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Amour de Dieu
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Tendresse du Père
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Stricher Joseph
L'amour de Dieu pour tous les hommes
Théologie
 
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En Jésus la tendresse de Dieu se manifeste pleinement pour tous les hommes
 

Pour les chrétiens, la tendresse de Dieu prend figure humaine en Jésus de Nazareth. Jésus, Seigneur, est "ému aux entrailles" devant la veuve de Naïn qui enterre son fils unique. En présence de Marie, qui vient de perdre son frère Lazare, Jésus pleure. Jésus vient visiter les hommes, manifester la compassion de Dieu et apporter le salut. Il révèle la vraie nature de Dieu : il est Père

Jésus ému aux entrailles

À l'approche de la ville de Naïn, Jésus est "pris aux entrailles" par la détresse d'une veuve qui porte en terre son fils unique (Lc 7,11-16). Il touche le cercueil et réveille le jeune homme. En langage biblique, les entrailles sont le siège de l'émotion. Elles évoquent le sein maternel et les sentiments d'une mère par rapport à son enfant. Jésus, du plus profond de son être, communie avec une femme qui vient de perdre "le fruit de ses entrailles".

Cette scène caractéristique de l'évangile de Luc évoque une belle page de l'évangile de Jean où, en présence de Marie qui vient de perdre son frère, Jésus frémit, se trouble et pleure (Jn 11,33-34). Dans les autres évangiles Jésus manifeste de la même manière sa compassion devant les déshérités. Un lépreux de Galilée par exemple :

« Un lépreux s'approche de lui; il le supplie et tombe à genoux en lui disant :"Si tu le veux, tu peux me purifier". Pris de pitié, Jésus étendit la main et le toucha. Il lui dit: "Je le veux, sois purifié" » (Mc 1,40-41).

Ou les deux aveugles de Jéricho :

« Pris de pitié, Jésus leur toucha les yeux. Aussitôt ils retrouvèrent la vue. Et ils le suivirent » (Mt 20,34);

Les "entrailles de miséricorde" de notre Dieu

La résurrection du fils de la veuve de Naïn évoque d'autres scènes bibliques et plus particulièrement celle du 1° livre des Rois où le prophète Élie rend la vie au fils unique d'une veuve. Pour Luc, Jésus est le nouvel Élie. Il est le grand prophète des temps nouveaux. Par lui la bonté de Dieu se communique au peuple. La foule ne s'y trompe pas. Elle rend gloire à Dieu : « Un grand prophète s'est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple ».

Nous pensons au chant prophétique de Zacharie :

« Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, parce qu'il a visité son peuple, accompli sa libération.... C'est l'effet des entrailles de miséricorde de notre Dieu : grâce à elles nous a visités l'astre levant venu d'en haut. Il est apparu à ceux qui se trouvent dans les ténèbres et l'ombre de la mort, afin de guider nos pas sur la route de la paix » Lc 1,68.78-79).

Étonnant langage biblique qui nous parle des entrailles de Dieu. Par bien des cotés cependant il rejoint le langage populaire d'aujourd'hui. Réflexion d'un jociste : « Ça devait faire mal aux tripes à Dieu le Père de voir qu'on flinguait son fils sur une croix ! » Langage imagé pour parler de la tendresse, de la compassion, de la souffrance même de Dieu ainsi que de son respect de la liberté humaine. Mais cette bonté n'est pas faiblesse. Elle n'est pas impuissante mais active. Le Père relève son enfant, le réveille, le ressuscite et, par là, donne un signe d'espérance à tous ses autres enfants. Selon le cantique de Zacharie Jésus est devenu "l'astre levant qui guide nos pas sur les routes de la paix."

Son père fut pris de pitié

La parabole dite de l'enfant prodigue raconte la bonté et la tendresse du Père. Comme un berger et une ménagère, un père fait la fête parce qu'il a retrouvé ce qu'il avait perdu.

« Comme il était encore loin, son père l'aperçut et fut pris de pitié (lit. : fut saisi aux entrailles) : il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers...Vite, apportez la plus belle robe, et habillez-le...Mangeons et festoyons, car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé »

À la différence du berger et de la ménagère le Père n'est pas allé chercher ce qu'il avait perdu. Un enfant n'est ni un animal ni une chose. Il est un être vivant dont le père respecte la volonté. La joie du Père est d'autant plus grande de voir revenir son fils. Mais miséricorde et tendresse également par rapport au fils aîné :

« Mon enfant, toi, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Mais il fallait festoyer et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort et il est vivant, il était perdu et il est retrouvé ».

L'incompréhensible tendresse du Père

Le Père arrivera-t-il à convaincre son aîné d'entrer dans la salle pour faire la fête avec toute la maisonnée ? Arrivera-t-il à le persuader que l'autre qui "a mangé tes biens avec des filles" est toujours son frère ? L'histoire ne le dit pas. Le Père fait tout ce qu'il peut pour que sa tendresse soit contagieuse. Mais il ne peut pas obliger son aîné à partager sa bonté et sa miséricorde.

Comme il est difficile pour ceux qui se considèrent comme des justes d'accepter cette tendresse de Dieu pour ceux qui sont loin. Murmure des pharisiens et des scribes : "Cet homme fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux." Murmures devant l'attitude de Jésus qui s'invite chez Zachée. Difficulté de Simon le pharisien à comprendre l'attitude de Jésus face à la pécheresse qui vient faire une onction sur les pieds de Jésus : "Si cet homme était un prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche." Difficulté des convives à comprendre le pardon gratuit de Dieu : "Qui est cet hommes qui va jusqu'à pardonner les péchés ?"

Plus que tout autre le pharisien Paul a compris que cette tendresse de Dieu ne dépendait pas de nos bonnes oeuvres mais qu'elle était constitutive de Dieu.

« Mais lorsque se sont manifestés la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes, il nous a sauvés non en vertu d'oeuvres que nous aurions accomplies nous-mêmes dans la justice, mais en vertu de sa miséricorde, par le bain de la nouvelle naissance et de la rénovation que produit l'Esprit Saint » (Tite 3,4-5).

La contagieuse tendresse de Dieu

Dans la parabole du bon Samaritain (Lc 10,29-37), contrairement au prêtre et au lévite qui n'ont pas été émus par la détresse de leur "prochain", le Samaritain fut saisi aux entrailles pour son "lointain", son ennemi, envers lequel il se fait proche. Jésus le présente comme un modèle. La bonté de Dieu est contagieuse. Elle ne cherche qu'à être imitée : "Soyez généreux, comme votre Père est généreux" (Lc 6,36)

« Puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez donc les entrailles de miséricorde, les sentiments de compassion, de bienveillance, d'humilité, de douceur, de patience » (Col 3,12).

Comment le chrétien peut-il se réclamer de la bonté et de la tendresse de Dieu s'il ne manifeste pas la même tendresse envers ses frères. 

« Si quelqu'un possède les biens de ce monde et voit son frère dans le besoin, et qu'il leur ferme ses entrailles, comment l'amour de Dieu demeurerait-il en lui ? » ( 1 Jn 3,17).

 

© SBEV. Joseph Stricher.

 
Lc 15
 
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