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Roman
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Saint Paul
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Billon Gérard
Paul, héros de roman ?
Gros plan sur
 
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Conversion de St. Paul, le maître de France, 1200; Koninkli ...
La personnalité de Paul et l'inouï de sa conversion ne pouvait que frapper l'imagi­nation des romanciers...
 

La personnalité de Paul et l'inouï de sa conversion ne pouvait que frapper l'imagi­nation des romanciers. Petit parcours chez quelques «rêveurs de réalité».

Rendre compte de la conversion de Paul est une gageure. Lui-même évoque son passé avec fougue et… discrétion (Lettres aux Galates, aux Philippiens, aux Romains); les termes sont pesés pour mettre en avant l'amour de Dieu. Quant à Saint Luc, s'il y revient trois fois dans le Livre des Actes des Apôtres, c'est bien que l'événe­ment lui échappe. Comme toujours, les romanciers prennent des risques !

L'extraordinaire

Dans Le testament de saint Luc (Albin Michel 1996), Thierry Leroy raconte avec un certain bonheur l'itinéraire de l'évangéliste. Médecin d'Antioche brisé par la mort de son épouse, Luc est touché, lors d'une réunion de chrétiens, par le discours de Saul (chapitre 7). Celui-ci parle de sa conversion en des termes que nous devinons empruntés en partie à la Lettre aux Galates. Mais la densité du propos est comme affaiblie par l'obligation de donner des détails …tirés du récit des Actes. Qu'il est difficile de mêler les sources !

Dans La Dernière tentation (Plon 1959), Nikos Kazantzaki ne craint pas la provocation. Il imagine une dernière épreuve du Christ sur la croix : Jésus est délivré de la mort et connaît le bonheur au quotidien. Or, dans ce rêve ultime, intervient Paul, l'ancien tortionnaire exalté qui proclame la Bonne Nouvelle du Ressuscité et sa propre vocation (chapitre 22). Le lecteur n'est pas très à l'aise, car si les mots paraissent tirés du Nouveau Testament, le contexte où ils sont placés est celui d'une tentation. Pour Kazantzaki, Paul et l'Eglise seraient-ils donc oeuvre du diable ?

Une crise d'épilepsie ?

Ils sont au contraire signes d'espérance sur fond de décadence impériale dans Le Royaume des mécréants de Anthony Burgess (Grasset 1985). Ce que laisse entendre aussi Jeanne Champion dans La maison Germanicus (Grasset 1996). Pour Burgess, foisonnant et trivial, une crise d'épilepsie terrasse Saul sur la route de Damas (chapitre 2). L'explication prête à sourire mais l'auteur y voit le début d'une évolution intérieure, mystérieuse et radicale. Après tout, Dieu n'écrit-il pas droit avec des lignes courbes ? Plus distante, Jeanne Champion fait raconter la scène (en gros, celle de Actes 9) par un centurion chargé de garder le prisonnier Paul en route vers Rome (chapitre LII) ; l'inouï de Damas introduit alors naturellement à un dialogue sur la foi chrétienne.

Le défi

Rendre compte de la conversion de Paul est un défi. De tous ceux qui l'ont relevé, Victor Hugo, en quelques pages, est peut-être allé le plus loin. Non pas dans un roman, mais dans un essai consacré à… William Shakespeare (Paul fait partie des génies littéraires qui précèdent le dramaturge anglais) ! Malgré quelques approximations, Hugo, d'emblée, vise juste et fort : la vie de l'apôtre est toute entière en germe sur le chemin de Damas.

 

© SBEV. Gérard Billon.

 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org