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Conversion de Paul
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Le Saux Madeleine
Saint Paul saisi par le Christ
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Comme tous les grands passionnés, Paul ne se lasse jamais de parler de l'objet de sa passion : Jésus Christ...
 

Comme tous les grands passionnés, Paul ne se lasse jamais de parler de l'objet de sa passion : Jésus Christ. Il ne peut éviter, par le fait même, de parler de son histoire avec ce Jésus, et cela nous vaut des textes superbes.

Paul n'est guère enclin à la confidence sur lui‑même et sur sa vie. Il n'en parle qu'à l'occasion, et le plus souvent parce que ses ennemis s'attaquent à sa réputation mettant ainsi en danger la crédibilité de son message. Mais parfois aussi il se laisse tout simplement emporter par son élan et, en voulant convaincre à propos de Jésus, il raconte ce que Jésus est devenu pour lui. C'est pourquoi on peut trouver dans ses Lettres bien des in­formations sur son itinéraire, depuis la première lettre aux Thessaloniciens jusqu'à la lettre aux Romains.

Irréprochable selon la Loi

Paul n'a jamais eu peur de se dire juif. Il tient même à ce que ses frères juifs sachent à quel point la Loi a été importante pour lui. À ses chers Philippiens il rappelle les étapes de son itinéraire personnel comme autant de raisons de lui faire confiance : "circoncis le huitième jour, de la race d'Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu fils d'Hébreux, pour la loi pharisien, pour le zèle persécuteur de l'Église, pour la justice qu'on trouve dans la loi devenu irréprochable". Dans le livre des Actes, on trouve une précision quant à la formation de ce juif si zélé : il dit avoir reçu aux pieds de Gamaliel une formation stricte à la Loi des pères et être devenu "un partisan farouche de Dieu" (Ac 22,3). Gamaliel était de tendance plutôt libérale, mais Paul a pris très au sérieux l'enseignement et la pratique de la Loi : pendant longtemps, il n'a pas transigé avec ses exigences. Or. dit‑il, "toutes ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai considérées comme une perte à cause du Christ... À cause de lui j'ai tout perdu et je considère tout cela comme ordures afin de gagner Christ" (Ph 3,7‑8 ).

Disciple d'un crucifié

La loi disqualifiait Jésus comme Messie à cause de sa mort sur une croix. Paul n'a même pas besoin de le rappeler à ses frères issus du judaïsme, tant c'était évident pour eux. Le Deutéronome affirme sans nuances : "Si un homme, pour son péché, a encouru la peine de mort, et que tu l'aies mis à mort et pendu à un arbre... tu dois l'enterrer le jour même, car le pendu est une malédiction de Dieu. Tu ne rendras pas impure ta terre" (Dt 21,22‑23).

Aux chrétiens de Corinthe, Paul déclare pourtant avec fierté : "Nous prêchons un messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens". Sa seule vérité, son Évangile désormais, c'est ce qu'il a compris de ce Jésus pendu au bois de la croix : " J'ai décidé de ne rien savoir parmi vous, sinon Jésus Christ et Jésus Christ crucifié". Les Juifs de Corinthe pouvaient savoir d'où venait Paul sur un point aussi litigieux. Lui-même est soucieux avant tout de faire connaître son point d'arrivée, la conviction qui l'habite et le guide désormais. "Christ a payé pour nous libérer de la malédiction de la loi, en devenant lui‑même malédiction pour nous" (Ga 3,13). Paul s'est converti à la croix du Christ.

Persécuteur par ignorance et persécuté

Plusieurs fois, le grand apôtre confesse cette autre part de son passé dont le souvenir ne peut que lui peser : il a persécuté les disciples du Christ. "Moi qui étais auparavant blasphémateur, persécuteur et violent, écrit‑il à Timothée, il m'a jugé digne de confiance en me prenant à son service" (1 Tm 1,12‑13). Il se désigne à cause de cela comme "un avorton", un mal né à la foi, le plus petit des apôtres, même pas digne d'être appelé apôtre (1 Co 15,8-9). Il a donc conscience de tout devoir à la grâce de Dieu et le proclame, sans s'accabler, en toute vérité : "Il m'a été fait miséricorde parce que j'ai agi par ignorance, n'ayant pas la foi" (1 Tm l,13). Et il ne cesse de crier sa reconnaissance envers Christ notre Seigneur.

À son tour, Paul a souffert pour le Christ. Dans la deuxième lettre aux Corinthiens, il énumère ses épreuves dont il sait que c'est pure folie que de les étaler : les prisons, les coups, les flagellations, la lapidation, dangers du côté des Juifs et dangers du côté des païens (2 Co 11,23‑26). Et il se donne le droit de demander à Timothée de ne pas avoir honte, ni de rendre témoignage à notre Seigneur, ni de lui‑même qui est prisonnier pour lui. "Souffre avec moi pour l'Évangile, comptant sur la puissance de Dieu", confie‑t-il à son disciple (2 Tm 1,8). Celui qui parle ainsi a été "enchaîné comme un malfaiteur", mais il sait en qui il a mis sa foi.

Fou à cause du Christ

Le souvenir de l'expérience première appelle en permanence une réponse dans la vie de Paul. "Je m'élance pour tâcher de le saisir comme j'ai été moi‑même saisi par Jésus Christ", dit‑il aux Philippiens, le contexte laissant entendre qu'il voudrait saisir et le Christ et la résurrection. Il court donc, à la manière des athlètes, comme il l'explique aux Corinthiens. Il ne va pas à l'aveuglette et ne frappe pas dans le vide. Il s'impose une ascèse rigoureuse : "Je traite durement mon corps et je le tiens assujetti, de peur qu'après avoir proclamé le message aux autres, je ne sois moi‑même éliminé" (1 Co 9,26). Pour lui désormais "vivre c'est le Christ". Et rien ne compte, sinon de le faire connaître.

Dans la première Lettre aux Corinthiens, il parle de ce qu'induit la condition d'apôtre qu'il accepte d'emblée : "Je pense que Dieu nous a exposés, nous les apôtres, à la dernière place, comme des condamnés à mort... Nous sommes fous à cause du Christ... à cette heure encore nous avons faim, nous avons soif, nous sommes nus, maltraités, vagabonds, et nous peinons en travaillant de nos mains" (1 Co 4,11). Mais il vit tout cela dans la joie : "Même si mon sang doit être versé en libation dans le sacrifice et le service de votre foi, j'en suis joyeux" peut‑il affirmer aux Philippiens (Ph 2,17). Car sa vie a basculé lorsqu'il a "vu Jésus, notre Seigneur".

Celui qui appelle est fidèle

Dans ce qui est sans doute sa première lettre, Paul rassure les Thessaloniciens : "Celui qui vous appelle est fidèle, c'est lui qui encore agira" (1 Th 5,24). Cela, il le sait d'expérience. Deux fois au moins il a levé le secret sur ce qui le fait tenir dans son travail de titan. La confidence est discrète dans l'épître aux Romains : "Qui nous séparera de l'amour du Christ ? ... Oui, j'en ai l'assurance, ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations ni le présent ni l'avenir, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus Christ notre Seigneur'' (Rm 8,35.38-39).

Ce sont bien là les accents enflammés d'un cœur définitivement épris. Dieu ne l'a jamais abandonné et il peut en témoigner. Il a même bénéficié, avoue‑t‑il aux Corinthiens, de révélations extraordinaires dont il fait état avec la plus grande pudeur. Au début de son ministère, il a été "enlevé jusqu'au paradis" et il a "entendu des paroles inexprimables qu'il n'est pas permis à l'homme de redire" (2 Co 12,2‑4). Mais il met plutôt son orgueil dans ses faiblesses, car c'est aussi son expérience qu'il est fort lorsqu'il est faible et que la puissance du Christ opère alors visiblement en lui.

Paul avait été un pharisien convaincu, militant pour la cause de Dieu, selon ses propres déclarations. Après la rencontre avec Jésus Ressuscité, "le monde est crucifié pour lui comme lui pour le monde". Son désir d'être avec Christ lui fait voir la mort même comme un gain, mais il est prêt à rester si c'est meilleur pour les chrétiens de ses communautés. Qu'importe si Christ est annoncé ! Paul n'a plus d'autre bonheur, ni d'autre ambition.

 

© SBEV. Madeleine Le Saux. 

 
 
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