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Amour
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Osée
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Tendresse du Père
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Le Saux Madeleine
Dieu est amour
Théologie
 
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Dieu est amour : cette phrase se trouve dans la première Lettre de Jean, mais également chez Osée...
 

Dieu est amour. Telle quelle, la phrase est de la première Lettre de Jean. Mais le message se trouve déjà dans l'Ancien Testament, chez Osée en particulier. Dans ce livre, et même dans le seul chapitre 11, plusieurs langages sont utilisés pour l'exprimer.

« D'Égypte j'ai appelé mon fils ». Dès le début du chapitre 11 d'Osée, il est clair que l'amour dont parle tout ce texte, concerne Israël comme peuple, et non quelques personnes en particulier. Cependant beaucoup de termes sont empruntés à l'expérience humaine ordinaire. En fait, l'amour dont il est question est absolument unique en son genre, et il a autant de visages que Dieu lui‑même dans son infinité.

Père et Mère

Dieu appelle Israël « son fils ». Les versets 3 et 4 se réfèrent aux gestes des parents aimants et à leurs soins jaloux. « C'est moi qui avais appris à marcher à Éphraïm, les prenant par les bras ». L'image est touchante et combien suggestive ! Tout le monde sait quelle importance le père et la mère attachent aux premiers pas d'un enfant. Celui dont l'attirance a rendu le petit capable de venir à lui en est très ému. En même temps, c'est le début de l'autonomie et, par le fait même de la liberté.

L'enfant qui marche tout seul peut, désormais, aller où il veut, quitter ceux qui l'aiment, chercher autre chose ou d'autres personnes. Pourtant la tendresse désintéressée ne peut que vouloir ce progrès, étape essentielle dans la croissance. Et elle trouve instinctivement les gestes qui aident, par exemple prendre par les bras. On ne peut pas laisser à sa maladresse et à son inconscience un être cher qui a encore besoin d'être guidé et protégé. Mais on ne le tient qu'avec « des liens d'amour ».

Autre marque de pure tendresse : soulever un nourrisson pour l'embrasser, le mettre « contre sa joue ». Et, bien sûr, père et mère donnent à manger à leur enfant. Ainsi du Seigneur à l'égard de son peuple.

Père et Mère d'Israël

Les livres de l'Exode, des Nombres et du Deutéronome racontent la naissance d'Israël comme peuple. Toute cette histoire d'amour est résumée par Osée en quelques phrases. Ce fut, comme pour chaque être humain, une longue et laborieuse mise au monde, une longue route du peuple vers lui‑même.

Le Seigneur a veillé amoureusement sur cette croissance. Il a appris à Israël à marcher, à venir à lui, à le suivre, et il lui a donné pour cela une Loi. Les commandements ont tracé le chemin. Et le Seigneur n'a cessé d'être présent, vigilant, actif et discret tout à la fois. Toujours avec eux, « de jour la nuée couvrait la demeure, et pendant la nuit elle avait l'apparence d'un feu. Quand la nuée s'élevait au‑dessus de la tente, aussitôt les fils d'Israël partaient et, à l'endroit où la nuée se posait, c'est là que les fils d'Israël campaient » (Nb 9, l6‑17). Les châtiments eux‑mêmes disent l'amour du père qui avertit avant qu'il ne soit trop tard, avant que l'irréparable n'arrive.

« Je lui tendais de quoi se nourrir ». Dieu a également manifesté son amour à son peuple durant sa longue marche dans le désert : il a fait pleuvoir du ciel la manne, et même des cailles, et il a procuré de l'eau aux assoiffés. C'était autant de signes de sa part, des signes qui nourrissaient aussi le cœur. En tout cela on ne saurait dire si Dieu est seulement père, ou s'il est plutôt mère. Aux dires d'Osée, il aime à la fois comme un père et une mère.

Dieu Passionné

« Quand Israël était jeune, je l'ai aimé ». Dieu a choisi un peuple. Il l'a fait comme on se met à aimer, sans raison. Il a arraché ce peuple à la servitude de l'Égypte. Désormais il l'aime passionnément. Mais c'est un Dieu jaloux et il ne supporte pas que les siens sacrifient aux Baals et qu'ils lui préfèrent des idoles taillées, quelles qu'elles soient. Il est trahi, mais ne s'y résigne pas. Osée ne dit pas qu'il se venge de l'apostasie. Pourtant le « fils » infidèle qui l'oublie et sert d'autres dieux, connaîtra le malheur, l'asservissement à Assour (l'Assyrie), la violence et le pillage de la part de l'ennemi vainqueur. En se détournant de son Dieu, Israël perd la paix et la sécurité que lui seul peut donner. Il voulait les « élever » vers lui, le Très Haut, mais ils refusent de répondre à son appel.

L'amour de Dieu est tendresse, c'est incontestable. Mais c'est également un amour très fort, qui attend un retour à la mesure de sa démesure même.

Dieu et non pas homme

La tendresse la plus humaine s'accorde à la force extrême de la passion parce que c'est Dieu, et ce Dieu‑là, qui aime. « Je suis Dieu et non pas homme », dit‑il par son prophète : « Au milieu de toi je suis saint ». Le Dieu saint, le tout autre, ne peut réagir comme un humain lorsqu'il est blessé dans son amour. Il ne peut anéantir son peuple, comme furent autrefois anéanties les villes de Cevoïm et Adma, avec Sodome et Gomorrhe. Rien que d'y penser, le cœur de Dieu est bouleversé et ses entrailles s'émeuvent. Tout ce qu'il est le pousse au pardon. Il ne détruira pas l'infidèle parce qu'il ne donnera pas cours à l'ardeur de sa colère comme le font les humains offensés.

S'il rugit comme un lion, c'est pour appeler à lui. Et ses fils repentants accourront en tremblant, fascinés et effrayés, comme des moineaux ou des colombes. Ils reviendront des pays d'esclavage vers la terre que le Seigneur leur a donnée une fois pour toutes. Lui les fera de nouveau habiter dans leurs maisons. Les souffrances de l'exil en auront révélé la valeur incomparable.

Le Seigneur

À la fin de l'oracle d'Osée, le Dieu qui parle dit son nom. Il est le Seigneur, celui qui s'est manifesté à Moïse, un Dieu unique, semblable à aucun autre. Il a aimé le premier, appelant son fils Israël à la liberté. À la différence d'autres divinités, il n'est pas père parce qu'il aurait engendré des humains. Et il n'a pas des enfants pour que ceux‑ci servent ses intérêts. Il est père, par choix, d'un peuple qu'il a appelé et qu'il appelle toujours, à exister et à grandir en humanité. Il traite ses fils en Seigneur, et il espère qu'ils marcheront à sa suite. Le suivre, c'est reconnaître son amour. C'est marcher comme il a appris à le faire, en prenant et gardant les chemins de sa Loi. C'est se nourrir de ce qu'il offre pour vivre. C'est aimer à sa façon.

Dans cette magnifique page, le Seigneur apparaît comme le plus humain des humains et en même temps le Tout Autre. Aucune image, à elle seule, ne suffit pour parler de lui. Toutes ensemble ne donnent qu'une approche. Dans sa richesse et sa profondeur infinies, l'amour du Seigneur dépasse l'imagination.

 

© SBEV. Madeleine Le Saux

 
 
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