de la présence agissante et mystérieuse de Dieu. Le feu et la fumée évoquent également la liturgie qui se déroule au Temple de Jérusalem avec l'offrande de l’encens. Si l’on ajoute le cor, on est vraiment dans une célébration de la puissance du Dieu d’Israël, plus fort que les forces de l'univers. Le passage de Dieu provoque crainte et tremblement dans le peuple, et met en lumière le rôle privilégié de Moïse, qui dialogue avec Dieu. Il reviendra de cette expérience avec un visage transfiguré.

Dieu dans un souffle ténu : Élie à l’Horeb

Le Seigneur dit: “ Sors et tiens-toi sur la montagne, devant le Seigneur; voici, le Seigneur va passer. ” Il y eut devant le Seigneur un vent fort et puissant qui érodait les montagnes et fracassait les rochers: le Seigneur n’était pas dans le vent. Après le vent, il y eut un tremblement de terre: le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre. Après le tremblement de terre, il y eut un feu: le Seigneur n’était pas dans le feu. Et après le feu, le bruissement d’un souffle ténu. Alors, en l’entendant, Élie se voila le visage avec son manteau. (1° Livre des Rois, 19, 11-12)

L’expérience que fait le prophète Élie à la montagne du Sinaï, l’Horeb, a de nombreux points communs avec celle de Moïse (Sors... Tiens-toi debout... montagne) tout en étant très différente. En Exode, ce qui dominait, c’était le déchaînement des forces cosmiques, qui révélaient la toute-puissance de Dieu. Ici, il n’est question que d’entendre "le bruissement d’un souffle ténu". Le contraste est net.

Ici aussi, on trouve la voix qui donne un ordre: "Sors et tiens-toi..." Elle annonce le passage de Dieu. Puis vient une description de la manifestation de Dieu. Le récit décrit trois phénomènes cosmiques: un vent fort (on traduit souvent par "ouragan"), un tremblement de terre et un feu. Chaque élément est suivi d’une négation: Le Seigneur n’est pas là! Ces éléments cosmiques sont "devant le Seigneur". Ils n’accompagnent donc pas le passage de Dieu, comme dans l’Exode.

Dieu silence, tu nous as parlé..

Le texte présente la puissance de Dieu en disant ce qu’elle n’est pas. On sent ici une volonté de contrecarrer une croyance en une présence de Dieu liée à des forces cosmiques. Ce n’est qu’après cette triple négation que le récit redevient positif : "Le bruissement d’une souffle ténu." Le lecteur, en même temps que le prophète Élie, est averti que le passage de Dieu s’apparente à une voix ténue. Le paradoxe éclate: il y a une opposition très forte entre la force des éléments cosmiques et la faiblesse de ce souffle dont on ignore tout. Le récit ne dit pas explicitement que le Seigneur est là, mais le lecteur le comprend. De plus, il n’est guère question de vision. Élie ne voit rien, il entend. C’est une voix qui donne un ordre, une voix qui résonne dans le silence.

Il semble que le récit de la manifestation de Dieu à l’Horeb soit avant tout une mise en garde. Non, la présence de Dieu n’est pas exclusivement associée à un déchaînement de puissances cosmiques, même si on sait (notamment par l’Exode) que Le Seigneur les domine et peut les utiliser pour se montrer. Dieu est aussi présent dans ce qui est discret, ténu.

Ainsi, nous avons deux manifestations de Dieu, différentes de par leur modalité et leur contenu. Elles traduisent deux expériences irréductibles de la présence de Dieu. Il faut en faire une lecture englobante, pour comprendre que la révélation de Dieu peut prendre des formes variées. Elle ne s'enferme dans aucune expérience humaine.

 

© SBEV. Maurice Autané.

 
1 R 19,11-12
11Le SEIGNEUR dit : « Sors et tiens-toi sur la montagne, devant le SEIGNEUR  ; voici, le SEIGNEUR va passer. » Il y eut devant le SEIGNEUR un vent fort et puissant qui érodait les montagnes et fracassait les rochers ; le SEIGNEUR n'était pas dans le vent. Après le vent, il y eut un tremblement de terre  ; le SEIGNEUR n'était pas dans le tremblement de terre.
12Après le tremblement de terre, il y eut un feu  ; le SEIGNEUR n'était pas dans le feu. Et après le feu une voix de fin silence.
Ex 19,16-19
16Or, le troisième jour quand vint le matin, il y eut des voix, des éclairs, une nuée pesant sur la montagne et la voix d'un cor très puissant ; dans le camp, tout le peuple trembla.
17Moïse fit sortir le peuple à la rencontre de Dieu hors du camp, et ils se tinrent tout en bas de la montagne.
18Le mont Sinaï n'était que fumée, parce que le SEIGNEUR y était descendu dans le feu ; sa fumée monta, comme la fumée d'une fournaise, et toute la montagne trembla violemment.
19La voix du cor s'amplifia : Moïse parlait et Dieu lui répondait par la voix du tonnerre.
1 R 19,11-12
Ex 19,16-19
 
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