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Soupa Anne
Israël en attente d'un roi
Théologie
 
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Depuis qu'il est rentré d'exil, Israël aspire à retrouver un roi, un messie. Aussi, l'annonce des mages trouve-t-elle des oreilles attentives...
 

Depuis qu'il est rentré d'exil, Israël a retrouvé sa terre, il a reconstruit le Temple, mais aucune tête couronnée ne le conduit plus... Il aspire à retrouver un roi, un messie. Aussi, l'annonce des mages trouve-t-elle des oreilles attentives.


Pendant les cinq siècles qui séparent la fin de la royauté de la mainmise romaine sur la terre d'Israël, les Juifs, en proie à une histoire douloureuse et attentifs aux promesses des Écritures, ont laissé grandir en eux une forte espérance messianique.

La perte du roi est liée à la chute de Jérusalem. Lors du premier siège, en 598, le roi Joïakin est emmené à Babylone. Certes, il mange à la table du roi, mais il n'est plus qu'un roi déchu.

Parmi le petit reste qui, cinquante ans plus tard, revient au pays, se trouve son petit fils, Zorobabel, lui aussi descendant de David. Le roi des Perses qui fait de la Judée une de ses provinces l'investit de fonctions administratives importantes. Aux côtés de Zorobabel, le grand prêtre Josué exerce les fonctions sacerdotales. Mais, malgré les appellations messianiques que lui donne le prophète Aggée (Ag 2,23) et l'anticipation prophétique de son couronnement par Zacharie (Za 6,11-13), l'espoir de voir couronné un descendant de David ne se réalise pas.

La promesse faite à David

Or, selon la prophétie faite par Nathan à David (2 S 7,1-16), Yahvé avait promis une descendance à David : « J'élèverai ta descendance après toi, celui qui sera issu de toi-même, et... j’établirai à jamais son trône royal... Ta maison et ta royauté seront à jamais stables. »

Le roi était “oint” d'huile, pour montrer que l'esprit de Yahvé s'emparait de lui et qu'il était désormais son lieu-tenant (littéralement : “tenant lieu de”), consacré par lui pour en réaliser les desseins. Cette onction, qui atteste d'une préférence accordée par Yahvé, fait du roi le fils adoptif de Yahvé (Ps 2,7). Il devient un personnage sacré à qui on manifeste un respect religieux, et contre lequel il serait même vain de se révolter (Ps 2,2).

Aussi, la défaite d'Israël devant les Babyloniens fut elle une grande épreuve pour la foi. Le peuple, alors, relit son histoire, il réentend les avertissements de ses grands prophètes, Isaïe, Jérémie... Il se souvient de leur combat contre certains rois oublieux de Yahvé. Dans ses chroniques royales, il jauge le comportement des anciens rois selon le jugement de Yahvé. Certains sont justes, d'autres ne le sont pas... Ils ont fait « ce qui déplaît à Yahvé et ont imité le péché » (2 R 13,2), selon la formule qui ouvre le récit de nombreux règnes.

Naissance d'une espérance

La suite des événements contribue, elle aussi, à renforcer l'attente du peuple. Le pouvoir politique est aux mains d'étrangers, les Perses, puis, à partir de 321, les Grecs, en la personne d'Alexandre puis de celle de ses lieutenants. La domination culturelle des Grecs est mal vécue : n'entrave-t-elle pas aux droits de Yahvé ? Une violente persécution (167-164) menée par le roi grec Antiochus Épiphane, à laquelle répond une révolte juive menée par les frères Maccabées, montre l'ampleur de l'affrontement.

Au cours des périodes suivantes, le pouvoir se cléricalise. Il est de plus en plus issu d'une classe sociale particulière, celle des Sadducéens. Mais le service de Yahvé passe souvent après les intérêts particuliers...

Ébranlé par la difficulté de retrouver un roi, ou même un pouvoir religieux, le peuple se prend à espérer un roi plus conforme aux souhaits de Yahvé, qui saura préserver son peuple du malheur. Puisque Yahvé a promis et que les hommes ont failli, Yahvé exaucera l'attente d'Israël. On se remet à parler d'avenir...Ce courant religieux s'appelle le messianisme. Il prend plusieurs formes.

L'une d'elles est le messianisme royal. Certains psaumes, appelés les psaumes royaux, évoquent le roi à venir, “l’oint futur”. Le psaume 2, par exemple, montre les triomphes de ce roi sur les nations : « Je te donne les nations en héritage, pour propriété les extrémités de la terre » ( v.8).

Le psaume 72, dédié à Salomon, a porté les espoirs messianiques de la tradition ultérieure, juive puis chrétienne. Enfin, le psaume 110, le psaume le plus cité du Nouveau Testament, montre la force de ce messie : « Que le Seigneur étende de Sion la puissance de ton sceptre ! Domine au milieu de tes ennemis » (v.2).

Parfois, ce sont par des oracles que s'exprime l'attente (ainsi en Gn 49, 10; Is 9,1-6; 11,1-9; 32,1; Mi 5,1-3). Le plus connu est celui du livre des Nombres (Nb 24,15-19) : « Un astre issu de Jacob devient chef, un sceptre se lève, issu d'Israël ».(C'est en référence à cet astre qu'est née l'image de l'étoile de David, symbole de l'identité juive retrouvée).

À l'époque qui précède Jésus, cette espérance d'un roi est très forte parmi le peuple, en particulier chez les Pharisiens. Les différentes révoltes juives du premier siècle seront d’ailleurs animées par cette attente.

Un écrit qui n'appartient pas à la Bible, les Psaumes de Salomon (vers 50), appelle de ses vœux la venue d'un messie descendant de David (Psaumes de Salomon 17;18). La littérature rabbinique, elle aussi, renforce ce courant. L'attente exprimée dans ces écrits est celle d'une restauration, au sens premier du mot. C'est une figure politique, un retour de la théocratie qui est souhaité.

À côté de ce courant, il existe un messianisme sacerdotal. Puisqu'il n'y a plus de roi, l'identité juive se concentre entre les mains du pouvoir religieux, incarné par le Grand-prêtre. C'est à lui, désormais, qu'est conférée l'onction et, bientôt, elle le sera à tous les prêtres. Le “prêtre-oint” devient un messie. Certains milieux, en particulier ceux de Qumrân, attendent même aux derniers temps la venue de deux messies : un messie-prêtre et un messie roi au pouvoir temporel plus limité.

Un élu de Dieu plus qu'un chef politique

Pendant les derniers siècles avant Jésus, une compréhension plus profonde de ce que sera le messie se fait jour. On la trouve dans des écrits qui expriment et transforment un peu l’attente d'une restauration temporelle de la royauté en une espérance plus spirituelle. On évoque davantage le Royaume de Dieu, la venue de son règne, le salut de Dieu.

Le livre de Daniel, par exemple, écrit vers 150, annonce la venue d'un Fils d'homme à qui seront « donnés souveraineté, gloire et royauté », et dont « la souveraineté sera éternelle » (Dn 7,14).

La description du Serviteur de Yahvé contenue dans le livre d'Isaïe ( Is 52,13 - 53,12), serviteur « qui sera haut placé, élevé, exalté à l’extrême », serviteur dépourvu de tout attribut royal, plongé dans la souffrance, élu de Dieu, reconnu par lui, fait de ce serviteur un messie dont le caractère messianique se lit plus dans la faiblesse et la fidélité à Yahvé que dans les succès politiques. L'espérance messianique est devenue celle d’un salut de type spirituel.

La rencontre d'Hérode et des mages se situe sur cette fracture entre deux conceptions du messianisme. Elle la met à jour de façon criante. Hérode craint l'arrivée d'un roi qui mettrait en cause son pouvoir politique. Les grands-prêtres et les scribes, qui disposaient pourtant des Écritures, auraient du éclairer Hérode et le peuple et prendre la route de Bethléem. Or, il n’en a rien été.

Ce sont des étrangers, les mages, qui puisent leur enseignement des étoiles du ciel, donc de Dieu, qui font route vers le messie. Ils sont prêts à adorer un messie faible, un nouveau-né couché près de sa mère, un roi des Juifs selon le cœur de Dieu.


© SBEV. Anne Soupa. 

 
 
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