902
Chrétiens
197
Juifs
343
Saint Paul
14
Soupa Anne
Paul, juif ou chrétien ?
Gros plan sur
 
Commencer
 
Paul doit-il être considéré comme traître à son peuple, ou comme un trait d'union providentiel entre deux mondes ?
 

Paul doit-il être considéré comme traître à son peuple, ou comme un trait d'union providentiel entre deux mondes ? La réponse n'est pas simple, mais une chose est sûre : c’est au sein de sa foi juive que Paul a rencontré le Christ. Et pour lui, annoncer le Christ, c'est être fidèle à Israël.

Avant d'accuser Paul de traîtrise, il faut rappeler la grande variété du judaïsme du Ier siècle, véritable mosaïque comprenant les Pharisiens, les Sadducéens, les Esséniens, les Zélotes et les Baptistes. Ces distinctions se doublent d’un clivage important entre les Juifs de Judée, surtout représentés par le clergé sadducéen qui administre le Temple, et ceux de la diaspora, installés autour du Bassin méditerranéen et habitués à vivre une situation minoritaire dans un esprit d'ouverture à la culture grecque, dont ils utilisent la langue. L’appréciation de traîtrise dépend donc du courant auquel appartient celui qui la porte.

Quant à la Loi, Pharisien 

Paul, né à Tarse en Cilicie, appartient au monde de la diaspora, et au courant pharisien : "Circoncis le huitième jour, de la race d'Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu, fils d'Hébreux; pour la Loi, en Pharisien; pour le zèle, persécuteur de l'Église; pour la justice qu'on trouve dans la Loi, devenu irréprochable. Or, toutes ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai considérés comme une perte, à cause du Christ" (Ph 3, 5-7).

Paul constate qu'il pourrait se croire justifié seulement par sa situation privilégiée de Juif. Or, maintenant que le don de Dieu lui est apparu avec force, il tient pour négligeable l’œuvre humaine qu’encourage la Loi. Il a découvert que c'est par la foi, pur don de Dieu, que l'homme est sauvé. Toutes les actions des hommes ne donnent pas le salut.

Comme tous les Pharisiens, Paul a grandi dans l'amour de la Loi. Il ne la met pas en question, mais il conteste un usage qui serait idolâtre. Si les Galates croient indispensable de satisfaire à la Loi pour suivre le Christ, c'est que leur foi est compromise. la Loi est devenue pour eux une idole, un absolu.

Héritiers de la promesse

Paul ne remet pas en question sa fidélité au judaïsme. Dans la Lettre aux Romains, il rappelle son amour pour ses frères. "Je souhaiterai être anathème, être moi-même séparé du Christ pour mes frères, ceux de ma race selon la chair" (Rm 9,3). Comment, alors concilie-t-il sa contestation de la Loi et sa fidélité au judaïsme ?

Dans la Lettre aux Galates, il opère un déplacement significatif. Il refuse de limiter son héritage à la Loi. Tous ceux qui se contentent de pratiquer la Loi sont sous le coup de la malédiction, dit Paul. Tous ne peuvent l'appliquer (Ga 3,10). Elle divise au lieu d'unir. Elle subordonne la relation à Dieu à une question de pratique. Avant d’être fils de la Loi, dit Paul, Israël est fils d’Abraham, celui qui a quitté son pays sur la simple demande de Dieu. Abraham est le témoin qui a cru. Hériter d'Israël, c'est être descendant d'Abraham. Le trait de génie de Paul est de faire remonter l'histoire d'Israël plus haut que la Loi.

Les conditions d'accès des païens

En remontant dans le temps, Paul agit aussi dans l’espace : il fait éclater le frontières géographiques d’Israël et desserre l'étau ethnique que faisait régner la Loi. Les païens ont leur place. La promesse n'est plus réservée aux seuls enfants d'Israël, puisqu'elle ne demande que la foi. Par conséquent, les pratiques juives de la circoncision et des rites de table ne sont pas nécessaires pour être compté au nombre des disciples du Christ et accéder au salut.

Il est important de situer ce débat qui agite les communautés chrétiennes judaïsantes aux non judaïsantes au sein même du judaïsme. Si les communautés chrétiennes se considéraient comme radicalement différentes du judaïsme, elles ne se poseraient pas ces questions. Paul ne serait plus juif et les nouveaux chrétiens seraient chrétiens et rien d'autre. Or, il cherche encore à faire reconnaître les nouveaux chrétiens au sein du judaïsme même.

Et la Loi ?

Les positions de Paul confirmant la prééminence de la foi sur les prescriptions de la Loi ne mettent cependant pas en cause l'utilité de cette dernière. Elle reste nécessaire pour les enfants d'Israël, elle reste ce ciment qui permet la vie sociale. Simplement, elle n'est plus le lieu où il faut placer sa justice : "Vous avez rompu avec Christ, si vous placez votre justice dans la loi; vous êtes déchus de la grâce" (Ga 5, 4). La justice vient de la grâce de Dieu que personne ne peut asservir. L'autosatisfaction des gens qui se contenteraient d'être en règle avec loi devient impossible : on peut emprisonner Dieu dans les filets de sa bonne conduite.

 

© SBEV. Anne Soupa.

 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org