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Esprit saint
L'Esprit Saint dans l'Ancien Testament
Théologie
 
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On ne relève que cinq mentions de l'Esprit Saint dans l'Ancien Testament...
 

Nous avons tellement l'habitude de parler de l'Esprit Saint, que nous oublions souvent d'où vient cette expression, et à partir de quel moment on a commencé à l'employer. La recherche dans l'Ancien Testament réserve quelques surprises.

Première découverte : il est bien plus souvent question de l'esprit de Dieu, chez les prophètes en particulier, que de l'Esprit Saint. En fait on ne relève que cinq mentions de l'Esprit Saint dans l'Ancien Testament, dont deux en Isaïe 63, une dans le psaume 51 et deux autres dans le Livre de la Sagesse.

Un esprit saint

Dans ces textes le mot "esprit" traduit le mot hébreu ruah et le grec pneuma. On a vu (pages 8-10) que ces mots portent le sens général de souffle de vie et d'espace vital. L'être vivant a besoin pour vivre de l'atmosphère qui l'environne, il l'inspire et il respire. Cela lui est donné par Dieu à qui tout appartient. L'homme tient de Dieu ce qui l'anime et le dynamise : son esprit.

De son côté le mot "saint" a dans la Bible, et chez le prophète Isaïe en particulier, une signification précise, difficile à exprimer dans notre langue. Il qualifie Dieu en ce qu'il a de tout autre que nous, en ce qui le sépare de l'homme et le rend inaccessible.

Dans la grande vision où Isaïe reçoit sa mission, des séraphins crient "Saint, saint, saint, le Seigneur, le tout-puissant" (Is 6,3). Dieu seul est saint en termes bibliques. Il est l'inaccessible, le très-haut. C'est lui qui descend vers l'homme, se rend proche de lui et lui parle. Il choisit des messagers, leur communique son souffle, les inspire autrement dit, pour qu'ils portent sa parole. Ce sont les prophètes.

Si l'on garde en mémoire le sens de l'un et l'autre mots, on saisit l'étrangeté et la force de l'expression "esprit saint". Elle suggère le souffle et l'espace vital du Tout Autre. C'est à la fois ce que nous avons de plus familier et ce qu'il y a de plus transcendant, ce qui fait participer à l'intimité de Dieu, à sa respiration, à sa vie et à son monde. L'esprit saint ne peut que transformer celui qu'il saisit et qui se laisse saisir.

Ils ont irrité son esprit saint

Le passage du Troisième Isaïe où il est question de l'esprit saint demande à être lu dans son entier. Il s'agit des versets 7 à 14 du chapitre 63. C'est un texte où le prophète rappelle les bienfaits accordés par le Seigneur à son peuple et dénonce l'ingratitude de ce peuple. Ils ont, dit-il, "irrité son esprit saint" en se révoltant contre lui. Le Seigneur a été pour eux un sauveur. Lui-même, et non "un messager ou un ange" les a tirés de leurs détresses.

L'esprit : présence, force, aide efficace

Il n'est pas précisé de quelles détresses il s'agit, mais le rapprochement avec l'oppression du peuple en Égypte aux jours de Moïse, pousse à penser aux souffrances du récent exil à Babylone. Ce qui est clair, c'est que Dieu a racheté ses enfants. "Dans son amour et sa compassion, c'est lui-même qui les racheta, il les souleva, il les porta tous les jours d'autrefois". Ce qui l'animait et l'inspirait pour les sauver, c'était son amour. Mais eux se sont rebiffés et ils ont "irrité son Esprit saint", refusé l'amour. Ils ont obligé Dieu à changer d'attitude à leur égard, pour les convaincre de revenir à lui malgré tout. Le stratagème réussit. Le peuple se souvient du passé : "Où est celui qui fit remonter de la mer le pasteur de son troupeau ? Où est celui qui mit en lui son Esprit Saint ?" On ne saurait conclure de ce passage que l'Esprit saint est une réalité personnelle, mais il est manifestement présence, force, aide efficace.

Ne me reprends pas ton esprit saint

L'histoire est résumée en une phrase finale : "L'Esprit du Seigneur les menait au repos". Apparemment, l'Esprit saint a été identifié comme grande bonté, tendresse, force victorieuse et libératrice. On l'accueille ou on le refuse. On comprend, en tout cas, la supplication du psalmiste : "Ne me rejette pas loin de toi, ne me reprends pas ton esprit saint" (Ps 51,13). C'est lui en effet qui, amour et force, peut enraciner en l'homme "un esprit tout neuf" et créer en lui "un coeur pur".

L'esprit de sagesse

On trouve aussi par deux fois le terme "saint esprit" dans le Livre de la Sagesse. Cet écrit est considéré comme relativement proche dans le temps du Nouveau Testament (à peine un siècle avant les premières lettres de Paul). Dès le début du livre nous lisons : "le saint esprit qui éduque fuit la duplicité" (Sg 1, 5). Le ton du passage est très différent de celui d'Isaïe. Il traite de la justice et de l'injustice, ainsi que de la droiture dans la recherche du Seigneur. La phrase qui parle du saint Esprit est encadrée par deux autres où il est question de la Sagesse. "Dans une âme malfaisante la Sagesse n'entre pas" (Sg l,4) ... "La Sagesse est un esprit bienveillant" (Sg 1, 6).

La deuxième mention du saint Esprit se trouve au chapitre 9 : "Ta volonté, qui donc l'aurait connue si tu n'avais donné toi-même la Sagesse et envoyé d'en haut ton saint Esprit ?" (Sg 9,17). Ici aussi le parallèle est établi entre le saint Esprit et la Sagesse. On remarque en outre le lien avec la connaissance de la volonté de Dieu. Le saint Esprit apparaît comme un don du ciel en vue d'instruire les hommes de ce qui plaît à Dieu. Bien avant la Pentecôte voici qui laisse entendre que le saint Esprit est une nouvelle loi donnée par Dieu aux hommes. Comme Dieu, il est droiture et bienveillance.


© SBEV. Madeleine Le Saux.

 
 
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