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Amour
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Choix
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Soupa Anne
Israël, élu de Dieu
Théologie
 
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Dieu choisit son peuple Israël par amour...
 

À plusieurs reprises, les auteurs bibliques évoquent l'élection d'Israël. Ils la rappellent, la commentent, en déclinent toutes les conséquences. Osée, ici, nous en explique la cause : Dieu choisit par amour.

« Quand Israël était jeune, je l'ai aimé, et d'Égypte j'ai appelé mon fils ». Cette entrée en matière donne le ton. Ni information de type savant, ni disposition de loi, c’est un récit aux implications affectives très fortes, d'une histoire d'amour entre Dieu et son peuple. Un tel récit se savoure pour lui-même. Le lecteur découvre une histoire qui a commencé sans lui, bien avant lui, et dont il ne saura jamais tout.

Élection et histoire

Le lecteur se trouve transporté dans le passé. Il est important de bien noter ce retour en arrière pour comprendre la nature du thème de l’élection.

« Autrefois »... Cette démarche nous est familière. Il y a des choses qu’on ne voit bien que de loin, des comportements qui ne s’expliquent qu’avec de la distance, parce que tout le chemin parcouru les met en lumière. Le thème de l'élection vérifie ces propositions. En relisant son histoire, Israël comprend qu’il est l’élu de Dieu. Il peut affirmer avec foi que la main de Dieu était présente dès l’origine, puisqu’il est maintenant capable de la déceler dans toute sa vie. Cette main a fait alliance avec lui. L’élection n’est pas séparable de l’alliance. Dieu choisit son peuple comme allié, comme partenaire de son œuvre. Être allié et être élu sont autant de signes de reconnaissance venus de Dieu qui introduisent Israël dans la confiance, dans l’amour et dans une marche en avant.

Observons maintenant la façon dont le thème est exposé. On le trouve aussi bien dans la Tora que chez les prophètes. La veine prophétique est illustrée par ce texte d'Osée, tandis que le livre du Deutéronome, grande fresque qui reprend la saga des origines d'Israël, lui donne plus d'importance en lui consacrant plusieurs développements (Dt 4, 37; 7, 7-9; 10, 15).

Le livre du Deutéronome est un exercice de relecture de l'histoire d'Israël par lui-même. Écrit longtemps après la geste des origines, longtemps aussi après la période d'expansion territoriale et de succès politiques qu'Israël a connus avec la royauté de David et celle de Salomon, il rappelle, en un temps de crise, l'histoire heureuse des premiers temps.

Il n’est pas indifférent, pour chacun de nous, de rappeler, quand les difficultés sont là, qu’il y a eu des moments heureux, que nous avons été capables de les vivre et aussi que nous pouvons nous en souvenir. Notre véritable assurance prend toujours appui dans une expérience vécue. C’est elle qui nous permettra d’aller plus avant. Sur le chemin, Dieu nous conduira encore, puisqu’il nous a déjà conduit jusqu’ici.

Ainsi, l’élection est un jugement porté à distance par l'intéressé lui-même sur son histoire personnelle qui lui permet d’exister dans l’amour.

Élection et séparation

À première lecture, l’élection d’Israël paraît exclure les autres nations. N’est-ce pas aussi l’impression du lecteur devant cette histoire ? Ne se demande-t-il pas, ne serait-ce que l’espace d’un instant, si cette histoire le concerne ?

La réponse suppose quelques nuances.

Comment, d’abord, ne pas reconnaître qu’il existe une relation privilégiée entre Israël et son Dieu ? Quand nous lisons une histoire d’amour, nous prenons d’abord acte de la réalité de cette histoire. Ils se sont vraiment aimés... Cette relation particulière, ce choix, rend les amoureux différents, autres, séparés. Ainsi en est-il de l’élection.

Dans le livre du Deutéronome, il est exposé aussitôt après un développement sur la situation de peuple séparé qui est faite à Israël. « Le Seigneur te livrera (sept nations plus nombreuses et plus puissantes que toi) et tu les battras. Tu ne feras pas d'alliance avec elles... Tu ne contracteras pas mariage avec elles... car tu es un peuple consacré au Seigneur ton Dieu; c'est toi que le Seigneur ton Dieu a choisi pour son peuple à lui, parmi toutes les nations de la terre » (Dt 7, 1-6).

On ne peut mieux dire qu'Israël est un peuple à part, qui ne se mélange pas aux autres nations. Élection ici suppose séparation, mise à l'écart. Certains prophètes, par contre, corrigeront ce que cette affirmation peut contenir d'aveuglement ou d'excès, en soulignant l'universalisme du salut (Is 49, 6).

Séparation ne signifie pas privation du salut, mais chemin propre, particulier vers Dieu.

En effet, ce choix de Dieu ne saurait être source de jalousie. Pour cela, les auteurs prennent bien soin d’expliquer les conditions dans lesquelles il est advenu. Il ne s’agit pas de récompenser une puissance, ou des mérites : « Tu es le moins nombreux des peuples de la terre », dit Dieu à Israël (Dt 7, 7). « Tu vas entrer dans des villes grandes et prospères que tu n’as pas bâties » (Dt 6, 10). L’élection n’est pas, pour Israël, une façon de se singulariser parmi les nations, en se présentant comme le chouchou de Dieu. L’élection ne glorifie pas Israël, mais Dieu. Elle est le signe de sa gratuité, de son amour désintéressé. 

Élection et responsabilité

Mais le vrai dynamisme du thème de l’élection est de susciter la responsabilité de celui à qui elle échoit. « Vous allez passer le Jourdain, dit Moïse aux siens, et vous serez heureux.... Mais viendra un jour où vous vous serez pervertis, soit parce que vous aurez taillé des idoles, soit parce que vous aurez fait ce qui est mal aux yeux du Seigneur . Le Seigneur vous éprouvera, mais il est un Dieu miséricordieux qui ne vous abandonnera pas et n'oubliera pas son alliance » (Dt 4, 21 et suivants). Suit alors le rappel de l'élection : rappel des grandes faveurs spirituelles dont Israël a été gratifié, des prodiges liés à sa libération d'Égypte, du don de la terre... La prescription finale est éclairante : « Garde ses lois et ses commandements » (Dt 4, 40).

L'élection d'Israël ouvre à une responsabilité devant autrui. Elle est à la base de l'attitude morale. Le véritable amour n’est pas la complaisance sur soi. Il ouvre à l'autre et au souci du frère. Israël a besoin d'entendre souvent que l'amour oblige. S'il l'oublie, il sombre dans le juridisme, le ritualisme, le scrupule ou l'idolâtrie. La Loi qui définit le code moral d’Israël se fonde sur l’acte d’amour gratuit de Dieu.

Ainsi, observé à partir de l’expérience, celle d’Israël et la nôtre, le thème de l’élection perd ses connotations négatives. L'élection n'est pas un thème de propagande politique ou idéologique, mais, comme tous les grands thèmes théologiques de la Bible, le fruit d'une expérience profonde. L’homme de la Bible, comme chacun de nous, se demande ce qui fonde son action morale. Il découvre qu’il est aimé par un Dieu qui l’a choisi, lui, et que cet amour fait de lui un être unique, un « élu ». Ses actes ne seront des actes humains que s'ils sont son expression la plus personnelle. Il n'y a pas de loi morale qui tienne sans un choix d’amour qui la fonde. La leçon d’Israël est pour nous tous. Elle nous invite à remonter jusqu’à la source qui nous fait vivre et agir, ce choix aimant de Dieu.

© SBEV. Anne Soupa/

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org