1550
Epiphanie
355
Rois Mages
1101
Traditions populaires
6
Le Saux Madeleine
La tradition des rois mages
Gros plan sur
 
Commencer
 
L’évangéliste Matthieu ne parle que de « mages venus d’Orient »...
 
L’évangéliste Matthieu ne parle que de « mages venus d’Orient ». D’où viennent donc les trois rois de nos crèches de Noël ? L’imagination et la piété populaire se sont alliées pour compléter le texte biblique.

 
La piété populaire ne se satisfait pas de la sobriété du texte biblique mais essaye de combler les vides du récit.

Les écrits dits Apocryphes, c'est-à-dire non retenus par l'Église, témoignent de l'imagination des premières générations chrétiennes. « Lorsque les Mages entrèrent dans la maison, dit le "PseudoMatthieu", ils trouvèrent l'enfant Jésus assis sur les genoux de Marie, ils donnèrent de très riches présents à Marie et à Joseph, mais à l'enfant lui-même ils offrirent chacun une pièce d'or; et l'un offrit en outre de l'or, le deuxième de l'encens et le troisième de la myrrhe ».

Selon l’Évangile arabe de l'Enfance, les Mages « s'informèrent de l'histoire de Joseph et Marie. Ces derniers s'étonnèrent de les voir déposer leurs couronnes devant Jésus et se prosterner devant lui sans s'assurer de qui il était. Ils leur demandèrent : "Qui êtesvous et d'où venezvous ?" Ils répondirent: "Nous sommes des Persans et nous sommes venus pour celuici". Alors Marie prit un des langes et le leur donna; ils l'acceptèrent le plus gracieusement du monde ».

Des Mages d'Orient

«Des Mages venus d'Orient », voilà une désignation bien vague ! Le mot "mage" fait penser à magie et magicien... et, d'un certain point de vue, il y a bien quelque chose d'un peu magique dans l'aventure des Mages.

Les historiens ont pensé à des savants devins qui étaient parfois aussi des prêtres dans la Perse antique. Dans leurs interprétations les Pères de l'Église leur donnent comme origine la Chaldée et la Perse. Certains parmi les plus célèbres, comme Saint Justin et Origène, les font venir d'Arabie et cette opinion a souvent prévalu. L'art des débuts les montre en costumes perses et bonnets phrygiens, par exemple la mosaïque de SaintApollinaire à Ravenne au 6e siècle ou des sarcophages des catacombes au 4e siècle. Les écrits en font des scrutateurs du ciel. Ainsi le "Protévangile de Jacques" qui est daté du 2e siècle leur fait dire: « Nous avons vu une étoile énorme qui brillait parmi ces étoilesci et qui les éclipsait au point que les autres étoiles n'étaient plus visibles, ainsi nous avons connu qu'un roi était né pour Israël».

Des rois

Comment les Mages sont devenus des rois ? Il semble que l'on fait, très tôt, des recoupements avec d'autres pages des Écritures, dans la ligne même de ce que suggère si souvent Matthieu: « afin que s'accomplisse ce que le Seigneur avait dit ».

Deux passages, en particulier, se prêtent à des rapprochements. Dans le chapitre 60 d’Isaïe un poète chante à la gloire de Jérusalem: « Les nations vont marcher vers ta lumière, et les rois vers la clarté de ton lever...Un afflux de chameaux te couvrira, de tout jeunes chameaux de Madian et d'Eifa, tous les gens de Saba viendront, ils apporteront de l'or et de l'encens ». Cortèges somptueux et titres de rois sont associés dans ce texte. Le Psaume 72 est encore plus explicite: « Les rois de Tarsis et des îles enverront des présents, les rois de Saba et de Séva paieront le tribut, tous les rois se prosterneront devant lui ». Dés la fin du 2e siècle Tertullien rapproche ces textes de celui de Matthieu.

On ne sait pas au juste à quelle époque les Mages sont devenus des rois dans l'opinion chrétienne, mais l'art les a représentés avec des couronnes au moins à partir du 12e siècle. En témoignent, entre autres, l'illustration d'un manuscrit de Brescia et la verrière de l'Histoire de la Vierge dans la basilique de SaintDenis.

Gaspard, Melchior et Balthazar

Combien étaient les Mages ? Nous en avons trois dans nos crèches. Mais Matthieu ne dit rien sur ce point. Les peintures murales des Catacombes en montrent parfois trois (catacombe de Priscille), parfois deux (catacombe de SaintPierre et Marcellin) parfois quatre (Catacombe de Domitille)... "L’Évangile arabe de l'Enfance" fait état de plusieurs avis sur la question: « Certains prétendent qu'ils étaient trois, comme les offrandes, d'autres qu'ils étaient douze, fils de leurs rois, et d'autres enfin qu'ils étaient dix fils de rois accompagnés d'environ mille deux cents serviteurs ». Une tradition syrienne les met aussi au nombre de Douze, successeurs des douze mages chargés depuis Adam et Seth de guetter l'apparition de l'étoile au dessus d'une caverne dite "Caverne des Trésors". Mais, dans la majorité des représentations anciennes, ils sont trois.

D'abord Arabes ou Persans, ils sont ensuite représentés comme appartenant à trois peuples différents ou aux trois continents alors connus, l'Asie, l'Europe et l'Afrique. Au 9e siècle ils ont des noms: Balthazar, Melchior et Gaspard. Balthazar a souvent les traits d'un Africain. Ils représentent maintenant toute l'humanité.

D'Asie en Europe

Que sont devenus les Mages dans la suite ? On a peu de traces. Un écrivain du 6e siècle, Théodore de Pétra, rapporte une tradition sur une caverne du désert de Juda où les Mages auraient dormi en retournant dans leur pays. Les "Actes de Thomas", au troisième siècle, racontent qu'au moment où les apôtres se sont réparti les régions à évangéliser, Thomas a été désigné par le sort pour l'Inde. C'est lui qui, selon la tradition, aurait baptisé les Mages déjà âgés, et ceux-ci auraient, à leur tour, annoncé la Bonne Nouvelle. Sainte Hélène aurait ensuite transféré leurs corps à Constantinople, d'où ils auraient été transportés à Milan. Dans cette ville trois corps furent trouvés intacts dans un monastère au 12e siècle et l'on y vit les corps des Mages. L'archevêque de Cologne fit venir solennellement ces reliques dans sa cathédrale où elles sont encore vénérées.

Dès ce moment, on leur attribue des guérisons miraculeuses, d'épileptiques en particulier. Un savant prétend écrire leur histoire... et ils n'ont cessé de hanter l'imaginaire, y compris d'explorateurs comme Christophe Colomb qui, en cherchant les Indes, avait à l'esprit d'aller sur les traces des Mages.

Le quatrième roi

Au vingtième siècle, apparaît la figure d'un quatrième roi, étrangement proche de Jésus dans ses attitudes et ses actes. Ainsi une oeuvre de l'allemand Edgar Schaper qui puise lui-même dans une légende plus ancienne, glorifie un roitelet qui ayant vu l'étoile au fond de la Russie, se charge de trésors de son pays, les distribue en cours de route, veut soulager toutes les misères qu'il rencontre, s'offre finalement pour remplacer le fils d'une veuve comme forçat sur une galère, et n'arrive à Jérusalem que pour se trouver au pied de la croix et, là, mourir de bonheur.

En 1980, l'écrivain Michel Tournier publie un roman sur un thème semblable. Il fait de Gaspard un jeune roi africain qui cherche le véritable amour après avoir connu la déception, de Balthazar un vieux Chaldéen amoureux d'art et en quête de l'image parfaite, et de Melchior un tout jeune souverain dépossédé de son trône et perplexe quant au pouvoir. Tous trouvent une réponse en Jésus. Le quatrième roi est Taor, venu de l'Inde lointaine. Lui aussi perd tout et arrive trop tard pour voir l'enfant. Lui aussi prend la place d'un condamné, mais dans une mine de sel de la Mer Morte, et n'en sort que trente ans plus tard. Reprenant sa quête avec les forces qui lui restent, ce chercheur de nourriture idéale trouve les dernières miettes et la dernière goutte de vin de la Cène avant de rendre l'âme. Le perpétuel retardataire, venait de recevoir l'Eucharistie le premier ! Où l'on voit que l'imagination peut servir la théologie quand elle joue avec les symboles.


SBEV. Madeleine Le Saux

Sur ce même thème, voir également :
L'or, l'encens et la myrrhe
La visite des Mages (Lecture sainte de Mt 2,1-12)  
Les Mages : un astre à l'Orient 

 
Mt 2,1-12
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org